article coup de coeur

[Critique] My Home Hero T1 – Naoki Yamakawa, Masashi Asaki

Caractéristiques

  • Auteur : Naoki Yamakawa, Masashi Asaki
  • Editeur : Kurokawa
  • Date de sortie en librairies : 10 janvier 2019
  • Format numérique disponible : Oui
  • Nombre de pages : 192
  • Prix : 7,65€
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Un thriller qui démarre idéalement

C’est étrange, l’image que peut encore avoir le manga, en France. Avant de débuter cette critique, nous voilà embarqués dans un métro parisien, sale, peu confortable, et dégageant des odeurs « typiques ». Au moins, on est assis. Et pour s’évader, on lit. Votre humble serviteur dévore le premier tome de My Home Hero, que nous abordons aujourd’hui. En face, deux femmes, très amusées par cette lecture venue d’ailleurs, se lancent dans des inepties malheureusement encore trop répandue. On vous passe les détails, mais le résumé de tout un art à Naruto, et le bouquet final sur la bêtise des lecteurs, foudroie sur place. Cet article, donc, leur est en partie dédié : oui, le manga est une lecture qui peut élever l’esprit (suffit de lire Tezuka pour s’en convaincre), et s’avérer tout aussi qualitative qu’un excellent thriller sous forme de roman.

My Home Hero, nouvelle série en début de parution chez Kurokawa, met le paquet sur son scénario. On fait face à du pur seinen à direction d’un lectorat qui apprécie les univers bien ficelés, les personnages écrits dans les moindres détails. Le récit s’intéresse à la famille Tosu, aussi bien la femme, Kasen, que la fille, Reiko, et le père, Tetsuo. Ce dernier, commercial chez un fabriquant de jouets, est aussi passionné de polars. Au point qu’il publie, sur des sites spécialisés, des romans, peu lus et autant appréciés. Reiko, jeune fille de dix-huit ans, vient de quitter le foyer familial, afin de se rapprocher de sa fac. Son père ne peut s’empêcher de s’inquiéter pour elle, et c’est bien normal. Cet intérêt va porter des fruits, mais pas des plus agréables : le paternel se rend compte que Reiko est en couple avec un certain Nobuto, sorte de yakuza très violent, et porté sur la bouteille. La jeune femme porte les stigmates de ce fait, sur le visage.

Dès lors, Tetsuo va se lancer dans une courte enquête, sur le terrain. En s’introduisant dans le nouvel appartement de Reiko, il comprendra que Nobuto est missionné par un clan, pour atteindre directement le grand-père fortuné. La goutte d’eau, le vase, le débordement. Et un crime : le jeune yakuza paie le prix fort. Cette introduction de My Home Hero, sur quelques chapitres, installe une tonalité qui ne quittera plus les pages de ce premier tome. On fait face à des faits sociaux typiquement japonais, comme le rapport à la délinquance, au chantage, à l’extorsion. L’auteur, Naoki Yamakawa, que nous découvrons à cette occasion, place aussi une référence à la loi anti-gang, par exemple. Cela saute aux yeux : on croit à ce scénario, parce qu’il s’appuie sur une vision à la fois réaliste, et sans tabous.

Le scénario vous tiendra en haleine tout du long

Après ce meurtre que l’on pourrait qualifier de fondateur, My Home Hero Tome 1 devient un thriller au suspens ultra-efficace. Toute la sève tient ici : Tetsuo va devoir redoubler d’inventivité, et de prudence, afin de tromper le clan yakuza, auquel appartenait Nobuto. Ce dernier étant le fils du grand patron, vous imaginez bien à quel point le moindre faux pas peut se révéler désastreux, pour la famille Tosu. Car cette dernière a éveillé les soupçons, ce qui ajoute évidemment à la complexité de la problématique. Comment faire disparaître un cadavre, quand on est surveillé par de véritables gangsters ? Naoki Yamakawa parvient à utiliser la moindre parcelle de cette énigme pour utiliser les codes du thriller, dans leur ensemble. On est parfois berné, embarqué sur de fausses pistes, surpris par l’intelligence de ce couple redoutable. Du coup, on dévore ces pages, à la vitesse de la lumière.

Les dessins, signés Masashi Asaki (Psychometrer Eiji) apportent une grosse dose de réalisme à l’ensemble. L’artiste s’autorise quelques cases plus légères, ce qui créé un décalage intéressant. On ne peut pas réellement les qualifier de recours à l’humour, mais plutôt d’une mise en relief de ces personnages au potentiel surprenant. Leur normalité fait autant frémir que glousser : rester à ce point calme et réfléchi, pour le moment tout du moins, démontre à quel point ils étaient mûrs pour le pétage de plomb, bien aidés par un microcosme japonais séduisant, mais pas toujours reluisant. Voilà qui termine de nous convaincre, et de vous conseiller vivement cette lecture.

8/10

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