[Critique] Labyrinthes – Franck Thilliez

Caractéristiques

  • Titre : Labyrinthes
  • Auteur : Franck Thilliez
  • Editeur : Fleuve Editions
  • Collection : Fleuve Noir
  • Date de sortie en librairies : 5 mai 2022
  • Format numérique disponible : Oui
  • Nombre de pages : 374
  • Prix : 21,90 euros
  • Acheter : Cliquez ici
  • Note : 6/10

Un roman choral sombre et ingénieux

Les beaux jours arrivent et avec eux le nouveau roman de Franck Thilliez (1991, Il était deux fois, Puzzle…), qui s’est imposé au fil des années comme la référence du thriller français, avec pas moins de huit millions d’exemplaires vendus et des livres traduits dans le monde entier. Cette année, pas de nouvel opus pour la saga Sharko-Hennebelle, mais un nouveau standalone, roman sans lien avec ses autres publications : Labyrinthes. En apparence, cependant, car il serait plus prudent de le lire après le diptyque Le Manuscrit inachevé et Il était deux fois, parus en 2018 et 2020. Certains éléments de l’intrigue peuvent, en effet, divulguer celles des deux précédents romans et dévoiler de nouveaux mystères.

Dans Labyrinthes, un corps au visage réduit en bouillie à coups de tisonnier est découvert dans un chalet isolé. A ses côtés, une mystérieuse suspecte qui ne garde aucun souvenir de ce qui s’est produit. Aidée par un psychiatre, elle parviendra pourtant à fouiller sa mémoire et à lui narrer l’incroyable histoire de plusieurs protagonistes énigmatiques : la journaliste, la romancière, la psychiatre, la kidnappée… Le récit prend la forme d’un roman choral où chaque chapitre se concentre sur l’une de ces jeunes femmes aux destins mystérieusement liés.

Comme dans ses précédents romans, Franck Thilliez, qui aime autant instruire que divertir, choisit une nouvelle thématique scientifique comme moteur de son scénario, l’étudie avec minutie et la vulgarise pour la rendre accessible au lecteur néophyte. Ici, il s’intéresse à l’électrosensibilité, qui se caractérise par une intolérance aux ondes et aux champs électromagnétiques. Il aborde également la thématique très malsaine des snuff movies, films représentant des scènes de violence extrême, allant de la torture au meurtre en direct. Le roman est donc très sombre et l’un des plus glauques de l’auteur.

Un jeu de piste haletant

Avec Labyrinthes, Franck Thilliez démontre encore une fois qu’il sait construire avec brio une histoire retorse au suspense insoutenable. En alternant régulièrement les chapitres centrés sur chaque protagoniste, il emprisonne le lecteur dans les méandres d’un récit sinueux, tout en le guidant, telle Ariane dans le labyrinthe du Minotaure, vers un dénouement qui résoudra toutes les énigmes. Il crée ainsi un véritable puzzle dont chaque pièce est un indice précieux pour la résolution finale. Rien n’est laissé au hasard et la mécanique implacable qu’il crée dans ses pages fonctionne avec la précision d’un horloger. A chaque fois qu’un personnage est sur le point de faire une découverte, l’auteur change de chapitre afin de ménager le suspense et de retarder la révélation escomptée. Là où Thilliez excelle, c’est qu’il parvient à ce que toutes les intrigues de ce roman choral aient la même intensité et le même intérêt, de manière à maintenir le lecteur captif de sa plume.

La tension est permanente et l’écriture va à l’essentiel, avec des phrases courtes, précises et percutantes. L’auteur ne s’embarrasse pas du superflu, mais vise une efficacité maximale, ainsi que la plus grande clarté possible. Malgré la construction volontairement tortueuse du récit, l’objectif n’est pas de ralentir artificiellement l’action ni d’embrouiller le lecteur, mais bien de le désorienter pour l’amener, au moment choisi par l’auteur, à l’issue de son dédale.

Le livre entier est pensé comme un jeu de piste géant, dans lequel Thilliez glisse des indices, s’amuse avec l’onomastique et prend du recul sur l’acte de création. En mettant en scène des personnages d’auteurs, il s’interroge sur le travail d’écriture et la construction minutieuse d’un roman.

Un troisième tome nécessaire à la trilogie du Manuscrit inachevé ?

En retrouvant, dès les premiers chapitres, des noms qui lui sont familiers, le lecteur comprend rapidement que Labyrinthes est le troisième tome de la trilogie du Manuscrit inachevé. Le découvrir sans avoir lu les deux autres serait donc préjudiciable, car l’auteur donne de nouvelles révélations sur son histoire filée.

Franck Thilliez a démontré à de nombreuses reprises qu’il était capable de se renouveler, à l’image de 1991, sorti en poche au début du mois, qui mettait en scène le personnage récurrent de Sharko en le changeant d’époque, lors de ses premières années dans la police. Pourtant, ici, en tirant un peu trop une intrigue qui semblait terminée, il prend le risque de lasser et de rendre son dénouement plus prévisible que d’habitude.

De même, les thématiques traîtées apparaîtront redondantes à un lecteur assidu. Certes, l’amnésie, la mise en abyme de l’écriture et le jeu d’énigmes sont des sujets passionnants et qui lui tiennent à cœur, mais ils ont été déjà maintes fois mis en scène dans ses romans. La question de l’art et la réflexion qu’elle suscite sur la possibilité de l’homme à tout représenter, même l’extrême violence, ont aussi déjà été traîtées dans Il était deux fois.

Labyrinthes est donc un roman qui brille par sa construction ingénieuse, son écriture addictive et son suspense haletant. Néanmoins, il peut s’avérer décevant pour un lecteur fidèle car, en ressassant un peu trop ses thèmes de prédilection, Franck Thilliez n’a pas su insuffler la fraîcheur et l’originalité qui faisaient la sève de ses précédents romans.

Cet article a été écrit par , qui a publié 20 articles sur le site.

Lorsqu’elle n’enseigne pas l’italien, Lucia Piciullina aime discuter de sa passion pour le cinéma, le théâtre et les comédies musicales. Spécialisée en littérature young adult et grande amatrice de polars et thrillers, elle rejoint Culturellement Vôtre en février 2020 pour y partager ses avis lecture et sorties culturelles.

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