marilyn monroe confession inachevéeLes mémoires inachevés de Marilyn

Ce recueil autobiographique de l’icône hollywoodienne ultime Marilyn Monroe a connu une histoire assez particulière : commencé en 1954 avec l’aide de Ben Hecht, il fut abandonné par l’actrice en cours de route pour « raisons personnelles » et le manuscrit fut confié à son proche collaborateur, le photographe Milton Greene. Celui-ci ne décida de faire publier ces mémoires inachevées que douze ans après la mort de l’actrice, en 1974 et le livre fut très rapidement épuisé.

Robert Laffont a eu la bonne idée de rééditer cet ouvrage en octobre 2011, nous permettant de redécouvrir cette personnalité complexe avec ses mots à elle. Le succès de Fragments, regroupant les carnets intimes de l’actrice et publié fin 2010 aux Éditions du Seuil y est sans doute pour beaucoup. D’autant plus qu’en août, nous fêterons les cinquante ans de la mort de Marilyn, icône éternelle à propos de laquelle le cinéaste Billy Wilder avait autrefois déclaré : « Il existe plus de livres sur Marilyn Monroe que sur la seconde guerre mondiale. Et il y a une certaine analogie entre les deux. C’était l’enfer, mais cela en valait la peine. »

L’enfance revisitée de Norma Jeane

Alors, qu’en est-il de cette confession inachevée ? Si l’on est déjà bien familier de la vie de l’actrice et que l’on a lu d’autres livres à son sujet, on n’apprendra peut-être pas grand chose de nouveau du point de vue des faits, mais on aura l’occasion de voir comment l’actrice se racontait et mettait parfois en scène certains détails de sa vie. image marilyn monroe 1947Et c’est précisément ce point qui rendrait la lecture du livre délicate pour quelqu’un qui n’aurait jamais lu de biographie complète lui étant dédiée : Marilyn a en effet enjolivé ou altéré certaines parties de son histoire. Cela ne concerne au final qu’une poignée de détails, mais il est important de le souligner.

Plus tôt cette année, j’ai eu l’occasion de lire The Secret Life of Marilyn Monroe de J. Randy Taraborrelli, qui est la biographie la plus complète et recherchée que j’ai lu au sujet de l’actrice jusque-là. L’auteur a rencontré toutes les personnes encore en vie qui l’ont cotôyée, comparé les différentes versions pour aboutir à une histoire moins glamour, plus tragique par certains aspects, mais aussi plus humaine. Le mensonge principal de l’actrice réside à faire passer la famille d’accueil qui s’est occupée d’elle le plus de temps, les Bolenders (qui ne sont jamais nommés), pour des personnes indifférentes qui ont fait d’elle une « enfant-servante. » Or, si Ida Bolender était en effet une personne d’apparence assez froide et autoritaire, elle et son mari ont toujours eu beaucoup d’affection pour la jeune Norma Jean et ont même souhaité l’adopter définitivement lorsqu’elle était petite, avant que sa mère ne s’y oppose. C’est à ce moment-là que qu’ils durent expliquer à la fillette qu’ils n’étaient pas ses parents et qu’elle devait cesser de les appeler Papa et Maman. On lui présenta alors sa mère, schizophrène et incapable de l’élever, qu’elle avait déjà aperçu sans savoir de qui il s’agissait.

Cette seule anecdote donne une vision très différente des premières pages, où l’actrice raconte l’événement d’une toute autre manière. Par ailleurs, Marilyn restera en contact avec les Bolenders jusqu’à la fin de sa vie, il est donc évident qu’ils n’étaient pas des êtres insensibles traitant les enfants en esclaves. Lorsque l’actrice avait dépeint  sa vie en famille d’accueil comme si elle avait été Cosette dans les années 50, Ida Bolender en avait été très blessée et lui avait demandé pourquoi elle avait agi ainsi. Pour éclipser, peut-être, la maladie mentale de sa mère, qui l’effrayait au plus haut point car elle se sentait prédestinée à sombrer elle aussi dans la folie ?

La blonde et la Machine à Rêves

Annex-Monroe-Marilyn_1481Quoi qu’il en soit, si l’on ferme les yeux sur ces petits arrangements avec la vérité, Confession inachevée vaut largement le détour, ne serait-ce que parce-que Marilyn Monroe y fait preuve d’une lucidité désarmante sur elle-même, son image et l’industrie hollywoodienne. Au travers d’elle, c’est la peinture de toute une époque qui s’esquisse en filigrane, rendant la lecture de l’ouvrage passionnante. On y suit le parcours de l’actrice jusqu’en 1953, au moment où elle s’apprête à partir pour la Corée chanter devant des milliers de soldats. Elle interrompit là son récit, de manière abrupte. On connaît bien sûr la suite : le succès phénoménal de Sept ans de réflexion ou Certains l’aiment chaud, les cours à l’Actor’s Studio avec Lee Strasberg, le mariage avec Arthur Miller qui s’achève en 1961, les dépressions et abus de médicaments de plus en plus importants, la liaison (d’un seul week-end en réalité) avec le président Kennedy, la mort aussi brutale qu’entourée de mystère… Pour plus de détails sur tous ces éléments, je ne saurai que trop conseiller The Secret Life of Marilyn Monroe de J. Randy Taraborrelli (uniquement disponible en anglais actuellement), épaisse biographie ultra-documentée dont j’aurai peut-être l’occasion de vous parler ultérieurement.

A noter que cette édition de Confession inachevée est accompagnée d’une trentaine des plus belles photos de la star prises par Milton Greene et d’une préface du fils de ce dernier, qui apporte un éclairage sur leur collaboration et le contexte dans lequel les clichés ont été pris.

Confession inachevée de Marilyn Monroe (en collaboration avec Ben Hecht), préface de Joshua Greene. Editions Robert Laffont, octobre 2011. Tarif : 19,99€. 

Cécile Desbrun

Cécile Desbrun est une journaliste culturelle spécialisée dans le cinéma, la musique et l'image de la femme dans la culture. Elle créée Culturellement Vôtre en 2009 et écrit parallèlement pour plusieurs publications en ligne. Elle achève actuellement l'écriture d'un livre sur la femme fatale dans l'oeuvre de David Lynch et est la créatrice du site Tori's Maze, dédié à l'artiste américaine Tori Amos, sur laquelle elle mène un travail de recherche approfondi.