[Critique] Escape Book : la tour de l’alchimiste – François Lévin

image escape bookC’est bon de s’y perdre

Difficile de passer à côté du phénomène des escape games, ces jeux de réflexion grandeur nature qui redoublent d’ingéniosité pour nous proposer un challenge plus ou moins capillotracté. L’auteur François Lévin, un passionné de cette activité, et la novatrice édition 404 (Princesse 2.0) lance ce qui pourrait bien être une excellente idée : mixer le principe des escape games et des sensations des Livres dont vous êtes le héros, donnant naissance à l’Escape Book. Le meilleur des deux mondes ?

Dès l’introduction d’Escape Book : la tour de l’alchimiste, on sent bien et avec un certain plaisir la référence aux Livre dont vous êtes le héros. Mais tout est fait pour alléger le concept, en apportant à la recette un certain confort de pratique. Pas de dés pour pouvoir y jouer, il vous suffira de vous munir d’un crayon à papier, et nul besoin d’un carnet ou de feuilles volantes pour pouvoir s’y retrouver. Tout se joue entre les mains du lecteur, entre le corps des énigmes et les dernières pages qui font office de carnet de notes (179-257, l’épilogue s’étalant juste après). On aime beaucoup cette « prise en mains » directe et peu contraignante, première pierre à la réussite de cet Escape Book.

Mais revenons un peu sur le début d’Escape Book : la tour de l’alchimiste, car c’est dès ces premières pages que le lecteur est agrippé par l’œuvre signée François Lévin. Évidemment, la forme est celle d’un journal intime, tenu par un personnage sans nom et s’exprimant à la première personne histoire de nous faire voir à travers ses yeux. C’est un recours classique, mais ça marche toujours aussi bien. On est donc mis au premier plan des aventures d’un jeune personnage au caractère un peu trop trempé, qui au cours d’une soirée avec des amis prend au mot ce qu’il tient comme des racontars ridicules, des légendes urbaines. Enfermé dans une tour, se réveillant après une courte période de KO, sans son portable mais avec quelques objets qu’on lui a filé (dont une mine de crayon et, donc, le fameux carnet que l’on tient entre les mains), le voilà qu’il s’enfonce dans ce lieu étrange, divisé en salle que vous pourrez mieux capter à l’aide d’un plan. Escape Book va donc raconter l’histoire de votre propre évasion au prix de pas mal d’énigmes déjouées, car il va falloir travailler du ciboulot.

Un principe intuitif pour un challenge plutôt simple

Escape Book : la tour de l’alchimiste est régulé par des lois qui pourront peut-être vous décontenancer sur les premiers instants, mais qui très vite s’avèrent former un système simple et intuitif. Outre que chaque salle se voit attribuer des symboles qu’il va vous falloir déchiffrer, elle se termine aussi par trois chiffres romains : I, II et III. Comme il nous faut décrire très prudemment le livre sous peine de vous spoiler des énigmes, ou de vous faciliter une compréhension dont la difficulté fait partie de l’expérience, disons simplement qu’Escape Game dévoile ses règles par une mise en situation fine et heureusement patiente. Ce qui vous attend, côté problématiques, est assez varié pour ne pas provoquer l’ennui ou la redite. Encore une fois, les premiers instants sont déroutants, mais au bout de quelques minutes on se prend à débouler dans les différentes pièces avec l’aisance d’un véritable aventurier.

Les amateurs d’escape games attendent bien sûr des précisions quant à la difficulté des différentes énigmes. Nous sommes tentés de classer Escape Book : la tour de l’alchimiste dans la moyenne basse des anicroches dans lesquelles sont habitués à tomber les amateurs de ces jeux en live. L’intérêt n’était pas spécialement de proposer un challenge ardu, mais plutôt de trouver le bon équilibrage entre des éléments purement littéraires, et d’autres clairement énigmatiques. C’est une réussite à ce niveau, François Lévin trouve le moyen de rendre le trip palpable tout en racontant une histoire : le personnage a des états d’âme, des doutes plutôt bien mis en parallèle avec ceux du lecteur. Contrairement aux escape games, qui manquent encore d’une dose de mise en scène pour certains, Escape Book fait parfois dans le retournement de situation, le suspens (autrement que par le biais du compteur de temps, pour celles et ceux qui connaissent les jeux en live…).

Escape Book : la tour de l’alchimiste ne vous retournera pas de par son style littéraire, François Lévin fait le choix d’un style abordable, et comment lui en vouloir ? Car le but final de cet ouvrage est avant tout d’allier « le meilleur des deux mondes », le jeu actif et la lecture plus passive (dans le concept, entendons-nous bien). Et le fait de savoir que tout un public, qui n’a peut-être pas accès aux escape games de par leur situation géographique, vont pouvoir découvrir certaines des sensations offertes par ces jeux live, c’est une intention que nous saluons. Pour les fans de ces jeux de réflexion « en vrai », l’intérêt sera moindre côté difficulté, mais Escape Book est tellement généreux en énigmes, bien pensé dans le concept, et l’objet est tellement bien édité par 404 Editions, que l’on ne peut que conseiller de s’y attarder.

Escape Book : la tour de l’alchimiste, un livre écrit par François Lévin. Aux éditions 404, 270 pages, 11.95 euros. Sortie le 19 mai 2016.

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
Mickaël Barbato
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Réactions (3)

  1. Bonjour,
    Conseillereza-vous ce genre d’escape book à de jeunes ados qui aiment en découdre ? (11/12 ans ?)

    1. Bonjour à vous ! Oui tout à fait, même si le concept est évidemment éloigné des vrais salles d’escape games. Disons que le livre fait un bon compromis, et qu’il est abordable pour un enfant de 12 ans (même si quelques énigmes sont assez difficiles, il faudra un peu d’aide).

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