[Critique] Extremity — Daniel Warren Johnson

Caractéristiques

  • Traducteur : Lucille Calame
  • Auteur : Daniel Warren Johnson (scénario & dessin), Mike Spicer (couleur)
  • Editeur : Delcourt
  • Collection : Contrebande
  • Date de sortie en librairies : 6 mars 2019
  • Format numérique disponible : Oui
  • Nombre de pages : 304
  • Prix : 29,95€
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Un comics post-apocalyptique sanglant…

image planche 1 comics extremity daniel warren johnson delcourt
© Daniel Warren Johnson/Delcourt

Daniel Warren Johnson est un auteur de comics américain ayant collaboré avec de grands éditeurs tels que Marvel, Dark Horse, DC Comics et Image. Extremity, édité pour la première fois en France aux éditions Delcourt (Motor Girl, Redneck, Kill or Be Killed…), est un récit initiatique fantasy de 300 pages en un seul volume, dont l’univers visuel n’est pas sans rappeler celui de Mad Max: Fury Road.

Dans un univers post-apocalyptique, deux clans ennemis, les Roto et les Paznina, se livrent une guerre sans merci. Théa est la fille adolescente du chef des Roto, un guerrier sanguinaire animé par la vengeance depuis que les Paznina ont sauvagement assassiné sa femme et coupé la main droite de Théa, qui avait un don pour le dessin. Depuis, la jeune fille assiste son père dans sa quête et tue à ses côtés des ennemis sans scrupules.

Plus sensible, son frère Rollo aimerait échapper à ce bain de sang continuel. Lorsqu’il rencontre un robot amnésique autrefois tombé aux mains de l’ennemi, il se lie d’amitié avec lui et se prend à rêver à une autre vie tandis que Théa, de plus en plus rongée par le doute, échoue à raisonner son père. Leur rencontre avec une étrange communauté pacifique prônant le pardon va chambouler leurs vies, au risque de menacer l’unité du clan Paznina…

… et un récit initiatique touchant

image planche 3 comics extremity de daniel warren johnson éditions delcourt
© Daniel Warren Johnson/Delcourt

Extremity est un roman graphique d’une vraie richesse, tant par l’univers qui y est décrit (l’histoire des deux clans, l’univers plus large dans lequel ils se trouvent…) que par la densité et l’intensité du récit, qui mélange plusieurs trames narratives et emploie une large galerie de personnages.

Pourtant — et c’est là l’une des grandes qualités de l’oeuvre — Daniel Warren Johnson parvient à ne pas perdre son lecteur, ce qui est une vraie gageure. Le contexte se révèle d’ailleurs plus facile à appréhender qu’un (sublime) comics tel que Monstress, dont la mythologie, complexe, nécessite une attention de chaque instant. Ici, comme l’histoire est bouclée en moins de 300 pages, l’auteur plonge directement dans l’action, tout en nous donnant à ressentir la complexité de l’histoire entre les deux clans.

D’un point de vue stylistique, en fonction des goûts des lecteurs, ça passe ou ça casse : l’univers visuel est très sombre, sanglant et assez froid, malgré quelques touches plus oniriques (les créatures fantastiques, la cité flottante façon Le château dans le ciel en mode dark…). Les fans d’univers post-apo et de Mad Max devraient apprécier, les autres devront faire un effort supplémentaire pour se plonger dans l’histoire, mais cela en vaut la peine car celle-ci traite des thématiques fortes de manière intelligente.

Quoi qu’il en soit, Johnson possède un style bien à lui, ainsi qu’un sens du détail assez impressionnant. Ses dessins sont complexes, avec une composition irréprochable, et le découpage des planches est tout autant réussi pour les scènes de combat que pour celles plus intimistes. De cette manière, on passe de manière fluide de l’introspection (Théa nous racontant ses histoires et son tourment intérieur) à l’action, chose pourtant très difficile à faire.

Enfin, cette histoire de guerre et de vengeance aborde avec subtilité le cercle vicieux de la violence, ainsi que la force du pardon. Sans jamais tomber dans le manichéisme (et avec une certaine noirceur), l’auteur se saisit à bras le corps de ces thématiques pour confronter Théa et Rollo à eux-mêmes et les faire grandir. La fin, relativement ouverte, est douce-amère et laisse le lecteur tirer ses propres conclusions.

En définitive, Extremity est un comics qui mérite d’être découvert par son approche intelligente de thèmes universels et sa maîtrise visuelle. Si vous appréciez les univers fantasy sombres et étranges et les histoires de monde post-apocalyptique, nous ne pouvons que vous recommander le travail de Darren Warren Johnson.

7/10

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