[Critique] Sharakhaï, tome 2 : Le Sang sur le Sable — Bradley P. Beaulieu

Caractéristiques

  • Traducteur : Olivier Debernard
  • Auteur : Bradley P. Beaulieu
  • Editeur : Bragelonne
  • Date de sortie en librairies : 25 novembre 2017
  • Format numérique disponible : Oui
  • Nombre de pages : 690
  • Prix : 25€
  • Acheter : Cliquez ici

Une suite très attendue

Après un tome 1 qui plaçait la barre très haut, Bradley P. Beaulieu (que nous avons rencontré cet automne) est de retour avec Le Sang sur le Sable, le second volume de sa saga fantasy en six parties, Sharakhaï, publiée chez Bragelonne (Soeur écarlate, Les filles de l’orage…).

Çeda, l’héroïne, est enfin devenue Vierge du Sabre, soit une guerrière d’élite au service des Douze Rois, au statut privilégié. Une place idéale, également, pour pouvoir accomplir sa vengeance. Celle-ci est sur le point d’être enfin assouvie au tout début de ce second volume, mais un événement imprévu intervient et bouscule ses plans. Désormais liée aux asirim, elle fusionne avec leurs émotions dès qu’ils sont à proximité, et inversement. Prenant conscience de la terrible souffrance qui est la leur, et de l’injustice qui leur a été causée, elle est bien en peine de prendre de la distance et en vient presque à tuer l’une de ses camarades. Tout en continuant à tisser des alliances secrètes pour en apprendre plus sur le passé de sa famille et des Rois afin de mener sa vengeance à bien, Çeda va donc devoir apprendre à tirer profit de ce nouveau lien avec les asirim, sans se laisser submerger par la souffrance et la haine qui les abîme. Sera-t-elle capable de conserver son humanité, et l’empathie qu’elle ressens à l’égard d’autrui sera-t-il capable d’inverser la donne ?

Une intrigue épique à hauteur humaine

Une bonne partie de l’intrigue du Sang sur le Sable est basée, de manière très pertinente et judicieuse, sur ce prétexte narratif fort. Devenue semblable à une éponge face à ces êtres destructeurs, autrefois humains avant d’être asservis, elle devra résister. Paradoxalement, c’est en étant confrontée à ces abîmes de noirceur qu’elle pourra sans doute se reconnecter d’autant plus à son humanité. D’ailleurs, les asirim, par-delà leur triste condition, ne conservent-ils pas une lueur d’humanité ? La souffrance, après tout, est humaine, et de nombreux bourreaux furent jadis victimes… Nous n’en dirons pas plus du point de vue de l’intrigue pour ménager le suspense, mais Beaulieu traite cette partie du roman de manière juste et satisfaisant, quoique on puisse regretter quelque peu que les moments où Çeda ressent la même chose que les asirim ne se différencie pas plus du reste du point de vue de la narration. On aurait en effet aimé une écriture plus immersive, plus sensorielle à ces moments-là, tandis que Bradley P. Beaulieu reste dans quelque chose de plus descriptif, plus distancié, finalement — peut-être est-ce là, aussi, son côté Tolkien.

Comme l’auteur britannique dont l’Américain est un grand admirateur, Sharakhaï est un monde à part entière, composé d’innombrables ramifications. Les personnages sont nombreux, leurs relations complexes, comme l’est la situation géo-politique de la ville et les intérêts de chacun. Cela donne ici, après un démarrage assez fort, de multiples sous-intrigues parmi lesquelles l’auteur navigue, en changeant de point de vue lorsque cela est approprié. Certaines trames sont véritablement passionnantes — comme celle de Meryam et Ramahd — d’autres prennent davantage leur temps, et peuvent par moments perdre quelque peu le lecteur, bien qu’elles soient nécessaires à l’ensemble. L’écrivain avance ses pions avec soin, mais la densité de l’ensemble, la dimension descriptive ultra-minutieuse, qui font partie du charme de la saga, peuvent aussi provoquer quelques impatiences, ici davantage que pour Les Douze Rois de Sharakhaï.

Au-delà de ça, Le Sang sur le Sable est une bonne suite, épique, touchante et riche en rebondissements du début à la fin. En variant les temps et les points de vue, en permettant à son héroïne de continuer à évoluer sans manichéisme, Bradley P. Beaulieu confirme qu’il est le représentant d’une fantasy loin de tout cliché, ni tout à fait Trône de Fer — malgré les luttes de pouvoir intestines qui n’ont rien à lui envier — ni vagina fantasy comme le surnomme Felicia Day ce sous-genre féminin érotique, mais qui n’en demeure pas moins porté par une héroïne forte, et traversé par des femmes de pouvoir assez atypiques qui pourraient donner quelques leçons d’empowerment aux fragiles demoiselles d’une partie de la littérature d’inspiration médiévale. Si l’on ajoute à ça une conclusion puissante, on a définitivement hâte de découvrir le tome 3. Que l’on se le dise : on n’est pas prêts de quitter Sharakhaï…

7/10

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