[Critique] Entends la nuit — Catherine Dufour

Caractéristiques

  • Auteur : Catherine Dufour
  • Editeur : L'Atalante
  • Collection : La Dentelle du Cygne
  • Date de sortie en librairies : 18 octobre 2018
  • Format numérique disponible : Oui
  • Nombre de pages : 348
  • Prix : 21,90€
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Auteure prolifique de romans de science-fiction, Catherine Dufour collabore également au Monde Diplomatique ; c’est d’ailleurs dans ce mensuel qu’elle a publié une analyse détaillée du phénomène Fifty Shades of Grey qui a eu du succès par sa vision novatrice. Elle décida par la suite de se lancer dans une nouvelle aventure qui s’apparente à un défi : écrire un anti-Twilight reprenant les codes de la littérature jeunesse. Le résultat est Entends la nuit, paru aux éditions L’Atalante (Les Magiciens, Une histoire naturelle des dragons) : pari réussi ?

L’homme puissant et la jeune femme perdue

Myriame rentre à Paris après une vie nomade aux Pays-Bas pour commencer un nouveau travail. Elle regagne le domicile maternel avec difficulté, sachant que sa mère ne comprend pas toujours ses choix et est obsédée par le fait que sa fille fasse « carrière ». Pourtant, dès ses premiers jours à la Zuidertoren, Myriame sait qu’elle veut passer le moins de temps possible dans cette société : véritable mise en pratique de Big Brother, les employés sont tous épiés et invités à s’espionner les uns les autres.

Le bureau de Myriame ressemble à un cachot du 19ème siècle et lui donne envie de fuir, mais la nécessité d’un salaire la pousse à accepter son sort et à tenter de l’améliorer. Au fur et à mesure des jours, un homme faisant partie des instances dirigeantes de la société l’intrigue ; les deux collègues vont alors commencer à se chercher par écrans interposés. Lorsque Myriame, grâce au mystérieux Vane, arrive à décrocher non seulement un CDI, mais également un logement de fonction, elle exige de le rencontrer. Il ne peut alors plus reculer et finit par lui avouer qu’il est un lémure, esprit qui hante le lieu de sa disparition. Cela ne rebute pas Myriame, qui va alors essayer de pénétrer un monde aussi inconnu que dangereux…

Une codification suivie à la lettre

Certains feront demi-tour rien qu’à la lecture du résumé d’Entends la nuit : une jeune femme instable et en manque d’argent qui rencontre un homme puissant et riche, l’homme qui la guide pour lui faire découvrir un monde inaccessible… Ce sont les personnages et l’histoire de 90% des romans ados et jeunes adultes sortis depuis le phénomène Twilight.

Bien que Myriame soit plus dégourdie que la plupart des femmes dans ce type de romans, elle n’en reste pas moins soumise et en demande. Ses répliques sont parfois acérées et il lui arrive de protester, elle fait preuve de beaucoup de courage dans la deuxième partie du roman (ainsi qu’à la fin) tout en étant incapable de faire preuve de discernement quant à ses décisions. On retrouve également les différentes parties de ce genre : la rencontre, l’apprivoisement, la découverte d’un nouveau monde fantastique qui amène à la mise en danger de la jeune femme ; chaque étape est respectée.

Une intellectualisation parfois contre-productive

Catherine Dufour voulait montrer que l’on peut prendre un thème aussi stéréotypé que la romance fantasy et en donner une lecture adulte. Bien que cela soit réussi la plupart du temps, certaines réflexions ou façons de tourner les choses s’apparentent plus à du snobisme : lorsque Myriame compare les lémures à des vampires, Vane est agacé et lui réplique que les vampires ne sont que de pâles copies qui n’ont pas les mêmes possibilités, ni les mêmes capacités. Difficile de ne pas y voir un comparatif entre la créature fantastique choisie pour un roman et son niveau intellectuel : le vampire est facile et connu de tous, alors que le lémure est plus noble et mystérieux.

Catherine Dufour n’en est pas à son coup d’essai et cela se ressent : sa plume est directe, elle nous propose une immersion, non seulement au coeur de l’action, mais aussi dans la psyché de son héroïne. De plus, elle choisit de mêler des thématiques d’actualité comme l’urbanisation et les transformations des grandes villes, le capitalisme et son application à l’extrême, la vision du travail pour deux générations (mère et fille). Et, bien sûr, il y a Paris qui nous est raconté à travers la pierre, les murs de différents grands bâtiments qui nous font parfois rêver ou cauchemarder. Au final, la romance importe peu, et c’est tant mieux.

Entends la nuit est donc un roman polymorphe qui plaira aussi bien aux fans de Twilight qu’à ses détracteurs.

8/10

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