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[Critique] Proxima du Centaure — Claire Castillon

Caractéristiques

  • Auteur : Claire Castillon
  • Editeur : Flammarion Jeunesse
  • Date de sortie en librairies : 7 février 2018
  • Format numérique disponible : Oui
  • Nombre de pages : 223
  • Prix : 13€
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Quand le rêve aide à surmonter la réalité

Connue aussi bien pour ses romans adultes (Les moitiés) que jeunesse (Les piqûres d’abeille), Claire Castillon est de retour chez Flammarion Jeunesse (Je suis ton soleil, Les yeux du dragon…) avec ce joli livre racontant l’histoire d’un adolescent de 15 ans qui tombe amoureux d’une camarade de classe dont il ignore le prénom, au point de tomber littéralement par sa fenêtre alors qu’il la regarde passer dans la rue ! Une chute de cinq étages cocasse aux conséquences dramatiques, puisqu’elle le laisse paraplégique, incapable de communiquer avec ses proches, si ce n’est en clignant des yeux. Emmuré dans son corps, Wilco continue malgré tout de rêver à celle qu’il appelle Apothéose, espérant qu’il se remettra sur pied et pourra vivre de nouveau son existence d’adolescent tranquille…

Proxima du Centaure est un roman jeunesse singulier : ni feel-good book, ni mélodrame larmoyant, il s’agit d’une chronique pleine d’humour et de poésie, qui traite son sujet avec sensibilité et non sensiblerie. Malgré la gravité de l’état de Wilco, Claire Castillon s’attache avant tout à nous plonger dans ses rêveries éveillées, et à nous faire partager le formidable instinct de vie qui l’anime, ainsi que ses parents et sa grande soeur qui se relaient à son chevet. Car le jeune homme fait partie d’une famille atypique, une famille de rêveurs qui entend bien contrecarrer le réel et déjouer les pronostics les plus pessimistes. De fait, il ne s’agit pas d’un livre pesant ni difficile à lire, bien au contraire ! L’omniprésence de l’humour, l’onirisme simple mais évocateur et la tendresse infinie de l’auteure pour ses personnages font de ce Proxima du Centaure un ouvrage à la fois plaisant et drôlement touchant, jusque dans son dénouement d’une belle simplicité, qui fait appel à l’astronomie.

Car derrière le titre du livre se cache le nom d’une étoile; Proxima Centauri est en effet l’astre le plus proche du système solaire au sein de notre galaxie. Désireux d’aider son fils à s’évader de cette triste chambre d’hôpital où il est enfermé, son père lui dessine les constellations au plafond et lui parle de cette fameuse étoile qui est bien visible par ciel dégagé. Wilco rêve quant à lui d’un gardien qu’il a aperçu sur le carré de pelouse en bas de chez lui lors de sa chute, et qui attend… L’astronomie, quoique très secondaire dans le roman — il faudra attendre la fin pour que ces références prennent tout leur sens — fait écho à ce désir d’évasion du héros. Désir d’échapper à sa situation dramatique autant qu’à ce corps devenu prison.

Une ode à l’éphémère beauté des amours adolescentes

Et Claire Castillon de se saisir de ce sujet pas particulièrement drôle pour évoquer avec force et acuité la beauté éphémère de l’adolescence, avec ses joies, ses peines et ses espoirs. Comme tous les adolescents, Wilco vit dans l’instant présent, et lorsque, piégé par son accident, il se projette, c’est toujours dans un futur très proche : tantôt il imagine Apothéose attendre en bas de l’hôpital sans parvenir à monter le voir, tantôt il espère pouvoir être de nouveau sur pied pour la fête organisée par son meilleur ami. Son histoire et la manière dont elle est racontée touchera d’autant plus facilement les lecteurs adolescents qu’elle sonne vrai; d’ailleurs, le jeune homme est également le narrateur. Comme eux, Wilco est ce lycéen qui ne sait pas encore bien ce qu’il compte faire de sa vie, mais qui aspire à la vivre pleinement. Lorsque ce premier amour lui “tombe” dessus, l’injustice de sa situation le saisit, mais il ne renonce pas. Mieux : cet amour lui permet de mieux tenir le coup, de rêver plus fort et d’échapper un tant soit peu à sa chambre d’hôpital et sa condition incertaine.

Proxima du Centaure est donc un livre aussi juste qu’étonnant, qui part d’une situation banale, puis dramatique, pour évoquer la fragilité et la beauté de l’adolescence, avec son intensité de chaque instant et ses amours en forme d’étoiles filantes. Claire Castillon sublime le sentiment amoureux de son jeune héros et montre comment l’amour, l’amitié et la famille permettent de mieux faire face aux situations les plus difficiles. Le tout avec une tendresse et un humour qui refusent de céder face à la gravité du sujet. On en ressort le sourire aux lèvres et la larme à l’oeil.

8/10

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