article coup de coeur

[Critique] Motor Girl — Terry Moore

Caractéristiques

  • Traducteur : Anne Delcourt
  • Auteur : Terry Moore
  • Editeur : Delcourt
  • Collection : Contrebande
  • Date de sortie en librairies : 22 août 2018
  • Format numérique disponible : Oui
  • Nombre de pages : 223
  • Prix : 19,99€
  • Acheter : Cliquez ici

Le grand retour de Terry Moore

image planche 1 comics motor girl éditions delcourt
© Delcourt

Série la plus récente de Terry Moore, auteur du comics culte Strangers in Paradise, Motor Girl est une fable mêlant drame et humour, le tout mâtiné de touches SF. Samantha est un vétéran de la guerre en Irak qui souffre d’un syndrome de stress post-traumatique après avoir été torturée durant des mois et avoir survécu à deux bombes. Elle vit dans une décharge au milieu de nulle part que lui loue une vieille dame et peut compter sur la présence de Mike, son meilleur ami, un gorille géant. Mike est en réalité une créature imaginaire venue la réconforter lorsqu’elle se trouvait au plus mal en Irak : il la protège et l’aide à se remettre de son traumatisme, même s’il en est visiblement également le fruit.

Un soir, une soucoupe volante s’écrase dans la décharge et deux petits extraterrestres au look de personnages de dessin animé des années 50 en sortent. Samantha répare l’engin pour les aider à repartir, mais le lendemain, des hommes disant travailler pour le gouvernement américain débarquent et mettent la pression à la propriétaire pour qu’elle leur cède la décharge afin de conduire leurs expériences classées secret défense. Si elle accepte, ils feront opérer Samantha par les meilleurs médecins pour lui retirer la tumeur qui lui ronge en réalité le cerveau et explique ses hallucinations. Mais la jeune femme refuse de perdre Mike. De drôles d’aventures commencent alors…

Un comics poétique et touchant

image planche 3 comics motor girl éditions delcourt
© Delcourt

Il y a une vraie poésie qui se dégage de Motor Girl, dès les premières pages, et nous emmène loin : le mélange d’humour, de candeur quasi-enfantine, de SF et de réalisme bien plus brut est aussi touchant que détonnant, et l’on reconnaît aisément la patte de Terry Moore, dont le style, moderne et rétro à la fois, et un rien cartoonesque, est proche de celui de Strangers in Paradise. Samantha a été abîmée par son expérience en Irak, mais Mike symbolise cette part d’innocence et d’espoir en elle qui subsiste et lui permet d’apporter de la fantaisie à un quotidien qui en manque cruellement.

Dans les premières pages, on pourrait ainsi croire que nous nous trouvons dans un récit SF futuriste, mais nous comprenons assez rapidement qu’il n’en est rien : nous sommes bien dans le présent, et Mike n’existe pas vraiment — ce dont la jeune femme a parfaitement conscience, même si elle se raccroche à sa présence. Tout, dans Motor Girl, prend alors l’aspect d’une rêverie, où nous ne savons souvent pas vraiment où se situent le rêve et la réalité. Ainsi, si les extraterrestres sont présents en dehors des passages avec Samantha, on peut logiquement mettre en doute leur existence lorsque les mystérieux hommes du gouvernement testent un gaz qui donne des hallucinations à ceux qui l’inhalent…

Une oeuvre remplie d’humour et parsemée de références

Cela n’a cependant pas d’importance tant le mélange de fantaisie, humour et drame déchirant fonctionne à plein régime. Fidèle à son ton de prédilection, Terry Moore parsème les dialogues entre Mike et Samantha de références musicales (cette fois-ci au jazz), et la trame du complot gouvernemental, quelque part entre un téléfilm des années 50, La quatrième dimension et X-Files, donne lieu à des passages assez hilarants. De nouveau, Terry Moore puise son inspiration dans la pop culture et des références que l’on sent personnelles, pour nous livrer un récit drôle et touchant autour de la résilience.

Le dessin de l’auteur n’a quant à lui rien perdu de sa maestria, et il sait mêler ses différentes influences en un tout cohérent afin de rendre compte de l’imaginaire riche et naïf de son héroïne. C’est ce mélange de réalisme parfois brut (les flashbacks en Irak) et de naïveté qui font toute la richesse de Motor Girl, qui, tout comme Strangers in Paradise, réussit le pari d’être aussi drôle et décalé que profondément émouvant. Une pépite à découvrir d’urgence !

8/10

Réagir à l’article

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *