[Critique Roman] Love, Mom – Iliana Xander

Caractéristiques

  • Titre : love, Mom
  • Traducteur : Antona Simongiovanni
  • Auteur : Iliana Xander
  • Editeur : Fleuve Ediitons
  • Collection : Fleuve Noir
  • Date de sortie en librairies : 8 janvier 2026
  • Format numérique disponible : oui
  • Nombre de pages : 416
  • Prix : 21,95 €
  • Acheter : Cliquez ici
  • Note : 5/10

Publié en janvier aux éditions Fleuve Noir, Love, Mom signe l’arrivée en France d’Iliana Xander, autrice britannique prolifique forte de plus d’une vingtaine de romans, pour la première fois traduite dans l’Hexagone. Recommandé à partir de 17 ans, ce thriller domestique tisse une toile oppressante faite de secrets de famille, de jalousies et de révélations fracassantes.

Secrets de famille et mécanique du suspense

Love, Mom s’ouvre sur la mort brutale d’E.V. Renge, autrice de thrillers à succès. Sa fille Mackenzie, 21 ans, a grandi dans son ombre, entre admiration distante et relations conflictuelles. Lorsque l’accident survient, la jeune femme hérite moins d’un chagrin que d’un profond malaise, incapable de ressentir une tristesse franche face à cette mère avec laquelle elle n’a jamais réellement trouvé sa place. Le jour des obsèques, Mackenzie reçoit une lettre anonyme, signée d’un déroutant « Love, Mom », l’invitant à découvrir un secret. À l’intérieur, un extrait du journal intime de sa mère. Ce qui aurait pu n’être qu’une confession posthume se transforme rapidement en une série de révélations glaçantes…

Dès les premières pages, Love, Mom s’inscrit clairement dans la tradition du thriller domestique, avec une tonalité qui emprunte beaucoup aux codes du young adult : le choix d’une narration à la première personne, portée par une héroïne de 21 ans, imprime immédiatement une voix familière et accessible au récit. La mécanique narrative repose sur une alternance efficace entre le présent de l’enquête et les révélations contenues dans les lettres, et sur des chapitres très courts, s’enchaînant à un rythme soutenu, qui entretiennent une tension continue. La plume d’Iliana Xander, fluide et accessible, facilite une lecture rapide et immersive. Tous les ingrédients du genre sont réunis : des relations familiales toxiques, des non-dits, des manipulations psychologiques et une atmosphère volontairement oppressante. Si certaines ficelles apparaissent rapidement, l’ensemble fonctionne néanmoins avec l’efficacité d’un page turner.

Une héroïne convaincante pour une enquête qui s’essouffle

Le principal atout de Love, Mom réside dans son héroïne. Mackenzie s’impose comme le véritable fil conducteur du récit, grâce à une voix familière et directe qui instaure une proximité immédiate. Son rapport distancié à sa mère donne au deuil une tonalité ambiguë et captivante. Aux côtés de Mackenzie, E.J., meilleur ami fidèle, endosse naturellement le rôle de partenaire d’enquête. Leur relation, teintée d’une tension sentimentale prévisible, fonctionne malgré tout et renforce l’attachement du lecteur aux personnages.

Toutefois, la construction en puzzle du roman montre rapidement ses limites. Paradoxalement, c’est lorsque l’enquête quitte la sphère intime pour devenir plus concrète que le rythme s’essouffle. Les déplacements de Mackenzie et E.J., leurs rencontres avec les figures du passé sulfureux d’E.V. Renge et l’accumulation de révélations entraînent un net ralentissement de l’intrigue. La tension, jusque-là plutôt bien entretenue, se dilue, et l’ennui menace, quand il ne s’agit pas tout simplement d’agacement, face à certains retournements de situation discutables. Cette deuxième partie laisse ainsi apparaître les limites d’un roman qui privilégie l’efficacité et les rebondissements à la profondeur et à la cohérence.

Quand le sensationnel prend le pas sur la vraisemblance

Au cœur de Love, Mom se niche un retournement de situation majeur destiné à bouleverser la lecture et à relancer l’intrigue. Ce choix narratif s’accompagne d’un changement de point de vue et donne les rênes du récit à de nouveaux personnages. Si l’intention est claire, le résultat s’avère nettement moins convaincant. Le ton devient plus oral, parfois familier, et les personnages mis en avant se révèlent rapidement antipathiques, rendant l’adhésion difficile. Là où les passages centrés sur Mackenzie conservaient une certaine justesse émotionnelle, ces nouvelles focalisations fragilisent l’ensemble. Faute de nuances et de profondeur psychologique, les comportements des nouveaux protagonistes peinent à paraître crédibles.

Cette impression est renforcée par un recours appuyé à certaines facilités scénaristiques. Les ellipses se multiplient, souvent utilisées pour combler des zones d’ombre narratives, et les rebondissements s’enchaînent de manière de plus en plus forcée. Ces choix s’inscrivent dans une tendance bien connue du thriller domestique contemporain, dont Love, Mom reprend fidèlement les codes. L’intrigue privilégie l’effet de surprise immédiat au détriment de la vraisemblance et de la finesse psychologique. Quant au lecteur, il est constamment sollicité par de nouveaux twists, pris dans une véritable montagne russe de surprises et de retournements rocambolesques. Si ce parti pris pourra séduire les amateurs de sensations fortes et de récits à rebondissements, il laisse une impression plus mitigée à qui attend une construction plus rigoureuse et des personnages plus nuancés.

Si Love, Mom remplit sa promesse de divertissement grâce à son rythme soutenu et à son héroïne attachante, l’effet de surprise constant et les facilités scénaristiques, courants dans les thrillers domestiques, finissent par lasser. Une lecture correcte pour les amateurs de thrillers légers et de rebondissements, mais difficilement mémorable.

Article écrit par

Lorsqu’elle n’enseigne pas l’italien, Lucie Lesourd aime discuter de sa passion pour le cinéma, le théâtre et les comédies musicales. Spécialisée en littérature young adult et grande amatrice de polars et thrillers, elle rejoint Culturellement Vôtre en février 2020 pour y partager ses avis lecture et sorties culturelles. Depuis, elle est également devenue une (excellente) critique de cinéma et parle régulièrement de cinéma de genre (avec une prédilection pour les films d’horreur) et de cinéma d’auteur.

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