article coup de coeur

[Critique] La méthode Bullet Journal — Ryder Carroll

Caractéristiques

  • Titre complet : La méthode Bullet Journal : Comprendre le passé, organiser le présent, définir l'avenir
  • Auteur : Ryder Carroll
  • Editeur : Mazarine
  • Date de sortie en librairies : 21 novembre 2018
  • Format numérique disponible : Oui
  • Nombre de pages : 380
  • Prix : 20,90€
  • Acheter : Cliquez ici

Un système simple et génial pour mieux s’organiser

Créé il y a quelques années de cela par le designer américain Ryder Carroll, le Bullet Journal (BuJo pour les intimes) a véritablement explosé partout dans le monde il y a environ deux ans. Le principe ? Prendre un cahier vierge (ou presque) de type Leuchtturm1917 — le carnet privilégié par Carroll — afin d’y organiser un agenda personnalisé selon différents modules (des collections) où les tâches à effectuer sont symbolisées sous forme de puces (bullet en anglais) selon un système à la fois rigoureux et flexible. Atteint d’un déficit de l’attention depuis l’enfance, le créateur du Bullet Journal a longtemps eu du mal à trouver un système à même de l’aider à s’organiser et se repérer parmi les multitudes de cahiers, post-it et feuilles volantes encombrant son bureau comme son esprit. Peu adepte des agendas classiques pré-remplis, trop rigides à son goût, il a alors eu l’idée de réunir l’ensemble de ses notes éparses au sein d’un seul carnet muni d’un index, afin de référencer au fur et à mesure le contenu de ses notes et les retrouver d’un seul coup d’oeil grâce à la pagination.

Mais le Bullet Journal va plus loin et fonctionne sur une base de trois autres collections pouvant facilement s’adapter à chacun : une feuille de route de l’avenir (future log) permettant d’avoir un aperçu de ses prochains mois en programmant des tâches ou des événements à l’avance, une feuille de route mensuelle sur deux pages afin de prévoir les événements et tâches importantes du mois, mais aussi consigner ce qu’il s’est passé tel ou tel jour à la manière d’un journal, et enfin une feuille quotidienne, pour désencombrer son cerveau en notant tout ce qu’on a à faire ce jour-là ou ce qu’on doit penser à planifier par la suite, et qu’on pourra alors reporter dans les feuilles de route mensuelle ou de l’avenir. A cela s’ajoutent des collections personnalisées pour faire le point, réaliser des projets à plus long terme détaillés sous forme de listes, ou encore effectuer le suivi de ses habitudes. Les possibilités sont infinies et il y a finalement autant de Bullet Journals que d’utilisateurs. Les adeptes de la méthode se réunissent au sein de communautés très actives, notamment Outre-Atlantique, où le site original de Ryder Carroll a connu un bel essor et continue de fourmiller d’idées et de témoignages.

Un outil précieux pour se recentrer sur l’essentiel

En France, le phénomène est arrivé en 2016 et a donné lieu à une multitude de journaux thématiques plus ou moins pré-remplis (comme ceux des éditions du Chêne), mais aussi à des guides pour créer son agenda personnalisé et le décorer, sans compter une multitude de carnets autocollants ayant essaimé un peu partout. Et voilà que nous parvient enfin LE livre officiel La méthode Bullet Journal, écrit par Ryder Carroll lui-même et publié aux éditions Mazarine. Et c’est là que, au-delà du phénomène marketing éditorial, on prend conscience de la portée réelle du système créé par l’Américain, qui, au-delà des facilités d’organisation et de l’incroyable flexibilité qu’il offre, permet également et surtout de nous recentrer, carnet et stylo en main, afin de (re)définir nos priorités et aller à l’essentiel, en nous débarrassant du superflu auquel nous invite notre société de consommation tournée vers l’hyper-productivité. Cela est parfaitement résumé par cette phrase de l’auteur, mise en exergue au sein du livre : « La méthode Bullet Journal fonctionne à la manière d’une passerelle entre vos convictions et vos actions en plaçant vos aspirations au cœur de votre quotidien ».

