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Deux sites médiévaux exceptionnels au coeur du Val de Loire

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Le bâtiment où se trouvent les logis royaux restaurés. Photo : Culturellement Vôtre

Pourquoi ne pas profiter de la fin de l’été pour visiter quelques-uns des nombreux châteaux de la Loire et ainsi plonger en famille dans l’Histoire de France ? Si le choix peut s’avérer difficile à effectuer quand on sait que la région en compte plus de 2500, nous vous proposons de nous suivre à la découverte de deux sites médiévaux qui se sont chacun retrouvés (entre autres) au coeur de l’histoire de Jeanne d’Arc et Charles VII : la Cité Royale de Loches et la Forteresse Royale de Chinon.

Si la seconde bénéficie d’un rayonnement plus fort, la première, assez méconnue, a inauguré cette année un nouveau parcours visant à mettre en valeur un patrimoine exceptionnel, dont un impressionnant donjon, composé de trois bâtiments distincts. Nous vous proposons de la découvrir à travers ce premier article !

Des Valois à Jeanne d’Arc

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Les logis royaux de Loches, abandonnés lorsque les Valois emménagèrent au Louvre, ne furent jamais terminés. © Culturellement Vôtre

Situé en Val de Loire à 40 minutes de route du zoo de Beauval, la Cité Royale de Loches fait partie des rares cités médiévales de la région. Avec ses logis royaux au style gothique et son donjon, véritable chef d’oeuvre de l’architecture militaire du XIe siècle, le site gagne véritablement à être connu pour la richesse de son patrimoine. C’est dans cette optique que le Conseil Départemental d’Indre-et-Loire a mené un important chantier durant 5 mois afin de proposer au public un nouveau parcours de visite jouant sur la pédagogie et l’interactivité. Les visiteurs sont ainsi accueillis dans les logis royaux par Emeline et Amaury, deux personnages virtuels qui les guideront tout au long de la visite pour leur apporter des informations historiques et les orienter à travers les 15 espaces scénographiés sur près de 700m².

Avant de détailler ce très beau parcours, revenons brièvement sur l’histoire de la cité : Loches fut la demeure de plaisance favorite des Valois avant qu’ils emménagent au Louvre, et la reine Anne de Bretagne y installa sa cour féminine, où elle développa un nouvel art de vivre centré sur les arts et les jeux. Loches est également restée célèbre pour avoir accueilli Jeanne d’Arc, venue exhorter Charles VII d’aller à Reims pour y être couronné fin mai 1429, alors qu’elle revenait tout juste d’Orléans, où elle avait obligé les Anglais à lever le siège. Agnès Sorel, la favorite de Charles VII (dont on murmure qu’elle mourut empoisonnée par les ennemis du roi), y résida également, tandis que son épouse, Marie d’Anjou, restait à Chinon. Enfin, son donjon accueillit quelques prisonniers célèbres, tels que Jean d’Alençon, qui avait trahi le roi, et le comte de Milan, Ludovico Sforza.

Parcours interactif au logis royal

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Charles VII trônait au centre du logis, entouré de ses conseillers. © Culturellement Vôtre

La visite commence au logis bâti du temps de Louis Ier d’Anjou, au XIVe siècle. C’est dans cette grande salle que le roi recevait. Charles VII y était entouré de ses conseillers, ce qui est représenté par différentes chaises, au style proche de celui du mobilier de l’époque, disposées autour de celle du roi. Chacune est attribuée à un conseiller différent et, si l’on s’assoit sur le siège, on peut écouter des documents sonores pour une meilleure immersion et compréhension de la manière dont un conseil se déroulait.

Agnès Sorel est également représentée par une chaise à l’écart, proche du roi, car c’est elle qui le fit sortir de sa léthargie, lui qui était sujet à l’agoraphobie. A l’entrée de la salle, une “douche sonore” diffuse des dialogues permettant de reconstituer certaines situations historiques, comme une scène où les courtisans parlent entre eux et critiquent le roi et Agnès Sorel.

Ce parti pris, simple et interactif, permet une bonne compréhension du contexte historique, et évite de passer uniquement par les panneaux d’information, qui, en dehors de quelques courtes biographies de grandes figures historiques, précisent avant tout l’usage des différentes pièces à l’époque, et (à l’extérieur) la présence de bâtiments aujourd’hui disparus.

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Dans le logis d’Anne de Bretagne trône une reproduction du livre Les Grandes Heures que réalisa pour elle Jean Bourdichon. Une borne multimédia permet d’en visionner les pages sur des écrans muraux. © Culturellement Vôtre

Après un bref passage dans la chambre du roi, où Charles VII reçut donc la visite de Jeanne d’Arc, c’est surtout le logis d’Anne de Bretagne (qui résida également au château de Suscinio, dont nous vous parlions récemment) qui se révèle être la pièce maîtresse de la demeure royale. On peut en effet y admirer le “livre d’or” de la reine, Les Grandes Heures. Conçu par Jean Bourdichon, ce prestigieux ouvrage est composé de 476 pages et 337 enluminures. A la fois livre de prières et synthèse illustrée de la faune et la flore que la reine avait l’habitude d’admirer dans les jardins d’Ambroise, Blois et Loches, il s’agit tout autant d’un guide spirituel que d’une encyclopédie naturelle. Si le livre exposé est en réalité une copie conforme (de toute beauté) réalisée au XIXe siècle, un tableau interactif permet d’en parcourir les pages, projetées sur des écrans, selon trois thématiques différentes, tandis que la salle suivante, ornée d’une tapisserie originale du XVIe siècle, propose d’en apprendre plus sur l’art de vivre à la cour de la reine : musique, danse, jeux de société… Une belle immersion, tout en élégance.

