[Critique] Kereban – Dario Alcide

Caractéristiques

  • Editeur : 404 Éditions
  • Date de sortie en librairies : 24 mai 2017
  • Format numérique disponible : Oui
  • Nombre de pages : 240
  • Prix : 11,95€
  • Acheter : Cliquez ici

La guerre ne meurt jamais

Quelle belle histoire que celle de Kereban ! C’est par ces mots très forts que l’on débute la lecture de ce livre, une pensée qui nous envahit avant même la lecture des premiers mots. « Pourquoi donc, ça y est Culturellement Vôtre pète les plombs ?« , vous demanderez-vous dans un élan énergique, motivé par un doute compréhensible. Il faut bien écrire que le cheminement des éditions 404 (Doctor Who : le guide ultime, Halo Mythos) nous plaît beaucoup, pas tant par les sujets abordés que l’énergie qui s’en dégage. Cette force est communicative, et pousse cette jeune et dynamique maison à parier sur des auteurs naissants. C’est ainsi qu’aujourd’hui, nous tenons entre nos mains une œuvre signée par un certain Dario Alcide qui, un beau jour, s’est inscrit sur 404 Factory, un site d’écriture à l’accent geek. C’est sur cette plateforme que l’écrivain a surpris le staff de 404, au point que le livre est désormais sorti en librairies. Était-ce une bonne idée ?

Kereban, c’est le titre de l’ouvrage, mais aussi de la ville dans laquelle le récit prend corps. Dans un futur lointain (les premiers écrits datent de 3008), et dans un monde qui n’est pas le notre, l’énergie la plus précieuse est l’akos, aussi rare qu’indispensable pour le carburant des véhicules du futur. Alors que les réserves s’amenuisent, une mine exceptionnelle est découverte, sur la côte d’Illiak, région appartenant à l’Alliance. Le temps démontre même qu’il s’agit de la plus grande réserve de ce minerai précieux, aucune autre ne peut rivaliser. Il n’en fallait pas plus pour raviver des tensions avec l’Empire, qui très vite va passer à l’action. Des actions terroristes sont menées, et les preuves de la culpabilité du gouvernement de l’Empereur se succèdent. La guerre éclate alors…

Kereban est un roman marquant, même si, on le verra plus bas, il n’est pas exempt de quelques menus défauts liés à sa cible (l’œuvre vise les adolescents). Mais tout d’abord, attardons-nous sur l’idée directive de ce roman, ce qui fait que Dario Alcide nous étonne de page en page : la narration. Si la littérature s’est déjà aventurée sur les chemins de la forme façonnée de documents fictifs, on pense évidemment au Dracula de Bram Stoker, il est possible (si c’est faux, n’hésitez pas à nous le signaler dans les commentaires) que personne ne soit allé aussi loin que l’auteur dans l’utilisation des différentes sources d’informations, lesquelles construisent l’histoire de Kereban. Mails, discussions sur les réseaux sociaux, coupures de journaux, captures d’écran issues de sites ou de blogs, extraits de discours, et bien d’autres encore : toutes ces sources fabriquent le récit, et apportent la notion de nuance.

Une forme qui imprime un sacré dynamisme

En effet, Kereban est un récit de guerre. Et Dario Alcide frappe assez fort dans la probabilité de ce qu’il décrit. La particularité de sa narration est de créer un certain recul face aux événement, du fait qu’ils sont quasi-systématiquement décrits par le biais de plusieurs points de vue : journalistes, politiques et civils. On vit la montée en puissance d’actes très inquiétants, le petit village du début devient le centre des intérêts de ce monde, et l’auteur décrit bien les différentes étapes. On pense notamment au terrorisme, qui ne peut qu’avoir un certain écho chez le lecteur, bien malheureusement. Et ce n’est que le début d’un véritable crescendo, qui ne prendra fin qu’après toute une série de drames humains, au sein duquel ressort un personnage : le jeune Tiram Babel, 16 ans.

Kereban est un ouvrage qui s’inscrit dans une science-fiction plausible. L’histoire a beau se dérouler au sein du prochain millénaire (on aura pris quelques cheveux blancs d’ici là), on ne remarque pas d’éléments qui ne puissent pas être perçus comme tout à fait envisageables. Et c’est sans doute l’autre grande force du roman : on s’y croirait. Il faut particulièrement souligner la belle maîtrise des différentes sources, Dario Alcide jouant avec le lecteur et ses doutes face aux différentes propagandes, un thème là aussi très actuel. Tout n’est pas rose cependant, quelques petites anicroches de « jeunesse » apparaissent ici ou là. On aurait apprécié une caractérisation des différents intervenants plus poussée, une tonalité plus différenciée dans les manières de s’exprimer. Aussi, si l’ambiance sait se faire violence, la cible adolescente pousse le roman vers certaines limites, voire même des passages obligés un peu regrettables, sans pour autant qu’il ne traine en longueur. Kereban ne donne pas dans la romance adolescente trop poussive, mais le fait que Tiram Babel soit si jeune apporte des moments légers qui peuvent paraitre un peu hors de propos, tout dépend de l’âge du lecteur bien entendu.

Kereban a, donc, réussi à nous charmer, et Dario Alcide, lui, se fait un nom à suivre dans un futur qu’on espère proche. Pour terminer, on se doit d’aborder le simple exercice de la lecture, ici soumis à une forme qui donne une certaine dimension au grand tout. En effet, qui dit différentes sources dit intérêt renouvelé (dans l’univers du jeu vidéo, Nier Automata a récemment donné dans la même volonté, en cherchant à changer les angles de caméra de manière arbitraire), on s’en rend compte très vite, à chaque page tournée. Passer d’un mail à une coupure de pub, cela garde le lectorat en éveil, et l’auteur joue même avec cela. On pense à cet édito, qui figure parmi les pièces rapportées mais dans sa version brute, avec les corrections apparentes. C’est le genre de petits détails qui donnent une sacrée vie à Kereban, qui restera comme une bien belle initiative.

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
Mickaël Barbato
7/10

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