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[Critique] David Bowie : A Life — Dylan Jones

Caractéristiques

  • Traducteur : Holly Miller & Pascal Orts
  • Auteur : Dylan Jones
  • Editeur : Ring
  • Date de sortie en librairies : 10 janvier 2019
  • Format numérique disponible : Non
  • Nombre de pages : 745
  • Prix : 23,50€
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La biographie la plus complète sur Bowie

Rédacteur en chef du magazine GQ en Angleterre, Dylan Jones est un fan de longue date de David Bowie, qu’il a rencontré de nombreuses fois au fil des ans. A sa mort en janvier 2016, il décide de lui consacrer une biographie somme en réalisant de nouveaux entretiens avec ses proches et ses collaborateurs afin de compléter les interviews réalisées précédemment au cours de sa carrière de journaliste. Et une chose est sûre : il n’a pas fait les choses à moitié. Ainsi, pour les besoins de David Bowie : A Life, pas moins de 182 personnes ont été interviewées au cours d’entretiens souvent exhaustifs. Si certains noms manquent à l’appel, comme le fils de Bowie (le réalisateur Duncan Jones), la majeure partie des producteurs et musiciens ayant travaillé avec lui ont accepté de témoigner, ainsi que le photographe Mick Rock, le mime Lindsey Kemp, son ex-femme Angie Bowie, d’anciennes maîtresses, ses amis d’enfance… En cela, A Life est sans doute l’ouvrage le plus complet sur l’artiste à ce jour.

Penchons-nous à présent sur la forme. Celle-ci surprend, et peut décevoir un tantinet de prime abord. Un peu à la manière de l’ouvrage de Brad Dukes sur la série Twin Peaks, David Bowie : A Life entremêle les témoignages bruts des différents intervenants, découpés de manière thématique (et dans l’ordre chronologique de la carrière de l’artiste), de sorte qu’ils se répondent et se complètent mutuellement. Si cela suppose un énorme travail éditorial — rappelons que le livre, découpé en 13 chapitres, affiche 745 pages — on pourrait en effet regretter que les commentaires de Dylan Jones ne soient pas davantage présents ou que l’ensemble ne dispose pas d’une forme écrite plus traditionnelle.

L’homme et l’artiste vu par ceux qui l’ont côtoyé

Cependant, à mesure que nous avançons dans notre lecture, ce parti pris fait davantage sens : il apparaît en effet clairement que, tout fan et expert de David Bowie qu’il soit, Dylan Jones a voulu laisser la parole à ceux qui ont côtoyé l’homme et l’artiste. Plutôt que d’utiliser son sens de l’analyse pour montrer à quel point l’Anglais était avant-gardiste, unique et génial, il a préféré laisser les faits et témoignages de son entourage parler d’eux-mêmes, afin de donner une idée plus précise de la personne comme de l’artiste qu’il était. Alors bien sûr, sur ces 182 témoignages, certains peuvent paraître contradictoires : après tout, David Bowie était une personnalité complexe et, en fonction du contexte et de la période, tous n’ont pas nécessairement eu le même ressenti. Mais tout le talent de Dylan Jones est de découper et mettre en relation ses entretiens de telle manière à rendre compte de cette complexité et ses paradoxes. Ainsi, que l’on connaisse bien l’oeuvre de Bowie ou non, l’ensemble est contextualisé de telle sorte à ce que l’on ne se perde jamais, et n’induit jamais en erreur.

Au moment de la sortie de l’ouvrage en Angleterre et aux Etats-Unis, la presse a beaucoup commenté les révélations sur la vie sexuelle de David Bowie et ses expériences avec la drogue, à tel point que cela a éclipsé la première qualité du livre de Dylan Jones, qui est de montrer la nature de caméléon de l’artiste, sa force de travail, et son exigence de chaque instant. Ainsi, si vous connaissez bien sa discographie, vous aurez le plaisir de découvrir les coulisses de la création et l’enregistrement de certains de ses morceaux et albums cultes avec ses musiciens et producteurs. Surtout, si Bowie demeure en un sens un mystère, Jones sait aussi s’intéresser à l’homme par-delà le scandale et la polémique, y compris dans ce qu’il pouvait avoir de plus contradictoire : quelqu’un de profondément gentil et attachant de l’avis de tous, mais qui a aussi parfois « utilisé » les autres au sens où il a abandonné beaucoup d’amis et collaborateurs du jour au lendemain sans que ceux-ci ne savent véritablement pourquoi — et sans qu’ils lui en tiennent jamais rigueur, d’ailleurs.

Un livre essentiel pour comprendre l’artiste et l’homme derrière le mythe

Ce qui se dégage de David Bowie : A Life, c’est notamment cette force irrésistible qui poussait l’artiste en avant, et lui donnait un horizon vers lequel tendre, peu importe s’il devait parfois y laisser sa santé. Les anecdotes autour de la cocaïne, si elles sont nombreuses et parfois assez cocasses, mettent aussi en lumière un rythme de travail effréné qui obligeait parfois ses propres collaborateurs à se droguer en sa compagnie afin de pouvoir le suivre dans des sessions d’enregistrement de 18 heures. Alors oui, si les anecdotes un peu trash autour des stars du rock vous branchent, vous aurez clairement de quoi vous mettre sous la dent : Angie et David Bowie avaient de leur propre aveu un mariage libre, et les récits de partouzes et autres soirées déjantées ressortent beaucoup dans les chapitres consacrés aux années 70.

Cependant, à notre humble avis, l’essentiel ne réside pas là, mais davantage dans la complexité du portrait qui se dessine au fil de ces innombrables témoignages. Avec, en creux, une part de mystère qui subsiste au sujet de l’homme, et qui est la matière dont sont faits les mythes. A ce sujet, et pour terminer, on notera l’importance du témoignage de sa cousine Kristina Amadeus en postface, qui permet de démythifier en grande partie la légende (qu’il entretenait lui-même) selon laquelle la maladie mentale et la folie couraient du côté de sa mère. Une lecture essentielle pour les fans de Bowie.

8/10

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