image tome 1 havreferNaissance d’une grande saga

Parmi les différents lecteurs, il est assez indiscutable que les amateurs d’univers heroic-fantasy sont parmi les plus gâtés. L’offre est large, parfois un peu obscure, alors quand un auteur comme Richard Ford décide de donner dans la description référencée on est de suite attiré. L’auteur, qui a débuté avec une œuvre steampunk (Kultus), présente cet Havrefer Tome 1 : le héraut de la tempête comme un mélange de Légende et The Wire. Oui, Sur Écoute en français, cette série que l’on ne cessera de recommander tant sa qualité d’écriture est bluffante. On s’attend, donc, à un univers sombre, violent, vaste et habité d’une galerie de personnages charismatiques. Est-ce le cas ?

Havrefer, c’est la Capitale portuaires des États libres. Une ville qui cache mal son lustre d’antan, quand cette ville était encore synonyme de puissance. Mais une terrible guerre a lieu, et le roi d’Havrefer, Cael Mastragall, a du se joindre à la bataille, laissant la grande cité en proie aux conflits politiques. Alors que le pouvoir vacille, le seigneur de guerre Amon Tugha fond sur la ville, annonçant un bien mauvais présage. Le héraut (le messager en charge notamment des déclarations de guerre) de ce bien sinistre personnage s’infiltre dans Havrefer, dans le but de recruter le pire des bandits et traitres à disposition. Un assassin, une mendiante, un apprenti magicien, un mercenaire et une femme « de la haute » vont ainsi devoir s’allier. Pendant ce temps, un énigmatique sorcier terrorise la population en s’adonnant au meurtre sacrifice avec une cruauté monstrueuse…

En effet, il règne une drôle d’atmosphère dans ce premier tome d’Havrefer, qui a peut-être plus à voir avec Game of Thrones qu’avec The Wire. Pas seulement pour la situation heroic-fantasy, mais surtout pour l’agencement des différents points de vue, assez typés G.R.R. Martin. Le lecteur recueille, au fil de ce premier tome, des détails, des impressions, en fait construit lui-même l’univers de cette saga grâce à ce que ressentent les différents personnages. Tout comme Martin, Ford prend d’ailleurs le risque de noyer le lecteur sous les personnages, il faut donc préciser que les premières pages sont difficiles, exigeantes. Le ciel s’éclaircit vite, avant mi-bouquin l’on est en pleine possession des différents protagonistes rassurez-vous, mais Havrefer n’est pas une saga qui vous prend par la main.

Une mise en place maîtrisé pour un univers riche

Ce qui pousse à s’accrocher sur ce début d’Havrefer, c’est le style très fluide de Richard Ford (n’est-ce pas, G.R.R. Martin…). Mis à part une petite baisse de régime à mi-livre, pour une amourette un peu surfaite, ce tome d’exposition est un exemple d’univers bien introduit. L’écriture de Ford est pensée pour nous pousser à tourner les pages, c’est simple sans être simpliste, et les descriptions ne sont jamais trop envahissantes même si très présentes. Mais, surtout, c’est le récit qui nous emporte dans cet Havrefer, avec une tension palpable presque tout du long, construite sur un schéma de chemin éclaté en plusieurs embranchements. Si l’approche d’Amon Tugha, sa menace lancinante, est le fil rouge objectif, chaque point de vue est l’occasion de prendre une tangente pas qui s’éloigne juste ce qu’il faut pour pouvoir bifurquer sans pour autant perdre de vue le segment central. Les personnages d’Havrefer se croisent, sans spécialement faire attention à ces rencontres, ce qui donne un effet vivant à l’histoire. On a une préférence pour les agissements de Loque, jeune détrousseuse dont l’ambition n’a d’égal que l’envie d’auto-accomplissement. Et, bien sûr, mention spéciale à Waylain, l’apprenti sorcier qui assiste la sorcière noire dans la traque du sorcier tueur en série. Mais tous les autres ne sont jamais oublié, Havrefer fait preuve d’un équilibre exemplaire et le lecteur a la possibilité de se retrouver chez chacun des protagonistes.

Mission réussie pour cet Havrefer Tome 1 : le héraut de la tempête qui, une fois terminé, nous laisse tant de mystères en flottement que l’on est obligatoirement en attente de la suite. Moins sombre qu’une heroic-fantasy type Game of Thrones, mais loin d’être lumineuse, l’ambiance qui se dégage de ce premier opus est assez atypique, jusqu’au-boutiste dans son traitement des points de vue, les précisions sur le contexte politico-économique de la cité, et pourtant facile d’accès côté style. Ce début de saga se dévore à une vitesse assez folle, et l’on referme cet ouvrage en se demandant comment Havrefer va faire face à l’impact de la fameuse tempête…

Havrefer Tome 1 : le héraut de la tempête, de Richard Ford. Aux éditions Milady, 576 pages, 9.20 euros. Sortie le 18 mars 2016. 

Natacha Fleurot

Natacha Fleurot

Diplômée en Lettres Modernes, Natacha Fleurot rejoint la rédaction de Culturellement Vôtre fin 2015. Spécialisée dans les oeuvres jeunesse, young adult ainsi que la fantasy, elle réalise de nombreux articles dans les rubriques Livres et Cinéma. Passionnée de cuisine, elle teste aussi régulièrement des livres de cuisine et écrit dans la catégorie Food de la rubrique Lifestyle.
Natacha Fleurot