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[Critique] Il était deux fois – Franck Thilliez

Caractéristiques

  • Auteur : Franck Thilliez
  • Editeur : Fleuve Editions
  • Collection : Fleuve Noir
  • Date de sortie en librairies : 4 juin 2020
  • Format numérique disponible : Oui
  • Nombre de pages : 528
  • Prix : 18.22€
  • Acheter : Cliquez ici

Un nouveau roman étroitement lié au Manuscrit inachevé

Ce n’est plus une surprise : chaque année, dès l’arrivée des beaux jours, les amateurs de polars trépignent d’impatience devant les librairies pour se procurer le nouveau livre de Franck Thilliez.

Cet auteur de récits policiers et thrillers a su fidéliser son lectorat en alternant les livres ancrés dans sa saga Sharko/Hennebelle – un duo de flics attachants et sans doute immortels, au vu de toutes les aventures qu’ils ont déjà traversées – et les standalone, c’est-à-dire les romans à intrigue unique dont les personnages ne sont pas amenés à revenir sur le devant de la scène.

Il était deux fois, son 19ème roman, fait un peu figure d’exception car on le commence en découvrant un nouvel univers, mais on se rend compte bien vite qu’il est étroitement lié à un autre ouvrage de l’auteur, paru en 2018 : Le Manuscrit inachevé.

Même s’il n’est pas utile de l’avoir lu pour comprendre la nouvelle intrigue, connaître le Manuscrit inachevé ne peut être qu’un bonus pour le lecteur car il en retrouvera avec plaisir les personnages et aura même la satisfaction de voir certains mystères révélés, notamment sa fin énigmatique.

Mystère et amnésie…

De quoi parle alors Il était deux fois ? Le récit s’ouvre sur la disparition d’une jeune fille de dix-sept ans, Julie. Nous sommes au printemps 2008 dans la petite ville de Sagas, perdue au beau milieu des montagnes de Savoie. Son père, Gabriel Moscato, est flic et il se lance à cœur perdu à sa recherche avec son collègue et ami Paul. Un soir, alors qu’il a passé la journée à relever des indices dans l’hôtel où Julie a travaillé un été, Gabriel se résout à y passer la nuit.

Lorsqu’il se réveille le lendemain matin, les choses qui l’entourent semblent avoir changé : son numéro de chambre, ses vêtements… et même son reflet dans le miroir. Il apprend bien vite qu’il n’est plus du tout en avril 2008, mais qu’il s’est réveillé en novembre 2020 ! Douze années de sa vie se sont envolées, et il n’en a pas le moindre souvenir.

Comment une telle amnésie est-elle possible ? Pour quel motif ses anciens amis et collègues policiers semblent désormais se méfier de lui et l’éviter ? Enfin, qu’est-il advenu de Julie après toutes ces années ? Gabriel va se lancer dans une quête de vérité désespérée, à la recherche de sa fille et de sa mémoire perdue.

Avec un tel synopsis, on ne peut qu’avoir l’eau à la bouche et le résultat est à la hauteur des espérances : le roman est un régal.

Une intrigue labyrinthique et un jeu de pistes passionnant

On retrouve dans ce nouveau livre à suspense les thèmes de prédilection de Franck Thilliez : l’amnésie et la maladie mentale, par exemple, comme dans La Mémoire fantôme. Ici, le concept est poussé à son paroxysme puisque le protagoniste est atteint d’un ictus amnésique, trouble rarissime pouvant causer la disparition des souvenirs pendant quelques heures et jusqu’à plusieurs années. La question du deuil et de la disparition d’un enfant sont également des sujets chers à l’auteur, de même que le jeu de pistes, les énigmes et les mystères.

Franck Thilliez utilise astucieusement Gabriel Moscato, ce père éploré, à la fois amnésique et enquêteur, qui lui permet de prendre son intrigue à rebours : en remontant la piste de ses souvenirs et en renouant avec l’enquête qu’il a déjà menée douze ans plus tôt, le personnage et l’auteur mettent progressivement en place les pièces du puzzle.

Le lecteur aussi est fortement mis à contribution puisque, en plus de chercher à trouver la clé de l’énigme avant Gabriel, il se voit entraîner par l’auteur sur d’autres pistes, au moyen de palindromes, de lettres entourées et de phrases à reconstituer. Par ce procédé ludique, l’objet livre lui-même devient un savoureux jeu de pistes, un ultime casse-tête à résoudre avant l’épilogue.

Comme d’habitude chez Thilliez, on retrouve beaucoup de noirceur et de violence : les deux policiers de l’intrigue ne peuvent s’empêcher de sortir des rails de l’enquête rigoureuse, prennent des risques et agissent en solo. Néanmoins, l’auteur livre également une partition plus touchante en dressant le portrait émouvant de familles éplorées, marquées à vie par la disparition d’un être cher.

L’écriture est efficace, nerveuse et précise, fidèle à l’envie de Thilliez de “raconter des histoires” aux intrigues toujours plus retorses. Les descriptions permettent une immersion immédiate et totale, notamment lors des scènes d’action, et l’alternance de points de vue entre les deux amis flics qui enquêtent chacun de leur côté rend leur progression extrêmement addictive et dynamique.

Chaque chapitre se clôt sur une révélation, un sursaut, un nouveau mystère : il est impossible de lâcher le livre ! Pour une fois, l’intrigue ne se passe pas dans le Nord de la France, mais Thilliez ne peut s’empêcher de nous y faire retourner à l’occasion d’un saut dans le passé de Gabriel, lorsqu’il revient sur les traces de sa famille, entre Lille, Douai et Villeneuve-D’Ascq.

Sans trop en révéler, l’auteur fait voyager son lecteur une nouvelle fois grâce ce roman, à travers les lieux mais aussi l’histoire. Il nous interroge sur les limites de l’esprit humain et sur les dérives possibles de la science et de l’art : jusqu’où peut aller l’écrivain lorsqu’il se noie dans les méandres de sa propre imagination, aux confins de la folie ? Ecrit-il à défaut de devenir lui-même un meurtrier ? Peut-on trouver de la beauté dans la mort ?

Comme le dit la citation d’Aristote mise en exergue au début du roman, “En toute chose, c’est la fin qui est essentielle”. Pour découvrir si celle de Il était deux fois tient toutes ses promesses, on ne peut que vous conseiller de vous ruer en librairies.

8/10

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