[Critique] Spawn : Dark Ages T1 – McFarlane, Holguin, Sharp, Medina

Caractéristiques

  • Titre complet : Spawn : Dark Ages Volume 1
  • Auteur : Todd McFarlane, Brian Holguin, Liam McCormack-Sharp, Angel Medina
  • Editeur : Delcourt
  • Collection : Contrebande
  • Date de sortie en librairies : 20 septembre 2017
  • Format numérique disponible : Oui
  • Nombre de pages : 384
  • Prix : 27,95€
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Loin d’Al Simmons, le Hellspawn a encore du potentiel

La saga Spawn a cela d’impressionnant qu’elle a su créer un univers si complexe qu’il permet à son créateur, et aux différents scénaristes, de larges possibilités narratives. Ainsi, les fans de l’antihéros le plus célèbre de l’univers comics (on n’en voit pas un autre à ce niveau, mais vous pourrez nous faire remarquer le contraire dans les commentaires) peuvent, à certaines occasions, laisser un peu de côté Al Simmons, tout en demeurant à l’intérieur de la série qu’ils aiment tant. Sam & Twitch en est un bon exemple, et l’œuvre que l’on découvre aujourd’hui en est un autre. En effet, Spawn : Dark Ages Volume 1 nous propose de remonter le temps, direction le Moyen-Âge. Car il ne faut pas oublier : la Terre a toujours été foulée par un Hellspawn…

Vous l’aurez compris, avec Spawn : Dark Ages Volume 1 nous délaissons pour un temps Al Simmons, le Spawn contemporain, pour visiter le vingtième siècle. Cette fois-ci, la malédiction des Hellspawn a frappé Lord Covenant, un chevalier britannique tué au cours des croisades. Revenu à la vie et de retour sur ses terres, il va devoir choisir entre défendre les plus faibles et se ranger du côté des forces corrompues du mal.

Spawn : Dark Ages Volume 1 est une véritable variation sur un thème que le lecteur assidu de la série connaît déjà parfaitement. On retrouve des sujets forts, comme le rapport au Mal et le caractère implacable de la destinée. De ce strict point de vue, on se trouve là face à une œuvre certes parfois un peu décousue, mais tout de même très satisfaisante. Si le récit manque de liant, et perd parfois un peu trop de temps à rappeler les événements précédents, il comporte tout de même assez d’instants forts pour justifier son existence.

Le Moyen-Âge, ce n’était pas une sinécure. Sans non plus se prendre pour ce qu’il n’est pas, un livre d’Histoire, Spawn : Dark Ages Volume 1 le rappelle de manière brutale. Les conflits touchent les enfants, les massacres sont monnaie courante, et le peuple est la proie des griffes de tyrans aussi maboules que sanguinaires. Le Hellspawn de cette époque, Lord Covenant, est écrit pour ne pas s’y fondre. L’auteur, Brian Holguin (Mr. Majestic), construit un paradoxe sur lequel une véritable tragédie prend forme. Et les différentes histoires, qu’elles se trament en France ou en Angleterre, creusent ce filon. La dernière en est un très bon exemple, laquelle nous présente la jeune et charismatique Maeve, s’avère mémorable de par la noirceur du propos.

Parfois brouillon dans la narration, mais puissant dans les émotions

Aucun antagoniste aussi mémorable que Violator ne se dégage, mais Lord Covenant doit tout de même faire face à Dublanc, un ennemi redoutable avec lequel Brian Holguin semble bien s’amuser. Sans trop vous en dévoiler, sachez que sa cruauté n’est pas née de sa rencontre violente avec le Hellspawn. C’est peut-être ce qui effraie le plus chez cet adversaire coriace : le fait qu’il n’a pas eu besoin d’être salement défiguré afin d’être d’une laideur sans nom, à l’intérieur. Spawn : Dark Ages Volume 1 n’est pas avare en scènes de combat, furieuses et un peu sanglantes (on a vu plus gore, dans cet univers), peut-être manque-t-il de menaces plus profondes pour le moment.

Quant aux dessins, ils laissent une impression assez forte, même si le côté expérimental, notamment dans l’utilisation de couleurs lors des derniers chapitres, est du genre clivant. Spawn : Dark Ages Volume 1 est illustré par deux artistes : Liam McCormack-Sharp (Judge Dredd) et Angel Medina (Kiss : Psycho Circus). On pouvait craindre une dichotomie trop marquée, et elle a lieu. Ce qu’on n’avait pas vu venir, c’est qu’elle serait recherchée. Il est clair que c’était le but, le tout avec l’objectif d’expérimenter plus que de se trouver une continuité visuelle. C’est un choix courageux, qui ne plaira pas à tout le monde, mais qui a le mérite de démontrer que cet univers peut être vu de différentes manières. Seul fil rouge artistique, le character design est assez typique de la série, avec des corps impressionnants, pour les personnages principaux, aussi bien chez les hommes que chez les femmes.

Spawn : Dark Ages Volume 1 s’avère une variation intéressante, du moins si vous êtes déjà initiés à cet univers. De notre point de vue, il ne s’agit pas spécialement d’une bonne porte d’entrée pour les nouveaux-venus, tant certains éléments ne peuvent être captés que si l’on connaît la mythologie qui accompagne le Hellspawn. Par contre, le caractère indispensable de cette édition, signée Delcourt (La Horde du Contrevent Tome 1) , est indéniable. Sachez que cette série, débutée en 1999 et terminée en 2001, était inédite en France, et restait redoutablement difficile à se procurer. Dès lors, c’est sans doute l’occasion la plus belle de pouvoir découvrir le cheminement de Lord Covenant.

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
Mickaël Barbato
6/10

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