[Critique] Everville – Clive Barker

Caractéristiques

  • Auteur : Clive Barker
  • Editeur : Bragelonne
  • Date de sortie en librairies : 16 août 2017
  • Format numérique disponible : Oui
  • Nombre de pages : 576
  • Prix : 25€
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Une fantasy lovecraftienne

Si vous suivez Culturellement Vôtre, vous savez que l’on apprécie particulièrement l’œuvre de Clive Barker, l’un des génies de la littérature de l’imaginaire. Traversés de thèmes aussi puissants que parfois dérangeants, et de situations qui vont du poétique au glauque absolu, ses ouvrages laissent des marques, des stigmates, et hantent son public bien après que la lecture ait pris fin. Celui qui nous intéresse ici, Everville, édité par Bragelonne (Les Soeurs du Feu, Echos des mers), est accompagné d’une certaine réputation. Voyons si elle est justifiée.

Vous qui allez franchir la porte qui mène à Quiddity, l’Océan onirique, oubliez tout ce que la réalité vous a appris ! Vous allez entrer dans une autre dimension, au plus profond de l’imaginaire où règnent les forces du Désir, de l’Amour et de la Connaissance. Et comme tous ceux qui ont franchi cette porte, vous en serez transformés. Comme Phoebe Cobb, partie à la recherche de son amant, et qui découvre ces contrées étranges et sensuelles. Comme Tesla Bombeck qui sait que Quiddity est aussi un lieu de cauchemar, peuplé d’abominations qui menacent d’envahir notre réalité. Comme Harry d’Amour qui a traqué le mal aux quatre coins de l’Amérique et va devoir l’affronter en un ultime combat dans les rues ensoleillées d’Everville…

Everville est le deuxième livre d’un diptyque intitulé « Livres de l’Art« . Il prend la suite de Secret Show, et nous vous recommandons vivement d’avoir lu ce dernier, afin de mieux comprendre l’intervention de certains personnages, parfois introduits sans aucune pincettes. C’est même plus qu’un conseil, car sans les connaissances issues de ce premier tome, vous risquez de perdre le récit en cours de route. Clive Barker a, visiblement, entendu les quelques critiques qu’avaient pu recevoir le pourtant très troublant Secret Show. Sans avoir recours au gore le plus craspec (et l’on sent, parfois, que ça le démange), l’auteur se concentre sur son univers, des personnages moins caricaturaux, et sa vision du monde, ce qui fait de cette œuvre l’une de ses plus personnelles.

Des descriptions si fortes qu’elles impriment les rétines

Comme annoncé plus haut, Everville est l’occasion de retrouver des personnages de Secret Show. Grillo, Raul, Tommy Ray, Tesla, et d’autres, il reviennent afin de nous éclairer sur leur devenir, tout en évitant l’effet parfois lourdingue de la simple utilisation de concepts mal maitrisés. Il se trouvent tous une place justifiée, pas de caméos superflus, ce qui ne fait que rajouter de la matière à l’aura de l’œuvre précédente. On pourra toujours pester sur l’absence de boucle, pour certains d’entre eux, dont on ne saura finalement rien du devenir. Mais c’est là aussi à mettre au crédit d’un Clive Barker qui ne s’enferme jamais dans l’attente de ses lecteurs. D’autres font leur première apparition, comme Phoebe et Joe, qui apportent avec eux une dose sexy assez notable.

Puisqu’on est dans le notable, Everville ne se tiendrait pas aussi bien sans la description fascinante de Quiddity. On savait Clive Barker adepte d’une poésie sombre et macabre, qui invoque clairement ce qu’un Lovecraft a pu produire (voir l’excellent Les Évangiles Écarlates). Avec ses fondations posées lors de la conquête de l’Ouest, la ville-titre est rattachée à un lieu prenant place dans le Métacosme, ou plus précisément dans une dimension parallèle à la nôtre. Et les événements vont se déchainer quand, dans notre réalité, une certaine Maeve va provoquer la chute de Coker, une sorte d’ange de Quiddity, qui va se sacrifier pour sauver la fille. Un véritable sacrilège, lequel va provoquer bien des remous. On remarque que l’auteur est toujours aussi friand d’histoires construites sur des amours  que d’autres jugent interdits, et ce schéma sera répété tout au long du récit.

Everville est tout aussi métaphysique que captivant. Il s’en dégage une aura mystérieuse, qui pourra peut-être un peu prendre à contrepied celles et ceux qui en attendent les mêmes débordements violents que dans Hellraiser, pour ne citer que le plus connu. Cela manque peut-être un peu d’action, et certaines digressions ralentissent le rythme, c’est indéniable. Mais la globalité avait besoin de moments suspendus, afin que Quiddity puisse survivre à la lecture. Aussi, le flou, sciemment laissé sur le concept d’Art, pourra décontenancer. Mais, au final, on est tellement sous le charme de l’atmosphère qui se dégage, qu’on se dit que ces choix sont bel et bien justifiés.

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
Mickaël Barbato
7/10

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