Caractéristiques

- Titre : Celui qui hantait le manoir
- Auteur : Damien Galisson
- Editeur : Sarbacane
- Collection : Exprim'
- Date de sortie en librairies : 7 janvier 2026
- Format numérique disponible : oui
- Nombre de pages : 272
- Prix : 16,50 €
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- Note : 8/10 par 1 critique
Publié le 7 janvier chez Sarbacane, dans la collection Exprim’, Celui qui hantait le manoir marque le retour de Damien Galisson dans un registre fantastique et frissonnant. Après La Dragonne et le Drôle, son premier roman écrit en vers libres et salué par plusieurs prix, l’auteur – parolier du groupe de métal Tanen et lauréat du concours Émergences 2018 – délaisse les vastes mondes du fantastique pour le huis clos surnaturel.
Huis clos gothique adolescent
Camille aurait préféré éviter ce mariage organisé par une tante dont elle ignorait jusque-là l’existence. Forcée d’assister à la cérémonie, l’adolescente découvre à cette occasion le manoir isolé où sa mère a grandi, vaste demeure surgissant de la brume et manifestement chargée de secrets. Écrit à la première personne, le roman adopte une focalisation interne qui épouse étroitement les ressentis de Camille. Très vite, l’étrangeté s’installe : grincements, portes verrouillées, impression d’être observée… Lors du banquet, elle fait la connaissance de Mathis, un garçon un peu plus jeune qu’elle, avec qui elle explore les abords du domaine. Leur découverte d’un cimetière dissimulé et d’une tombe ancienne, pourtant soigneusement entretenue, renforce le mystère qui entoure le manoir et la famille maternelle de Camille.
Damien Galisson fait du mariage un cadre narratif particulièrement efficace. Robe inconfortable, repas interminable, conventions sociales pesantes… Tout concourt à installer un sentiment d’enfermement et de malaise, renforcé par l’isolement du manoir. Cette contrainte devient le terreau idéal pour l’irruption du fantastique. La vieille bâtisse accumule les signes inquiétants et convoque un imaginaire gothique immédiatement lisible pour un lectorat adolescent. Le roman joue ainsi avec les codes de la maison hantée et du secret de famille, distillant ses frissons avec mesure. Une approche efficace qui installe une tension progressive et constitue une excellente porte d’entrée vers une littérature fantastique accessible, mais déjà riche en atmosphère.
Tensions familiales et quête d’indépendance
Camille s’impose rapidement comme une protagoniste charismatique, dont la justesse de ton fait toute la force. Vive et intelligente, elle apparaît mature sans jamais être figée dans une posture d’adulte. Son regard acéré sur le monde nourrit de nombreuses réflexions, qu’il s’agisse de la place des femmes, de la religion, de l’autorité ou des normes sociales, autant de questionnements qui ancrent le récit dans des préoccupations adolescentes très actuelles. En quête d’indépendance, Camille supporte de moins en moins l’autorité, tout en conservant un fort sens de l’honneur et de la justice. Attachée à ses parents malgré des disputes fréquentes, elle bouillonne intérieurement et cherche sa place, oscillant entre révolte et loyauté.
Au cœur du roman se dessinent des relations familiales complexes, où se mêlent tensions, incompréhensions et amour profond. Damien Galisson aborde avec finesse la question de la transmission et de l’amour parental, à travers plusieurs passages empreints d’émotion qui donnent au récit une réelle épaisseur humaine. La figure maternelle se décline sous différentes formes : mère aimante mais étouffante, mère absente ou inquiétante. À travers ces portraits, le roman explore des thématiques fortes telles que le deuil, la santé mentale ou la dépendance. Sans jamais sombrer dans le didactisme, Celui qui hantait le manoir ancre ainsi son intrigue fantastique dans une réalité émotionnelle dense, donnant à ses frissons une résonance plus intime et contemporaine.
Une plume ludique et un suspense redoutable
Damien Galisson adopte ici une écriture en prose, délaissant les vers libres de son précédent roman, sans pour autant renoncer à une certaine recherche stylistique. La langue est immédiatement accessible, portée par des dialogues naturels et un ton adolescent crédible. Mais derrière cette apparente simplicité se cache une plume plus joueuse qu’il n’y paraît. L’auteur s’autorise quelques trouvailles poétiques – expressions volontairement incomplètes, fantaisie lexicale, allitérations soigneusement choisies – donnant à la phrase une étrangeté légère, presque musicale. Cet équilibre entre efficacité narrative et inventivité linguistique confère au texte une personnalité affirmée. L’humour, quant à lui, s’insinue par petites touches, notamment à travers le regard pince-sans-rire de Camille. Ce décalage subtil permet de relâcher la tension sans jamais désamorcer la peur, offrant au lecteur de brefs moments de respiration au sein d’une atmosphère globalement sombre.
Du haut de ses 272 pages, le roman trouve un équilibre convaincant entre développement de l’intrigue et caractérisation des personnages. Le rythme, très maîtrisé, installe une tension progressive qui ne cesse de s’intensifier jusqu’au dénouement. À mesure que les révélations s’enchaînent, les péripéties se resserrent et le danger devient de plus en plus tangible pour les protagonistes. Damien Galisson assume pleinement les codes du genre. Sorcellerie, secrets de famille et atmosphère inquiétante structurent un suspense efficace, sans effets superflus.
Avec Celui qui hantait le manoir, Damien Galisson signe un roman fantastique adolescent efficace et maîtrisé, qui conjugue frissons, émotion et justesse psychologique. Porté par une héroïne attachante et une atmosphère gothique soignée, le récit exploite avec intelligence les codes de la maison hantée tout en abordant des thématiques contemporaines fortes. A découvrir dès 14 ans.




