[Critique] Alex + Ada T1 – Jonathan Luna et Sarah Vaughn

Caractéristiques

  • Auteur : Jonathan Luna, Sarah Vaughn
  • Editeur : Delcourt
  • Collection : Contrebande
  • Date de sortie en librairies : 12 octobre 2016
  • Format numérique disponible : Oui
  • Nombre de pages : 144
  • Prix : 15,50€
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Un comics sensible et engageant

Au rayon science-fiction, le sujet du rapport entre l’Homme et les robots est de ceux qui passionnent depuis toujours. Depuis Asimov et ses fameuses Lois de la robotique, les auteurs de tous bords ne cessent d’adapter différentes problématiques à cette situation à la fois inquiétante et attirante : celle qui ferait d’une intelligence artificielle l’égale d’un être humain. Alors que la bande dessinée européenne a donné bien des œuvres intéressantes dans ce domaine, il faut bien écrire que le milieu du comics reste un peu en retrait, comme avec tout ce qui a un rapport profond avec la science-fiction. Alex + Ada T1 arrive pour contester ce fait.

Alex + Ada T1 prend place dans un futur non daté, mais assez éloigné pour que la robotique ait fait des progrès prodigieux, voire même dangereux. En effet, quelques temps avant que l’intrigue ne débute, une nouvelle version d’androïdes un peu trop avancée a massacré quelques dizaines d’humain dans une catastrophe sans précédent. Depuis, ces robots à l’image de l’Homme provoquent la méfiance du peuple. Est-ce pour cela qu’Alex se méfie ? Toujours est-il qu’il se retrouve avec une androïde de série X5, la toute nouvelle génération, envoyée par sa grand-mère afin que le jeune homme puisse trouver du réconfort après une rupture douloureuse. Tout d’abord sur ses gardes, et même à deux doigts de renvoyer l’androïde d’où elle vient, Alex va peu à peu s’attacher à celle qu’il va baptiser Ada. Au point, même, de se poser des question sur son « réalisme », qu’il ne trouve pas assez poussé…

Alex + Ada T1 propose un récit intéressant, un peu dans la veine de ce que peut développer la série Real Humans. Si le thème, la question de ce qui fait de nous des Hommes, peut paraître finalement un poil banal, c’est dans le traitement de l’univers dans lequel elle se pose qui fait que l’ensemble est très convaincant. On adore ce que les auteurs, Jonathan Luna et Sarah Vaughn, imprègnent à leur récit. Il règne, dans Alex + Ada T1, un certain regard désabusé sur ce futur aseptisé qui, il est vrai, est l’une des options vers lesquelles l’humanité se dirige. Dans cet avenir, très propre sur lui, les êtres humains peuvent s’appeler par un système télépathique, contrôler chaque fonctionnement d’objets par le même moyen. On baigne dans une ambiance paradoxalement aussi rassurante qu’inquiétante, l’Homme ayant réussit à déshumaniser les rapports à l’extrême en rendant tout fonctionnel. D’ailleurs, pour bien rappeler le danger qui guette, on apprécie beaucoup l’intervention de la grand-mère d’Alex, une femme dont on sent que son passé fut bien rempli, fait d’une liberté d’action certaine… contrairement à Ada.

Un récit calme, fondamentalement puissant

Ada intervient dans le récit comme pour confirmer que l’univers d’Alex + Ada T1 a déshumanisé ce que nous avons de plus profondément précieux. Jonathan Luna et Sarah Vaughn abordent en fait un seul sujet, et pas n’importe lequel : la liberté d’opinion qui mène au choix. Lors de son arrivée chez Alex, Ada a certes tous les attributs pour faire craquer n’importe quel homme, mais il lui manque l’opinion. Le jeune homme s’en aperçoit, et va alors se mettre en quête de « libérer » l’androïde. On peut y voir, évidemment, une allégorie du combat des minorités pour atteindre la liberté d’être, et c’est intelligemment emmené. Signalons aussi que l’univers développé est assez crédible, notamment tout ce passage où Alex se rend dans les internets, fait corps avec le principe de surf. Grandiose.

Côté dessins, Jonathan Luna joue la carte de la crédibilité. Sans doute afin d’accompagner un rythme qui aime prendre son temps (et c’est une excellente chose), la grammaire purement visuelle se fait posée, sans fioritures. On aime, et ce jusqu’au moment de tourner la dernière page. Sans vous spoiler, le final d’Alex + Ada T1 laisse le lecteur dans une situation assez intenable, même si en soit cette fin marque une boucle logique. On est pressé, et pas qu’un peu, de lire la suite de cette histoire bien maîtrisée, cette série a en elle un très bon potentiel…

Retrouvez aussi notre critique du second tome.

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
Mickaël Barbato
7/10

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