[Critique] Iboga — Christian Blanchard

Caractéristiques

  • Auteur : Christian Blanchard
  • Editeur : Belfond
  • Date de sortie en librairies : 25 janvier 2018
  • Format numérique disponible : Non
  • Nombre de pages : 302
  • Prix : 19€
  • Acheter : Cliquez ici

De la peine de mort à la réclusion à perpétuité

Publié chez Belfond (La Vallée des ombres, Le joueur de Baccara…) en cette rentrée littéraire de janvier, Iboga n’est pas un polar au sens propre du terme, davantage un roman noir puissant, troublant et onirique autour de l’expérience des condamnés à perpétuité. Christian Blanchard, déjà auteur de nombreux livres, nous raconte l’histoire d’un adolescent de 17 ans condamné à mort en 1980 pour des crimes sordides, et qui verra sa peine commuée en réclusion à vie suite à l’élection de François Mitterrand, devenant ainsi le dernier condamné à mort gracié avant l’abolition de la peine de mort. L’intrigue est bien entendu fictive, puisque en réalité, le dernier homme gracié par l’ancien président s’appelait Philippe Maurice et fut libéré en 2000, au terme de 23 ans de détention.

Vingt-trois ans de détention, c’est également l’amplitude que couvre Iboga, qui nous plonge dans la tête et l’âme de Jefferson, de sa longue et terrifiante attente dans les couloirs de la mort jusqu’à l’espoir d’une éventuelle sortie en conditionnelle, qui reste bien entendu incertaine. Car le paradoxe assez terrible de sa situation est le suivant : autant, lorsqu’il redoutait le moment de passer sous la lame de la guillotine, il savait que celle-ci mettrait un terme à sa vie, autant il est incapable de se projeter une fois sa peine commuée : les jours se ressemblent, il vieillit, le monde change, pourtant, il ne peut pas vraiment le voir ni espérer sortir un jour. Toute la finesse et l’intelligence du roman est de parvenir à nous faire éprouver une véritable empathie pour Jefferson, sans pour autant excuser ses crimes.

Un roman noir au réalisme âpre

De ce côté-là, d’ailleurs, le doute demeure : le jeune homme, abandonné bébé et privé d’amour et d’éducation, était tombé entre les griffes d’un mystique qui lui avait fait croire qu’il était un Élu destiné à accomplir la justice divine. Avant de tuer, il lui donnait une drogue controversée appelée iboga, interdite en France, et utilisée dans les rituels du bwiti au Gabon. Une substance aux propriétés hallucinogènes qui donne l’impression d’évoluer au sein d’un rêve éveillé durant 36 heures, mais qui est davantage reconnue pour sa capacité à sevrer des toxicomanes sévères que pour induire une réelle dépendance. Comme nous sommes dans la tête de Jefferson d’un bout à l’autre du récit, nous ne saurons jamais vraiment avec certitude si ce mentor illuminé a bel et bien existé ou s’il l’a inventé, ce qui est certain, c’est que le jeune homme était sous emprise et avait donc quelques circonstances atténuantes. Grâce à un maton bienveillant, le rescapé de “la Louisette” — le surnom que donnaient les condamnés à la guillotine — reprend confiance et apparaît comme un être finalement sensible et intelligent, mais Christian Blanchard n’en fait pas un agneau pour autant : Jefferson est une somme de paradoxes et d’ambivalence, torturé par ses crimes, tout en se disant sans le moindre remords — ce qui n’est ni entièrement vrai, ni tout à fait faux.

Les conditions des condamnés dans les années 80-90 sont développées avec un réalisme âpre, de sorte que le lecteur se retrouve privé de repères extérieurs, tout comme Jefferson, les rares en la matière étant apportés par le maton Jean, qui lui apporte chaque année le journal résumant les grands événements de l’an précédent. Cette immersion narrée à la première personne, à la manière du Dernier jour d’un condamné à mort de Victor Hugo (même si le personnage échappe à la peine capitale), est aussi dure que poignante, viscérale par moments. Pendant toute la première moitié du roman, on ignore quels sont les crimes exacts de Jefferson, mais la cruauté de son sort, ainsi que certaines pratiques pas très en règle avec la loi, nous font éprouver un certain sentiment de révolte. Ce n’est que peu à peu, en remontant au fil de ses souvenirs, que nous découvrons son histoire, et une partie des crimes qu’il a commis et pourquoi. Une vie remplie de zones d’ombre, qui ne lui appartenait déjà plus vraiment lorsqu’il croisa la route de la mauvaise personne à 14 ans…

Un regard humain et une immersion poignante

La manière dont sa relation à Jean va le reconnecter au monde des vivants est l’un des grands points forts d’Iboga, qui permet de replacer le condamné (quels que soient ses crimes) comme un être humain méritant le respect de sa dignité. Mais qu’on se le dise, le roman n’est pas un essai sociologique pour autant, même s’il s’appuie sur des éléments réalistes : la narration et la justesse émotionnelle priment, et c’est cette justesse, cette humanité-là, qui font de l’oeuvre de Christian Blanchard un livre aussi prenant, qui se lit quasiment d’une traite. L’auteur nous conte son histoire de manière non-linéaire, comme un tourbillon d’émotions, de perceptions, de ressentis. A la manière d’un puzzle aussi, le lecteur reconstituant peu à peu avec Jefferson l’image de sa vie, jusqu’au final, poignant.

Loin du drame carcéral traditionnel, Iboga est donc un excellent roman noir, abordant les thèmes de la peine de mort et de la réclusion à perpétuité sous la forme d’une tragédie où le personnage principal, après avoir plongé dans les tréfonds de ses instincts les plus primitifs, regagne au fil des ans un visage humain grâce au regard posé sur lui par quelques personnes qui ont su voir en lui autre chose qu’une bête.

7/10

Réactions (2)

  1. L’iboga fait partie du patrimoine national du Gabon. Cet auteur est un imbécile qui raconte un ramassis de conneries. Quand on ne sait pas on prend la peine de demander, il a vraiment besoin d’une initiation cet imbécile sans cervelle !

    1. Quand on constate les insultes que vous formulez, on se dit qu’au contraire, l’auteur a eu raison de vous titiller.
      Outre cela, le fait que l’iboga soit un produit gabonais change quoi à l’affaire ? La baguette de pain fait partie du patrimoine national de la France. Alors quoi, aucun auteur gabonais n’aurait le droit d’en parler, d’exagérer, dans le but de construire une intrigue ?
      Vos propos démontrent surtout à quel point l’obscurantisme vous aveugle. Alors même que votre pseudo, Christ, prône de bien plus belles valeurs.
      Pensez-y, et bonne journée.

Réagir à l’article

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *