[Critique] Un autre jour – Valentin Musso

Caractéristiques

  • Auteur : Valentin Musso
  • Editeur : Editions Seuil
  • Date de sortie en librairies : 7 novembre 2019
  • Format numérique disponible : Oui
  • Nombre de pages : 320
  • Prix : 19€
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Musso est un patronyme bien connu des amateurs de littérature française. Si Guillaume est réputé pour ses romances fantastiques, Valentin, son frère, s’est spécialisé dans le polar. Déjà auteur de 7 romans, dont certains ont été primés, Un autre jour sorti en 2019 aux éditions Seuil, reste dans la lignée de ce qui a fait sa renommée. Mais ce nouvel opus est-il à la hauteur ?

Si c’était à refaire…

Adam Chapman est un architecte comblé : il travaille avec son meilleur ami, il vit avec Claire une relation solide et souhaite fonder une famille. Alors que celle-ci est partie passer le week-end chez ses parents, Adam souhaite la surprendre au petit matin. Il découvre alors avec horreur qu’elle a été tuée à la lisière d’un bois alors qu’elle faisait son jogging matinal. La famille est sous le choc et il faut en plus composer avec les médias : en effet, le père de Claire est un avocat réputé qui jure devant témoins qu’il retrouvera et fera condamner le meurtrier de sa fille chérie.

Commence alors une descente lente mais évidente pour Adam, qui finira dans son grenier, une arme à la main. Lorsqu’il se réveille, il se rend compte qu’il est en train de revivre la journée de la mort de Claire et se dit que, peut-être, cette fois, il va pouvoir la sauver.

Un héros, des réalités

Le nouveau roman de Valentin Musso se compose de cinq parties marquant à chaque fois un tournant important du récit. La première partie sert à installer l’intrigue initiale : le meurtre de Claire, le désespoir d’Adam, les recherches lancées par le père de la jeune femme pour retrouver le coupable. Au début de la deuxième partie le jour se répète, mais cette fois Adam sait ce qu’il va se passer et va ainsi pouvoir changer le cours des choses.

Bien qu’heureux de cette nouvelle “chance”, il ne sait plus à quoi ni à qui se fier, ce qui permet à l’auteur de s’intéresser à la question de la mémoire, du déjà-vu et des paramnésies. Au travers des contradictions du héros et la mise en scène de séances avec une psychologue, ce sont aussi le déni et la réalité relative qui sont abordés.

Ce qui est très bien engagé tourne malheureusement court à partir de ce moment : les personnages sont peu travaillés et creux – la psychologue cite du Descartes pour raisonner un homme vraisemblablement atteint de démence – et surtout les poncifs s’accumulent. On retrouve ainsi un certain nombre de tropes, que l’auteur ne révolutionne pas vraiment : l’homme rationnel qui doit remettre en cause toutes ses croyances, la femme assassinée alors qu’elle est enceinte de son premier enfant, les policiers à la limite du ridicule, le serial-killer adepte de trophées…

Problèmes d’écriture

A cela s’ajoute malheureusement une écriture prétentieuse dont les connaissances (notamment sur le travail scientifique de la police) semblent alimentées par Wikipédia, et des dialogues sans grand intérêt. Les différentes théories et pistes abordées pour expliquer la situation du héros sont plus que tortueuses et se perdent dans des cheminements alambiqués.

Un certain nombre d’éléments ne sont pas forcément compréhensibles, à commencer par la localisation : l’action se déroule aux États-Unis. Certes, l’auteur donne une forme d’explication à ce choix, mais cela n’est pas convaincant ; les descriptions sont tellement vagues que le lecteur ne peut pas s’ancrer dans une localisation particulière, seuls les noms sont anglicisés.

Enfin, le plus regrettable est qu’aucun des personnages, y compris et en particulier Adam Chapman, le héros, n’est sympathique. Sans empathie, il est difficile de s’accrocher, de s’émouvoir ou même parfois de se sentir concerné par le devenir de cet homme dont l’histoire est pourtant tragique.

S’il est difficile de qualifier Un autre jour de bon roman, il reste un polar facile et accessible. Loin d’être le meilleur de Valentin Musso, les thèmes abordés sont des classiques de la télévision et du cinéma – on peut notamment penser à certains épisodes de la série Black Mirror ou au film Un jour sans fin dans une version plus sombre et complexe. Il manque néanmoins un travail supplémentaire qui aurait évité de donner, au final, cette impression de roman bâclé.

4/10

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