[Critique] Trois jours – Petros Markaris

Caractéristiques

  • Traducteur : Loïc Marcou, Michel Volkovitch & Hélène Zervas
  • Auteur : Petros Markaris
  • Editeur : Seuil
  • Collection : Cadre Noir
  • Date de sortie en librairies : 7 février 2019
  • Format numérique disponible : Oui
  • Nombre de pages : 192
  • Prix : 19€
  • Acheter : Cliquez ici

Auteur reconnu de polars, Petros Markaris est l’auteur de la trilogie de la crise dans laquelle son héros, un policier de la trempe de Maigret, va être confronté à des séries de meurtres. Pourtant le registre du polar et les enquêtes ne sont en réalité qu’un prétexte pour évoquer les causes et conséquences de la crise en Grèce, comme nous l’avions vu dans Offshore l’an dernier.

Dans Trois jours, l’auteur nous emmène à travers la Grèce, l’Allemagne et la Turquie, dans une temporalité aussi bien contemporaine que parfois plus ancienne. Des nouvelles brèves pour aborder des thèmes complexes mais toujours avec humour.

Identité, nationalisme et meurtres

Un écrivain bas de gamme candidat à l’Académie est retrouvé le crâne fracassé. Deux policiers mènent l’enquête dans le monde littéraire de la Grèce contemporaine.

Un Turc revient en Allemagne où il a passé une partie de sa vie pour visiter la maison de son père retraité. Le meilleur ami de celui-ci a été assassiné, les meurtriers tentent de faire passer sa mort pour un accident. Qui pouvait bien en vouloir à ce paisible vieillard ?

Istanbul, années 50. Vassilis est un commerçant grec qui mène une vie prospère et tranquille. L’équilibre précaire entre les communautés bascule lors des trois jours de pogrom en septembre 55 qui ont plongé la ville et la communauté grecque dans le danger après l’attaque contre la maison natale d’Ataturk, à Salonique.

Le cadavre d’un homme syndiqué est retrouvé dans un puit, tout laisse penser à un meurtre lié à son engagement politique. Mais les apparences peuvent être trompeuses…

Ulysse est un grec d’Istanbul. Il rencontre un jour un athénien qui se prend de sympathie pour lui, une relation amicale va naître entre les deux hommes. Jusqu’à la mort d’Ulysse qui, bien que naturelle, a eu lieu après un dernier mouvement de révolte.

Le père Ioannis vient en aide aux nécessiteux et aux migrants. Malheureusement, en Grèce, cela lui vaut des menaces. Il ne se rend pas compte à qui il a à faire…

Allemagne, Juillet 44. Les Krull croient toujours en les capacités du Fürher pour mener l’Allemagne à sa gloire. Malgré une tentative d’assassinat ratée, ils refusent de voir la chute inexorable du Reich.

Le commissaire Charitos se retrouve au cœur d’une enquête dans laquelle un cinéaste a été tué. Il doit se rendre à l’évidence : il ne comprend plus son pays…

8 nouvelles, 1 fil rouge

Petros Markaris est un Rums, ces Grecs d’Istanbul dont il parle à deux reprises dans ce recueil. Il n’est donc pas étonnant que l’histoire la plus fournie soit celle sur le pogrom d’Istanbul, qu’il a personnellement vécue. Un récit particulièrement touchant, autant dans son écriture que sa signification.

Comme tout ouvrage regroupant plusieurs nouvelles, Trois jours possède quelques irrégularités et mieux vaut ne pas s’attendre à des récits trop construits et aboutis. Cela n’empêche pas chaque narration d’être réfléchie et de faire ressentir des sentiments partagés de nostalgie et de déception tout en étant porteuses de messages. Le traitement des immigrés et des minorités, les affrontements idéologiques ainsi que le déclin de la société grecque moderne se retrouvent derrière chacun des écrits de Markaris.

Sous le rire le sarcasme

Rendu célèbre grâce à son commissaire Charitos (que l’on retrouve dans la dernière nouvelle), Petros Markaris a fait du sarcasme son arme pour dénoncer tout ce qui le dérange dans nos civilisations modernes. Cosmopolite de naissance et de formation (il parle 4 langues), les thématiques de solidarité et d’humanisme sont très présentes dans l’ensemble de son œuvre, mais jamais il ne se positionne comme un donneur d’ordre, plutôt comme un observateur acerbe de son temps.

Trois jours se lit avec aisance (même si on dénote parfois quelques soucis de traduction) et avec plaisir. On peut en revanche regretter que certaines histoires ne soient pas plus travaillées, même si des versions plus longues auraient sans doute cassé la cohérence du rythme propre au recueil.

6/10

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