[Critique] 7th Garden volume 1 — Mitsu Izumi

Caractéristiques

  • Traducteur : Isabelle Eloy
  • Auteur : Mitsu Izumi
  • Editeur : Editions Delcourt
  • Collection : Delcourt Tonkam Shonen
  • Date de sortie en librairies : 30 août 2017
  • Format numérique disponible : Oui
  • Nombre de pages : 224
  • Prix : 7,99€
  • Acheter : Cliquez ici

Première série entièrement réalisée par Mitsu Izumi, qui avait déjà assuré le dessin du très populaire shônen Ano Hana (l’adaptation de l’animé et du jeu vidéo éponymes), 7th Garden est un manga de dark fantasy assez typique mêlant affrontements entre anges et démons, sexe, violence et romance à l’eau de rose au sein d’une narration dense et sans le moindre temps mort. Lancé en grandes pompes par Delcourt Tonkam (Innocent Rouge, Kiss X Death…) en cette rentrée, il attise inévitablement la curiosité des accros du genre…

Un récit classique illustré de manière originale

image planche vryde 7th garden mitsu izumi delcourt tonkam
© Delcourt

Le lecteur suit les aventures d’Awyn, un jeune jardinier de 17 ans au service d’une douce et innocente adolescente de 14 ans, Maryfield, qui semble nourrir de forts sentiments pour lui. Dévasté par la condamnation à mort injuste de son père et la mort de sa mère, le jeune homme a trouvé un havre de paix dans le petit village où il a trouvé refuge, et sa maîtresse est la personne la plus importante de sa vie. Lorsqu’il délivre par mégarde une démone du nom de Vyrde, prisonnière des lierres dans un recoin du jardin et endormie depuis mille ans, celle-ci sent sa colère refoulée et tente de le séduire afin qu’il lui donne son âme. Il refuse, jusqu’au jour où les Anges envoient l’ordre anti-chevaleresque censé protéger la population des Démons dans son village pour effectuer une purge. Awyn va alors pactiser avec Vyrde pour protéger ce qu’il a de plus cher…

A partir d’une histoire de fantasy plutôt classique jouant de l’opposition entre anges et démons en y introduisant une ambiguïté fondamentale pour renverser la vision manichéenne que l’on peut en avoir, 7th Garden parvient à retenir notre attention grâce à un dessin et un découpage particulièrement dynamiques, plus denses que le gros de la production la plus mainstream du shônen. Mitsu Izumi fractionne ses « séquences », multiplie les points de vue et compose ses cases de manière à interpeller, mais aussi à tenir le lecteur éveillé et attentif. En effet, quoique lisible, ce premier tome n’est pas de ceux que l’on feuillette l’esprit absent : le manga réclame parfois de s’attarder sur une planche ou une case pour bien saisir les subtilités de l’action. La mangaka a particulièrement travaillé l’atmosphère ici, notamment lors de la rencontre très onirique entre Awyn et Vryde en ouverture. L’auteure ne se contente jamais d’appliquer le même schéma d’un passage à l’autre, et la mise en page accompagne l’action et l’évolution de l’intrigue de manière cohérente et parfois surprenante. En cela, 7th Garden est une belle réussite.

image double page couleur 7th garden volume 1 mitsu izumi delcourt tonkam
© Delcourt

Les personnages sont quant à eux assez typiques, par leurs traits, de mangas et animes fort populaires, avec une dimension kawaii mise en avant pour le personnage de la douce et sentimentale Maryfield — un supplément kawaii est d’ailleurs présent en annexe — ainsi que les passages plus sentimentaux de ce volume.  Ce qui distingue ici le dessin de Mitsu Izumi, c’est la grande expressivité des différents protagonistes, bien plus fine que certaines séries au trait très figé, où ils semblent ne posséder que deux expressions. De plus, l’épure du character design ne fait que renforcer le grand soin apporté aux combats, très détaillés et contrastant fortement par la violence qui s’en dégage. On est un peu plus perplexes face à la poitrine surdimensionnée assez irréelle de l’un des anges, mais il s’agit peut-être là d’une exigence commerciale de l’éditeur nippon…

Un récit faussement complexe ?

image planche 1 7th garden volume 1 mitsu izumi delcourt tonkam
© Delcourt Tonkam

Le point où l’on est au final moins convaincus — pour le moment, du moins — concerne l’imagerie fantasy déployée ici, peu originale. Les Anges ont beau être montrés comme des êtres cruels menant une terrible Inquisition sous couvert de protéger Dieu et leur foi, visuellement, la dimension dark fantasy pourrait être interchangeable avec d’autres oeuvres. De même, tout en s’attachant à inverser les rôles et à brouiller les repères entre Bien et Mal — les Démons ne sont peut-être que les perdants d’une terrible guerre interne entre les Anges — 7th Garden volume 1 donne parfois l’impression de complexifier inutilement une intrigue dont les ressorts sont assez simples. Si l’on sent clairement que les personnages sont appelés à se révéler et se complexifier progressivement (Vryde, notamment), et que l’histoire de ce monde médiéval devrait être éclaircie et développée, les détails autour de l’anti-christianisme, l’ordre anti-chevaleresque et consorts apparaissent nébuleux de prime abord.

Le message sous-jacent est clair — les guerres et massacres commis au nom de la « religion » et d’une certaine idée du « Bien » — mais ce sous-texte ne suscite pas le trouble pour le moment, à l’inverse du comics Le Premier Meurtre d’après Neil Gaiman, qui donnait également une vision particulière des anges et du combat entre le Bien et le Mal, qui est avant tout une lutte interne ayant lieu à l’intérieur de chacun. Cependant, comme tout début de série, 7th Garden volume 1 est avant tout une ouverture, où les personnages nous sont présentés et les bases de l’univers posées. Il faudra donc attendre de lire les tomes suivants pour se faire véritablement une idée de la manière dont ce thème sera développé par Mitsu Izumi.

Quoi qu’il en soit, ce volume parvient à rendre le trio central Awyn-Vryde-Maryfield attachant et s’achève par un cliffhanger donnant envie de lire la suite. Si l’on ajoute à cela la qualité du travail de la mangaka sur le découpage et l’atmosphère, on obtient une assez belle entrée en matière pour 7th Garden, dont le volume 2 est déjà disponible.

Natacha Fleurot

Natacha Fleurot

Diplômée en Lettres Modernes, Natacha Fleurot rejoint la rédaction de Culturellement Vôtre fin 2015. Spécialisée dans les oeuvres jeunesse, young adult ainsi que la fantasy, elle réalise de nombreux articles dans les rubriques Livres et Cinéma. Passionnée de cuisine, elle teste aussi régulièrement des livres de cuisine et écrit dans la catégorie Food de la rubrique Lifestyle.
Natacha Fleurot
6/10

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