[Critique] L’automne des magiciens, tome 1 — Hélène P. Mérelle

Caractéristiques

  • Auteur : Hélène P. Mérelle
  • Editeur : Bragelonne
  • Collection : Fantasy
  • Date de sortie en librairies : 14 février 2018
  • Format numérique disponible : Oui
  • Nombre de pages : 447
  • Prix : 25€
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Une nouvelle saga fantasy aux personnages captivants

Les romans fantasy se suivent et ne se ressemblent pas chez Bragelonne, et c’est tant mieux ! Tout en reprenant un certain nombre de codes propres au genre (runes, magiciens, guérisseurs, érotisme…), Hélène P. Mérelle, dont il s’agit ici du premier livre, nous propose un récit initiatique intime et épique à la fois, dans lequel une jeune princesse d’une lointaine contrée se découvre des pouvoirs magiques, alors que sa soeur Prima, la reine, est supposée être la seule à détenir la magie. Après avoir fui son royaume pour échapper à cette dernière, qui voulait la marier de force, elle fera la rencontre d’un guérisseur, puis d’un hybride mi-homme mi-lion, qui lui apprendront à développer ses pouvoirs tout en l’ouvrant à la sensualité et à l’amour.

Si ce résumé peut sembler assez classique pour le genre, Hélène P. Mérelle excelle à nous immerger dans son univers et dans la tête de son indomptable héroïne, qui s’affirme peu à peu. Les différents personnages sont bien dessinés et développés, avec un sens du détail qui nous les rend très réels. Ils apparaissent d’ailleurs véritablement comme la sève de L’automne des magiciens, puisque, si l’univers des Neuf-Cités est décrit à l’aide d’une carte en préambule, la narration est davantage focalisée sur ces protagonistes (jusque-là du moins) que sur les différents royaumes, décrits juste ce qu’il faut pour que l’on puisse se repérer et situer les relations des uns avec les autres. L’évolution d’Octavianne, bien vite rebaptisée Iva, du statut de jeune et “innocente” princesse à celui de jeune femme et magicienne affirmée est donc au coeur de La fugitive, qui se lit avec un plaisir croissant d’un bout à l’autre.

Une belle introduction, des atmosphères marquantes

Si ce premier roman accuse quelques longueurs de-ci de-là, La fugitive constitue une bonne introduction à l’univers de la saga, avec de bons personnages et des rebondissements parfois fort inattendus. Hélène P. Mérelle a le sens du détail et la finesse avec laquelle elle rend compte du parcours de chaque personnage force le respect. Si L’automne des magiciens ne réinvente pas le genre, on sent un véritable amour de l’auteure pour cet univers particulier déchiré par l’esclavagisme. Comme souvent dans la fantasy (c’était le cas, notamment, dans Sharakhaï de Bradley P. Beaulieu), les contours géo-politiques de l’univers décrit nous parlent en réalité de notre monde, dont il réinvente en quelque sorte l’histoire. Ici, on pourrait dire qu’Hélène P. Mérelle mixe plusieurs périodes historiques (antique, médiévale, XIXe siècle) pour aboutir à ce monde touché par la pauvreté, où chacun doit se battre pour sa liberté. Si les personnages masculins sont bien construits (quoique dépendant beaucoup de celui d’Octavianne), les protagonistes féminins restent les plus intéressants ici, qu’il s’agisse de notre héroïne donc, dont la position n’est jamais passive, ou bien de la terrifiante Prima, globalement peu présente, mais marquante, de sorte que l’on ne peut que comprendre la terreur de sa soeur à l’idée qu’elle la rattrape.

Comme souvent dans la fantasy et dans les sagas Bragelonne (comme Le sang et l’or), l’érotisme est très présent. Lorsqu’elle s’enfuit du palais, Octavianne n’a que 16 ans et demi. C’est une adolescente sans expérience, mais qui possède des envies de femme, et qui est également très consciente de l’effet qu’elle produit sur les hommes. Les deux principaux personnages masculins qu’elle rencontrera seront donc ainsi ses guides à plus d’un titre même si, là encore, elle est loin d’être passive. Contrairement à certaines oeuvres où le regard sur la sexualité est en réalité très masculin, ici, c’est bien la femme qui affirme son désir face à des hommes tout aussi entiers qu’elle et parfois déroutés par ce comportement atypique chez une jeune fille d’apparence aussi frêle. En ce sens, sans en avoir l’air, l’auteure casse quelques codes au passage. On notera également que ces moments érotiques sont bien intégrés au récit, notamment dans la première partie, où le développement des pouvoirs d’Iva et son apprentissage des runes se fait conjointement à sa découverte de la sensualité.

Enfin, les atmosphères de ce premier tome sont très travaillées, avec une mention toute particulière pour le dernier tiers du roman, dans lequel Iva est assaillie par de sombres présages que la Lune elle-même lui envoie. On sentirait presque, à ce moment-là, le souffle glacial se répandre dans l’air tant Hélène P. Mérelle travaille l’ambiance avec une maîtrise remarquable pour un premier roman. L’intrigue s’achève à un point critique, annonçant le tome 2, mais sans pour autant jouer sur un cliffhanger sadique. Il y a là, au contraire, une progression logique ouvrant sur des perspectives passionnantes que ne manquera pas d’explorer l’auteure dans la suite attendue de cette nouvelle saga fantasy qui s’annonce d’ores et déjà palpitante.

7/10

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