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[Critique] Chroniques de l’île perdue — Loïc Clément & Anne Montel

Caractéristiques

  • Auteur : Loïc Clément (scénario) & Anne Montel (dessin)
  • Editeur : Soleil
  • Collection : Métamorphose
  • Date de sortie en librairies : 26 septembre 2018
  • Format numérique disponible : Oui
  • Nombre de pages : 112
  • Prix : 18,95€

Un roman graphique onirique aux airs de conte à la Lost

Après Les jours sucrés et la BD jeunesse Chaussette, Loïc Clément et Anne Montel sont de retour avec une bande-dessinée atypique, publiée au sein de la toujours aussi exigeante collection Métamorphose des éditions Soleil. Récit initiatique situé quelque part entre un conte, la série Lost, Sa majesté des mouches et Rebelle, Chroniques de l’île perdue est une allégorie, touchante, audacieuse et souvent assez surprenante autour du rapport entre petits et grands frères, les premiers souffrant souvent de l’indifférence feinte des seconds, qui peuvent parfois se montrer cruels.

L’histoire telle qu’elle est racontée est assez difficile à résumer mais essayons : Charlie et son grand frère Sacha se trouvent sur un bateau avec leurs parents lorsque celui-ci coule. Ils sont alors séparés et se retrouvent tous deux, sans le savoir, sur une île mystérieuse regorgeant de secrets et de créatures étranges. Le jeune Charlie trouve une amie en la personne de Rose, une orpheline accompagnée de son chien-loup La Bête, et qui se bat contre d’effrayants loups fantômatiques aux yeux rouges à coups de flèches. Elle protègera Charlie, qui se pense abandonné de Sacha. Sacha, lui, s’en veut terriblement de quelque chose, et recherche d’autant plus désespérément son petit frère. Mais, sur cette île aux pouvoirs mystiques, rien n’est vraiment ce qu’il semble être, et le secret au cœur de l’île pourrait bien lever le voile sur le secret de Sacha et Charlie…

Un récit allégorique autour de la relation entre petit et grand frères

image planche 2 chroniques de l'île perdue loïc clément anne montel éditions soleil
© Editions Soleil

Difficile d’en dire davantage sans éventer le mystère de ce très bel album mais, quoi qu’il en soit, si vous êtes un amateur de la série de J.J. Abrams et Damon Lindeloff et appréciez la fantaisie de l’oeuvre de Loïc Clément et Anne Montel, vous devriez être comblés ! Il y a un hommage évident du scénario à la série culte, ce qui renforce la dimension profondément onirique de ces Chroniques de l’île perdue — et donne aussi quelques pistes du point de vue de l’intrigue. Sans chercher à rejouer le dénouement controversé de la série américaine, Loïc Clément a trouvé le moyen de cristalliser, lors de la dernière partie, tout l’enjeu émotionnel de la relation entre les deux frères, où le plus petit recherche désespérément l’affection et l’attention de son aîné, qui aimerait bien rester tranquille…

La mécanique du récit est ainsi intimement liée au sentiment de culpabilité de l’aîné, et à celui d’abandon du petit Charlie. Le tout est traité de manière poétique, avec une forte utilisation des archétypes que l’on retrouve dans les contes, mais également certains mythes. De ce point de vue-là, Chroniques de l’île perdue est un melting-pot d’influences et de cultures diverses, mais aussi de références plus ou moins évidentes à la pop culture. Nous avons cité Lost, mais nous pourrions également citer l’héroïne Merida du film de Pixar, Rebelle, pour le personnage de Rose, ou Sa majesté des mouches pour la cruauté dont sont capables les enfants…

Une BD audacieuse et attachante pour le duo Clément-Montel

image planche 1 chroniques de l'île perdue loïc clément anne montel soleil éditions collection métamorphose
© Editions Soleil

Le dessin d’Anne Montel, tout en gardant sa fantaisie et ses couleurs d’aquarelle distinctives, se fait ici plus libre, plus fou, plus surréaliste. L’artiste va ici assez loin et dresse des tableaux successifs nous faisant passer d’une atmosphère à l’autre. Partant d’une imagerie à la Robinson Crusoé (avec quelques éléments fantastiques malgré tout), elle s’achemine ensuite vers le conte (la maisonnette dans les bois au milieu d’un décor enneigé, les loups…) et forge peu à peu ce que l’on pourrait rapprocher à tous points de vue d’un univers mental, aux éléments changeants en fonction de l’évolution des personnages et de leurs émotions, mais néanmoins cohérent.

Son dessin permet de nous ouvrir à la magie de cette histoire assez complexe sur le papier, et qui est développée avec une belle justesse émotionnelle, permettant au lecteur de bien appréhender l’intrigue, malgré les questions qu’elle peut soulever d’un point de vue rationnel. Mais, comme toutes les œuvres oniriques, Chroniques de l’île perdue se ressent davantage qu’il s’intellectualise et, quand bien même certaines questions restent en suspens, la logique émotionnelle de l’histoire (qui dicte l’intrigue autour de l’île) est parfaitement claire.

Voilà donc un album fort et assez inclassable, un roman graphique comme on aimerait en découvrir plus souvent : libre, audacieux, touchant. Pas vraiment une BD pour enfants —l’intrigue est clairement trop complexe pour les moins de 14-15 ans, selon nous — Chroniques de l’île perdue est un récit allégorique fort autour d’un sujet sensible auquel nous sommes nombreux à avoir été confrontés. Une histoire onirique aussi, remplie de références aux contes et à la culture populaire, et qui nous emporte dans de lointaines contrées imaginaires pour évoquer un sujet intime s’il en est. Une nouvelle belle réussite pour le duo Clément-Montel, qui ne cesse de se réinventer, et un autre incontournable de la décidément solide collection Métamorphose.

8/10

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