[Critique] Hobboes — Philippe Cavalier

image couverture hobboes philippe cavalier éditions j'ai luHobboes, voilà un titre qui intrigue… Un hobo est un travailleur vagabond, qui n’a pas de lieu de vie fixe et qui voyage au gré des opportunités d’emploi. Mis au pluriel et au vu de la couverture sombre et désertique de l’édition J’ai Lu, l’ambiance est posée. Mais est-ce uniquement ces marginaux que Philippe Cavalier place au centre de son thriller et pourquoi  ?

Une crise XXL

Le roman débute dans un village côtier canadien. Un vagabond se promène sans dire un mot et est rejeté par tout le monde. Pourtant, tous les habitants finissent par le rejoindre et le suivre jusqu’au bord d’une falaise et… Ils se jettent dans la mer, sans hésitation quelque soit leur âge, leur sexe, leur situation. Tous sauf trois hommes et une jeune fille qui sont les « élus » de ce singulier personnage et qui, sans échanger un seul mot, vont partir dans des directions différentes en sachant exactement ce qu’ils doivent faire.

Par la suite, c’est l’histoire de Raphaël Banes qui est racontée. Professeur de Sociologie et de Sciences Politiques à l’université de Cornell, il en est violemment licencié suite à une altercation et se voit alors proposer un poste au sein d’une mystérieuse fondation qui prétend avoir des liens avec tous les gouvernants du monde qu’ils soient politiques, économiques, technologiques… Il va alors commencer une initiation qui va le pousser au delà de ses limites, le propulsant dans un monde inconnu, dangereux et dans lequel les mythes se mêlent souvent à la réalité. Cependant ce n’est pas uniquement son avenir qui est en jeu, mais celui de l’Humanité entière alors que deux clans (le Bien et le Mal) préparent leur combat.

Apocalyptique

C’est le mot qui décrit le mieux ce roman d’anticipation qui n’est pas sans rappeler l’Apocalypse selon Jean et toutes les mythologies du soulèvement d’un groupe exclu, en l’occurrence les laissés pour compte de la société actuelle. Cependant, il ne donne aucune issue inéluctable, il se contente de présenter des possibilités qui amènent le lecteur à s’interroger et ce n’est pas plus mal ainsi. Beaucoup de thèmes sont abordés dans Hobboes  : l’individualisme, la liberté, le savoir et sa transmission, le rassemblement des populations qui se sentent lésées, et ce qu’elles sont capables de faire. Tout au long du livre, c’est une démonstration de ce qui peut arriver lorsqu’une voix forte et réconfortante fait se lever des masses, joue avec les frustrations, la colère pour provoquer un retournement des pouvoirs dominants. Ce qui fut par le passé et fonctionne encore aujourd’hui.

Des inspirations diverses

Cette idée de rassembler des gens divers et variés mais ayant tous connu des déceptions et appuyer dessus pour les allier contre un ennemi tiers, ce schéma fait énormément penser au livre (adapté au cinéma par la suite) La Vague, lui-même inspiré par une expérience comportementale menée en 1967 par le professeur Ron Jones. Pour le côté plus fantastique et mystique, les amateurs de Stephen King pourront voir une ressemblance avec Fléau : Randall Flagg/Le Scribe, la présence (importante) d’un professeur de Sociologie dans les deux romans, un événement inattendu qui divise la population en deux et provoque une lutte Bien vs. Mal. Par ailleurs, l’une des appellations du Scribe est Crimson, comme le roi de La Tour Sombre, autre roman dans lequel on retrouve Randall Flagg. Bien évidemment, les histoires bibliques et mythologiques sont également une source d’inspiration  (les cavaliers sont encore une fois une référence à l’Apocalypse).

Une écriture singulière

Si les thématiques abordées sont très intéressantes et attractives, il faut néanmoins nuancer la qualité de lecture de Hobboes. Philippe Cavalier est habitué à écrire des sagas et cela se ressent dans ce roman : l’écriture est parfois décousue, les explications scientifiques et mystiques sont souvent non nécessaires et ne servent finalement qu’à embrouiller le lecteur. De même, certains personnages secondaires ne sont pas pertinents et leur présence pas indispensable. Ce texte dense peut parfois rebuter, mais il faut s’accrocher autant que l’on peut, quitte à relire certains passages.

Malgré cela, Hobboes est un roman singulier, qui plaira aux lecteurs en quête de sensations et de rebondissements, puisque jusqu’au bout un sentiment d’incertitude plane sur tous les personnages, quelque soit leur importance ; il est ainsi très difficile d’anticiper la fin du roman.

Hobboes de Philippe Cavalier, J’ai Lu, sortie le 21 septembre 2016, 569 pages. 8€.

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