[Critique] La vie enfuie de Martha K. – Angélique Barbérat

Caractéristiques

  • Auteur : Angélique Barbérat
  • Editeur : J'ai Lu
  • Date de sortie en librairies : 7 mars 2018
  • Format numérique disponible : Oui
  • Nombre de pages : 446
  • Prix : 7,60€
  • Acheter : Cliquez ici

Angélique Barbérat s’est fait connaître avec des romans aussi forts que L’instant précis où les destins s’entremêlent ou Lola et l’apprentissage du bonheur. Elle conte le quotidien dans tout ce qu’il a d’extraordinaire. La vie enfuie de Martha K. était paru il y a plusieurs années mais l’auteure a choisi de remanier son texte, désormais disponible chez J’ai Lu, afin de lui donner un deuxième souffle.

A la recherche du passé

Martha Klein se réveille un jour à l’arrière d’un camion russe, à la frontière germano-polonaise. Elle ne sait rien hormis qu’elle parle allemand et qu’elle a dans sa poche un rouge à lèvres d’une marque onéreuse. Après plusieurs semaines passées dans un foyer allemand, la police finit par faire le lien entre cette trentenaire amnésique et une affaire de disparition en France. Martha retrouve alors un prénom, un nom, son mari Philippe et son fils Louis de 10 ans, elle apprend également qu’elle est enceinte de plusieurs mois. Il lui faut alors non seulement apprivoiser toutes ces informations, mais également retrouver une vie. Curieusement, elle ne se sent pas à l’aise dans cette ancienne existence que tout le monde qualifie de parfaite  : un mari aimant au salaire plus que confortable, un fils facile à vivre, une superbe maison en bord de lac, un travail comme enseignante de français auprès d’adolescents en difficulté…

Martha a apparemment tout pour être heureuse, mais non seulement elle ne l’est pas, mais en plus sa mémoire reste bloquée. Jusqu’au jour où un nom entendu à la radio va déclencher la première vague de souvenirs, aussi violente que douloureuse. Peu à peu, elle se rend compte que l’accident l’ayant amenée à l’amnésie n’est peut-être pas aussi innocent qu’il en a l’air. Martha n’a alors pas d’autre choix que de suivre cette piste pour remettre de l’ordre dans son passé et espérer enfin pouvoir vivre.

Un roman bien construit

La vie enfuie de Martha K. a été écrit puis retravaillé quelques années plus tard, il n’est donc pas étonnant de voir à quel point la construction est non seulement logique, mais également fluide. Dans une première partie, plutôt descriptive, Angélique Barbérat pose le socle de l’histoire avec l’amnésie et le retour à la vie familiale. C’est très certainement la partie la moins intéressante du livre (environ 150 pages) car, bien qu’elle nous montre Martha dans son environnement naturel, cela est un peu lent, pas forcément très motivant. La deuxième partie commence lors du premier flashback du passé et là, le roman prend de la vitesse, de l’intérêt aussi.

On suit l’héroïne dans sa quête de vérité et d’identité avec plaisir, élaborant toutes sortes de théories pour chercher nous aussi à reconstituer le contexte de sa disparition. Enfin, dans la troisième partie, c’est le dénouement, la révélation et, de ce côté-là, Angélique Barbérat a très bien réussi en faisant quelque chose d’assez court et rapide. On pourrait presque parler d’un épilogue, puisqu’on retrouve les personnages dans le futur, mais cette partie est plutôt négligeable car pas indispensable ni forcément intéressante.

Des psychologies banales

Le personnage le plus approfondi est bien évidemment celui de Martha, pourtant il s’agit d’une femme qui n’est ni sympathique, ni même attachante. C’est à la fois une force pour certains puisque cela permet de donner un côté plus réaliste au lecteur et d’amener une dimension d’enquête policière, mais aussi une faiblesse pour d’autres qui ont besoin de se sentir en empathie avec les personnages principaux. Philippe, son mari, correspond au cliché du financier, gentil et aimant, mais ne supportant aucune contradiction, et manquant aussi de tendresse envers ses enfants. On retrouve également la belle-mère castratrice et encombrante, la voisine curieuse, la meilleure amie délurée… Bref, ce n’est pas pour leur psychologie profonde qu’on apprécie ces personnages, mais bel et bien parce qu’ils ont aussi des failles et permettent à l’auteure d’aborder des sujets aussi durs que la perte d’un parent ou d’une enfant, la jalousie, le mensonge, les apparences trompeuses…

La vie enfuie de Martha K. est un roman sur la quête d’identité d’une femme à la recherche de la vérité, perdue entre la manière dont les autres la voient et ce qu’elle est. Sujet difficile par essence, mais qui touche pourtant énormément de personnes. Passé la première accroche un peu longue, ce livre nous transporte dans une histoire humaine teintée de suspense qui vaut le détour.

6/10

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