[Critique] Hellboy Deluxe T1 – Mike Mignola, John Byrne

image hellboy deluxe t1Quand une édition deluxe porte bien son nom

Alors que le comics a gagné ses lettres de noblesse depuis quelques années, les éditeurs ne cessent de vouloir accompagner ce mouvement par des éditions qui rendent justice aux œuvres les plus importantes. Parmi ces dernières, Hellboy est rien de moins qu’une légende, le personnage créé par Mike Mignola figurant au Panthéon de la bande dessinée américaine. Alors que les aventures du démon amateur de cigares sont terminées depuis début 2016, l’auteur ayant besoin de se consacrer à d’autres projets (la peinture notamment), les éditions Delcourt décident de frapper un grand coup. En effet, il était temps qu’une série d’ouvrages luxueux rassemble les différents tomes de ce comics, et c’est le cas avec Hellboy Deluxe T1.

Hellboy Deluxe T1 rassemble les deux premières histoire de cette licence culte : Les germes de la destruction et Au nom du Diable. Et force est de constater que ces premiers récits sont de véritables pièces maîtresses, et des exemples d’univers introduit efficacement. En effet, l’écriture de Les germes de la destruction fait ce que son titre ne nous signifie pas :  elle impose de suite des codes, fait dans la construction d’un environnement et l’imaginaire qui l’accompagne avec une aisance tout simplement prodigieuse. Mike Mignola dédie cette première histoire à ses sources d’inspiration : Lovecraft et Jack Kirby, et l’on sent en effet l’influence de ces deux maîtres de la narration. L’histoire, dont la fluidité saute aux yeux encore mieux des années après les premières publications, va droit au but tout en disséminant des éléments qui ne cesseront de se développer par la suite. Les origines de Hellboy sont mises sur le tapis avec une certaine finesse, tandis que le projet Ragna Rok est déjà au centre de toutes les attentions. On peut aussi remarquer que l’ambiance de la bâtisse, centre de la problématique de l’histoire, délivre une atmosphère décrépie, et la famille qui l’habite se décompose littéralement : Poe n’est pas très loin non plus. Quand au dessin si caractéristique, on remarquera que le style n’est pas balbutiant, Mignola maîtrise déjà son utilisation des couleurs avec une aisance déconcertante…

image delcourt hellboy deluxe t1Les fondations d’un comics à l’univers d’une richesse impressionnante

Le deuxième récit présent dans Hellboy Deluxe T1, Au nom du Diable, démontre une envie, de la part de Mike Mignola d’approfondir les thématiques esquissées par Les germes de la destruction. Ainsi, cette seconde histoire se fait encore plus portée sur l’occultisme, avec des passages qui pourront même rappeler les poèmes de Lovecraft tant ils prennent soin d’évoquer chez le lecteur un combat profond qui dépasse encore notre compréhension. On quitte l’ambiance typiquement « à la Poe » pour se concentrer sur une histoire de vampires, de nazis toujours actifs, et autres problématiques qu’il vous faut découvrir par vous même sous peine de spoiler. Écrivons simplement que le grand méchant se développe lui aussi, et l’état dans lequel il se trouve lui permet d’atteindre un statut très intéressant. Notons qu’Au nom du Diable est carrément dédié à Dracula, histoire de ne laisser aucun doute quant à l’une des sources d’inspiration de Mike Mignola. Bien évidemment, Hellboy DeluxeT1 n’oublie pas d’invoquer les introductions d’époque, signées par les immenses Robert Bloch (le roman à l’origine du Psychose de Hitchcock, c’était lui) et Alan Moore. Aussi, les deux petits récits créés pour démontrer le potentiel de la série sont de la partie.

Hellboy Deluxe T1, c’est donc les deux premiers récits de la licence, mais c’est aussi un objet splendide, que tout collectionneur ne peut que compter parmi ses pièces. Avec sa couverture en tissu, son signet, ses lettres dorées, sa postface écrite pour l’occasion par Mike Mignola et ses 32 pages de croquis inédits commentés par l’auteur lui-même, dont des versions antérieures du design de Hellboy très précieuses, l’édition est bien chargée. On se rend compte que la série a énormément évolué sur papier depuis les premières esquisses, Mignola lui-même nous dit qu’il ne se souvient même plus du sens de ce qu’il a pu écrire sur ses carnets de note. Hellboy Deluxe T1 est, donc, une sortie majeure pour tout amateur de comics qui se respecte, et l’occasion ou jamais pour les néophytes de faire connaissance avec l’une des séries les plus marquantes de ces vingt dernières années…

Hellboy Deluxe T1, un comics signé par Mike Mignola et John Byrne. Aux éditions Delcourt, 288 pages, 49.95 euros. Sortie le 30 novembre 2016.

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
Mickaël Barbato
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