Le donjon : la pièce-maîtresse de Loches

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A 300 mètres des logis royaux, le donjon de Loches est divisé en 3 bâtiments. © Culturellement Vôtre

Après un bref passage sur le balcon donnant sur la forêt de Loches, il est temps de nous diriger vers le donjon, pièce-maîtresse de la cité royale qui plaira beaucoup aux enfants et impressionnera les adultes. Pour cela, il faut ressortir des logis, et traverser les paisibles ruelles pavées de la cité médiévale (sublimes) sur un peu plus de 300 mètres. Divisé en trois parties et d’une hauteur de 37 mètres, le monument, dont le bâtiment principal remonte à 1035, ne manque pas d’impressionner. Après tout, il s’agit-là d’un donjon parmi les mieux conservés d’Europe. Deux tours, la Tour Ronde et la Tour du Martelet, seront ajoutées par la suite, dans la seconde moitié du XVe siècle. La première deviendra prison royale sous Louis XI, et abritera des prisonniers de haut rang, souvent responsables d’outrages aux bonnes moeurs, homicides ou agressions, et tenus à l’écart par leur famille afin de ne pas les déshonorer, comme des panneaux et écrans interactifs et ludiques nous l’apprennent. On peut par ailleurs y admirer dessins, inscriptions et gravures de la fin du XIXe siècle, du temps où la tour servait d’enceinte à la maison d’arrêt départementale.

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Dans l’un des cachots de la Tour du Martelet, on peut admirer les peintures que fit le duc de Milan, emprisonné au donjon de Loches jusqu’à sa mort en 1508. © Culturellement Vôtre

Quant à la seconde, elle accueillit quelques prisonniers célèbres : Jean d’Alençon, qui s’alliera par la suite aux Anglais, et dont l’histoire est retracée de manière interactive — sa stratégie politique, alternant actes de loyauté et de trahison envers le roi, est représentée par le biais d’un échiquier — et le duc de Milan, retenu ici en tant que prisonnier politique jusqu’à sa mort, et dont on peut visiter l’un des cachots, recouvert de peintures colorées qu’il réalisa lors de sa détention. Sa partie inférieure, construite à même le flanc de l’éperon rocheux, impressionne quant à elle par le réseau de galeries auxquelles elle mène. Pour un peu, on se croirait presque au Moyen-Age, dans la peau de prisonniers tentant de s’évader par les souterrains ! Chose qui n’était probablement pas possible. En réalité, ce niveau abritait les prisonniers pour motifs religieux, qui étaient donc maintenus dans une pénombre oppressante et devaient avoir très froid l’hiver.

L’immersion s’achèvera par la visite d’un cachot de haute sécurité du temps de Louis XI, reconstitué d’après des archives d’époque. Cette grande cage aux barreaux en fer, avec son sceau extérieur permettant de nourrir le prisonnier ou lui permettre de faire ses besoins fait froid dans le dos ! Il faut dire que Louis XI était réputé pour sa cruauté envers ses ennemis, à tel point qu’il est parfois difficile de faire la part entre mythe et réalité — ce que propose de faire un quiz interactif en 8 questions proposé sur une borne dans la petite salle.

Un site touristique accueillant

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Non loin du donjon, le jardin d’inspiration médiévale Gonzague Saint-Bris est un véritable havre de paix. © Culturellement Vôtre

En ressortant, avant d’aller déjeuner au restaurant Le Vicariat dans l’une des paisibles cours intérieures avec jardin de la cité, on en profite pour se promener un instant dans le joli jardin d’inspiration médiévale Gonzague de Saint-Bris, ouvert en 1998, où l’on peut admirer plantes (médicinales, tinctoriales – pour les teintures – et potagères) et arbres fruitiers répartis en huit carrés sur 700m².

On ressort de cette longue visite charmés par la richesse des lieux et la beauté de cette cité médiévale paisible, où plusieurs restaurants et petits commerces accueillent toute l’année les touristes. En dehors des visites familiales proposées tous les jours à 15h pendant les vacances d’été, on pourra également visiter les fouilles du logis royal jusqu’au 16 septembre. Et, toute l’année, venir fêter (sur réservation) l’anniversaire des bouts de choux de 7 à 12 ans les mercredis, samedis, et dimanches après-midi, avec au programme atelier au choix, photo souvenir et jeux médiévaux costumés.

Cité Royale de Loches, 7 Mail du Donjon, 37600 Loches. Ouvert tous les jours de 9h à 19h jusqu’au 30 septembre 2018. Puis de 9h30 à 17h (sauf les 25 décembre et 1er janvier). Tarif plein (adulte) : 9€. Tarif réduit (enfants, étudiants, enseignants, handicapés…) : 7€. Gratuit pour les moins de 7 ans, les demandeurs d’emploi, journalistes, employés du Ministère de la Culture, guides conférenciers, membres de l’ICOM sur présentation d’un justificatif.

Fêtes d’anniversaire les mercredis, samedis et dimanches après-midi pour un groupe de minimum 6 enfants de 7 à 12 ans et 2 adultes (maximum 10). Réservation 15 jours à l’avance minimum. 9€/enfant (gratuit pour l’enfant qui fête son anniversaire) pour animations de 2h30. Goûter à apporter sur place, à la charge des adultes. Informations complémentaires sur le site officiel de la Cité.

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