[Critique] L’Enigme de la chambre 622 — Joël Dicker

Caractéristiques

  • Auteur : Joël Dicker
  • Editeur : Editions de Fallois
  • Date de sortie en librairies : 27 mai 2020
  • Format numérique disponible : Oui
  • Nombre de pages : 576
  • Prix : 23€
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Le nouveau page turner intimiste de Joël Dicker

Après le succès de La Disparition de Stéphanie Mailer en 2018, Joël Dicker, l’auteur suisse à succès récompensé par le Prix Goncourt des lycéens pour La Vérité sur l’affaire Harry Québert en 2012, revient cette année avec un 6ème roman : L’Énigme de la chambre 622.

Alors qu’il avait pour habitude de situer ses précédentes intrigues de l’autre côté de l’Atlantique, sur la côte Est des Etats-Unis, Joël Dicker va ici nous plonger pour la première fois dans sa Suisse natale, entre Genève et Verbier.

Dans ce livre qui commence à la première personne, un écrivain, Joël, part de Genève pour se reposer dans le célèbre hôtel des Alpes suisses : le Palace de Verbier. Il se voit attribuer la chambre 623 et en déambulant dans le couloir, il se rend compte qu’elle se situe à la suite des chambres 621 et 621 bis. La 622 n’existe pas. Enquêtant sur ce mystère, il apprendra qu’un meurtre a eu lieu dans cette chambre fantôme, et que ce meurtre n’a jamais été élucidé.

Avec ce point de départ alléchant, on comprend assez vite que Joël Dicker va retrouver ses thèmes de prédilection : le roman à suspense, l’intrigue policière à tiroirs et les retours dans le temps. En effet, l’intrigue alterne entre le point de vue de Joël, l’Ecrivain, aidé par la charmante Scarlett, sa voisine de chambre, et l’histoire des différents protagonistes de l’affaire de la chambre 622 : Macaire Ebezner, riche héritier de la Banque Privée de Suisse, Lev Levovich, banquier d’affaires charismatique très secret, ou encore Anastasia, épouse de Macaire et très proche de Lev…

Un polar prenant aux nombreux tiroirs

Les incessants va-et-vient entre présent et passé qui sont devenus au fil de ses romans la marque de fabrique de Dicker pourraient lasser, mais on se laisse encore prendre au jeu de ce roman de 600 pages qui distille savamment ses indices et regorge de cliffhangers.

D’ailleurs, alors que beaucoup de romans policiers rivalisent de techniques pour masquer l’identité du criminel, l’auteur suisse joue avec son lecteur et ne lui révèle même pas celle de la victime ! Le mystère est donc total dans ce page turner addictif où l’on sait que malgré les retournements de situations incessants, on peut faire confiance à Dicker pour nous livrer tôt ou tard les clefs de ses différents tiroirs.

L’auteur aime rappeler régulièrement qu’il écrit sans plan et que tel un lecteur, il se laisse surprendre par sa propre intrigue, à mesure qu’il la couche sur le papier. Il y a dans l’écriture une intention ludique et beaucoup de fantaisie, parfois aux dépens du réalisme psychologique des personnages, dont on pourra regretter qu’ils manquent de la profondeur à laquelle l’auteur nous avait habitués dans ses précédents romans. Néanmoins, les situations parfois loufoques et quelques personnages farfelus confèrent un souffle extrêmement léger au roman et donnent lieu à certains dialogues désopilants.

Quand réalité et fiction s’entremêlent…

Joël Dicker renoue également dans ce livre avec des thématiques chères à son cœur : l’espionnage comme dans Les Derniers jours de nos pères, le monde du théâtre avec La Disparition de Stéphanie Mailer ou encore la mise en abyme de l’écriture qui a fait le succès de La Vérité sur l’affaire Harry Québert.

Ici, pas de leçons ou de règles sur le travail d’écriture, mais une entrée touchante dans l’intériorité de l’écrivain, qui donne lieu à quelques scènes où fiction et réalité s’entremêlent très habilement et où Dicker peut vraiment révéler l’originalité de sa plume. Il livre également un vibrant hommage à Bernard de Fallois, l’éditeur cher à son cœur chez qui il a fait publier tous ses romans, et décédé en janvier 2018. Le lecteur découvrira en effet quelques anecdotes touchantes sur la profonde amitié qui unissait les deux hommes, le processus de publication des romans, ou encore la difficile recherche d’un réalisateur pour adapter en série La Vérité sur l’affaire Harry Québert. Autant de détails qui donneront l’impression de mieux connaître Joël Dicker et sa vie d’auteur.

Autre point à souligner dans cette Énigme de la chambre 622 : on sent que Dicker est heureux de nous emmener pour la toute première fois dans sa chère Genève natale. Les descriptions regorgent de détails réalistes avec des noms de rues et de monuments connus. L’auteur a pourtant pour habitude d’affirmer : « L’ennemi de la fiction, c’est la réalité » et il déclare en interview avoir eu peur de se confronter et de confronter son lecteur à cette Genève très réelle qu’il habite depuis toujours.

Cette entreprise semble réussie puisqu’un lecteur familier du décor se réjouira de reconnaître les noms de rues qu’il a empruntées, tandis que les autres pourront laisser libre cours à leur imagination, l’auteur laissant toujours une grande liberté d’interprétation et limitant ses descriptions des décors et des personnages au strict nécessaire.

L’Énigme de la chambre 622 est donc un roman riche et agréable où l’on retrouvera beaucoup des éléments qui ont fait le succès de Joël Dicker jusqu’à présent : un roman non linéaire avec une construction habile de chapitres à l’enchainement redoutable et dont le rythme s’accélère au fur et à mesure que l’on approche du dénouement, une galerie de personnages hauts en couleur dont on regrettera malgré tout un manque de profondeur psychologique et de réalisme, une mise en abyme touchante de l’écriture et une entrée intimiste dans le quotidien de l’Ecrivain, et enfin un grand nombre de twists qui nous donneront une seule envie en reposant le roman : le recommencer immédiatement pour s’assurer que tout se tient !

6/10

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