En cela, le Bullet Journal (comme le livre qui en développe les principes) se révèle être un formidable outil de développement personnel, qui nous permettra de prendre le temps de nous poser des questions essentielles à notre épanouissement. Après tout, combien de temps avons-nous déjà passé à effectuer des tâches prenantes, mais qui ne nous apportaient au final que peu de satisfaction personnelle ? Et combien de temps avons-nous passé à ne rien faire (ou à surfer sur les réseaux sociaux) au lieu de prendre les mesures pour changer la donne ? En tant que jeune trentenaire souffrant d’un déficit de l’attention, Ryder Carroll a conscience de la difficulté à mener à bien des projets complexes, dont l’ampleur peut de prime abord faire peur et mener certaines personnes à procrastiner.

Plutôt que de tout vouloir faire d’un coup (chose utopique), il détaille comment on peut planifier un projet (professionnel ou personnel) en plusieurs phases, en commençant par une liste de tâches simples à réaliser dans les meilleurs délais, avant de distinguer d’autres tâches à plus long terme, que l’on peut reporter dans son journal. Organique, sa méthode permet de partir de soi et de ses aspirations pour définir les actions à mener, plutôt que de partir d’un système supposément infaillible pour en faire le plus possible. Cette distinction est très importante à l’heure où fleurissent des méthodes parfois arbitraires multipliant les promesses de bonheur et productivité à tout crin.

La méthode Bullet Journal est ainsi émaillé de différents exercices à réaliser avant de se lancer dans son premier Bullet Journal… ou pour aller plus loin pour les lecteurs déjà familiers de ce système. Ces étapes pratiques permettront de se poser les bonnes questions avant de définir ses collections et trackers (habitudes ou projets à suivre), afin d’éviter l’accumulation de listes fantaisistes mais inutiles, que nous abandonnerons très rapidement. Ici (et comme nous le détaillerons dans un futur article davantage tourné vers la pratique), on ne retient que ce qui est indispensable — les choses qui pourraient nous mettre dans l’embarras si nous ne les faisons pas — ou important pour nous.

Revenir au papier et au stylo

Surtout, là où La méthode Bullet Journal s’éloigne du simple guide pratique et se révèle l’un des meilleurs ouvrages de développement personnel qu’il nous ait été donné de lire depuis bien longtemps, c’est que Ryder Carroll parvient à nous montrer, par son propre exemple comme celui des adeptes de la méthode, comment ce système leur a permis de gagner en sens et en bien-être dans leur vie. Non pas que le Bullet Joural soit un outil miracle, mais sa mise en place donne lieu à une introspection quotidienne (le matin et le soir) qui peut, à terme, une fois que l’habitude est ancrée, faire une véritable différence. Simple et génial à la fois, le système repose en effet sur quelque chose de tangible (un carnet), là où nous avons souvent tendance à nous éparpiller dans le numérique entre une multitude d’applications, sites et supports. Les neurosciences ont montré que l’acte d’écrire à la main activait des connexions neuronales distinctes de celui de taper sur le clavier d’un ordinateur, et cela explique sans nulle doute en partie le succès du Bullet Journal.

Lorsqu’on fait le point sur sa journée et qu’on planifie les suivantes sur son journal, on est face à soi-même, loin de son ordinateur, et loin de toute course effrénée à la productivité. Au lieu de simplement faire, on peut alors se poser des questions sur le sens de ce que l’on fait, et évaluer honnêtement le résultat de nos actions et leur impact sur nous. Tenir son bullet journal devient alors un moment de respiration invitant à nous recentrer, au même titre que la méditation ou la tenue d’un journal intime, à la différence près qu’un BuJO se rédige en écriture rapide, pour aller à l’essentiel et avoir une vision plus objective des faits lorsqu’on re-consultera les notes prises à telle période de notre vie.

Grand coup de cœur développement personnel en cette fin d’année, La méthode Bullet Journal nous invite à ne pas céder à la mode des cahiers pré-remplis (même si beaucoup sont très jolis) et à prendre un bon vieux carnet afin d’organiser nos tâches obligatoires, mais aussi ce qui nous tient vraiment à cœur. Plus qu’un simple guide pratique comme on en trouve tant, le livre de Ryder Carroll nous invite à prendre le temps au sein de nos vies surchargées de nous poser un moment pour faire le point et le tri dans nos priorités, afin de ne retenir que l’essentiel, le nôtre. Un puissant outil d’introspection, permettant de ne pas seulement nous interroger, mais aussi de nous lancer d’un point de vue pratique. A conseiller aux workaholics comme à ceux qui ont tendance à procrastiner.

8/10

Réagir à l’article

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *