[Critique] Terminator : Le jour d’après – Alex Ross, Ron Fortier

Caractéristiques

  • Auteur : Alex Ross, Ron Fortier
  • Editeur : Wetta
  • Collection : Replay
  • Date de sortie en librairies : 23 novembre 2017
  • Format numérique disponible : Non
  • Nombre de pages : 128
  • Prix : 29,95€
  • Acheter : Cliquez ici

Non-canon, mais loin d’être dénué d’intérêt

Tata ta tata, tata ta tata, tata ta tata, tata ta tata. Pas sûr que ce début d’article plaise beaucoup au dieu Google (ndlr : non, pas sûre du tout), mais comme Adil Rami avec la science : le SEO, on le nique. Bref, plus que les onomatopées qu’elles semblent être, ces quelques syllabes répétitives résonnent dans le cœur des cinéphiles, tant elles représentent la réussite de la fusion entre la science fiction et l’action. Terminator 1 et 2 (le reste n’existe pas vraiment), deux des meilleurs films de James Cameron, qui n’est pourtant pas avare en accomplissements filmiques de grandes qualités, ont marqué l’imaginaire, la culture. Du coup, qui fut surpris de voir cet univers, né d’un rêve selon son auteur (la réalité est un peu moins sexy), s’échapper des salles obscures pour envahir d’autres mediums ? Le jeu vidéo, les romans, une série et, ce qui nous intéresse ici, les comics, sont en effet capables de creuser le filon. Avec talent ?

Terminator : Le jour d’après (The Burning Earth, en version originale) a vu son premier numéro paraître, aux États-Unis, en 1990 chez l’éditeur NOW Comics. La date est importante car, si vous êtes du genre attentifs, vous comprendrez de suite qu’on fait face à une œuvre qui n’a pas attendu le deuxième film, lequel débarquera un an plus tard. Vous pensez bien que le succès public du premier long métrage n’a pas inspiré la patience, chez les décideurs. Si le scénariste, Ron Fortier, a du composer avec pas mal d’adversités (il faudra lire l’introduction pour mieux le comprendre), écrivons que ses efforts ont tout de même accouché d’une histoire certes non-canon, surtout à cause du récit raconté par le moyennasse Terminator 3, mais tout de même assez crédible.

Quarante ans après, l’Enfer

Terminator : Le jour d’après prend place quelques quarante années après le soulèvement des machines. Skynet et son armée surpuissante mène une guerre sans merci contre les derniers humains en vie, lesquels font preuve d’un des réflexes les plus importants de notre espèce : l’instinct de survie. Les Hunter Killer Tanks détruisent tout sur leur passage, tandis que l’intelligence artificielle maléfique lance son dernier bijou, un Terminator féminin nommée Aurora (ça vous rappelle quelque chose ?). Mais cela ne satisfait pas pleinement Skynet, qui déduit que la seule solution est d’annihiler les survivants en balançant des armes nucléaires un peu partout. Poussés par ce plan odieux, John Connor et ses camarades font tant bien que mal route jusqu’à Thunder Mountain. C’est ici que le combat final aura lieu, celui qui décidera du futur de l’humanité.

Voilà le cheminement que propose Terminator : Le jour d’après, et l’on peut écrire qu’il ne déçoit pas. Entre les grandes étapes, Ron Fortier (Green Hornet) dispose d’assez d’occasions pour faire parler la poudre, mais aussi tenter de donner un peu de relief à ses personnages. Sur ce dernier point, c’est mi-figue, mi-raisin, même si les dialogues se chargent de nous donner une idée précise du caractère de chacun. Écrivons que cela manque de situations dédiées au destin des protagonistes plus secondaires, ce qui se comprend par le nombre de page de l’ensemble (128 pour cette superbe édition). Au-delà de cette retenue, John Connor, qui n’a pas la cicatrice qu’il héritera du film Terminator 2, évite le piège du courage inadéquat. La situation qui entoure le héros est désespéré, il doute, et le lecteur ne peut que le comprendre. Ce qui, au final, créé une véritable ambiance de fin du monde, palpable et bienvenue.

Comme d’habitude, Wetta soigne son édition

Terminator : Le jour d’après nous surprend même à nous procurer des sensations plus solides que celles qu’on a pu éprouver dans Terminator 3, Salvation, ou même l’horrible Genisys. Les robots bipèdes ne sont plus la menace majeure que Skynet peut déployer, et les humains ont tout de même assez progressé, technologiquement, pour rivaliser en terme de puissance. C’est une autre paire de manches pour ce qui est des engins de combat, que le récit nous sert à volonté. C’est une bonne chose, cela marque une véritable évolution dans le conflit, qui ne reste pas engoncé dans l’éternel retour du grand Arnold Schwarzenegger. La fin pourra peut-être faire un peu tiquer. Sans en dévoiler une ligne du scénario, sachez que l’auteur fait le choix de l’incarnation de Skynet, ce qui reste une option à double tranchant.

Terminator : Le jour d’après est dessiné par Alex Ross. Un nom que les amateurs de comics connaissent forcément, étant donné qu’il a signé des œuvres aussi reconnues que Kingdom Come ou Marvels. Son style est sa marque de fabrique : la peinture, dans une tonalité très réaliste, que ce soit dans la représentation des corps ou le choix de couleurs. L’artiste lui-même reconnaît que son travail sur cette bande dessinée, qui est aussi son premier boulot, n’est clairement pas le plus abouti. Là encore, on vous renvoie vers les quelques mots que nous adresse Ross, inclus dans cette édition, pour mieux comprendre pourquoi il n’a pu laisser cours à sa particularité créatrice. Les deux premières pages préfigurent ce que sera sa carrière par la suite, avec un rendu qui ne peut être obtenu qu’avec un modèle. Ensuite, c’est plus diffus, moins jusqu’au-boutiste. On a aussi un peu de mal avec le rendu de certains robots, qui font un peu trop science fiction des années 1960-1970, ce qui pourrait provoquer un certain charme, mais pas dans cette histoire. Mais, même en l’état, on décèle ce qui fera le succès de sa démarche : réalisme du mouvement, expressions bien maitrisées, mise en scène clair.

Comment ne pas évoquer la qualité de cette édition de Terminator : Le jour d’après ? Assurée par les très précieuses éditions Wetta (Archie Vs Predator), cette sortie s’accompagne d’un contenu et d’un écrin précieux. La couverture, dessinée par Alex Ross, est tout simplement sublime. Le papier rend bien hommage au travail de l’artiste, et la reliure s’avère robuste. Le récit est complété d’une introduction, d’une préface et d’une postface. Et pas du genre marketing : vous allez apprendre quelques petites histoires, les artistes affichent une liberté de parole très rafraîchissante. Quelques concepts et illustrations des couvertures originales complètent ce tableau très solide.

7/10

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