[Critique] La dynastie Donald Duck, tome 21 : 1946-1947 — Carl Barks

image couverture la dynastie donald duck tome 21 1946-1947 glénatAprès le volume 20 (dont nous vous proposions la critique cet été), Glénat aborde la dernière ligne droite dans la publication de son intégrale Carl Barks. En effet, on sait que la collection comptera 24 volumes en tout. Avant cet ultime volume, qui paraîtra en 2017 et devrait donc se conclure par l’année 1949 afin de rejoindre la chronologie du tome 1, qui commençait en 1950 (vous suivez ?), penchons-nous donc sur ce tome 21 regroupant les bandes-dessinées de 1946 à 1947.

Des histoires imprégnées du contexte social de l’époque

On y trouve 25 bandes-dessinées, des histoires indépendantes toujours, et généralement courtes (10 pages). Alors que le tome 20 comportait 3 histoires d’une vingtaine de pages, celui-ci n’en contient que 2 de ce type, les autres étant strictement comprises entre 8 et 13 pages. Cela s’explique principalement par le fait que ce format court était généralement privilégié pour les aventures de Donald au sein du mensuel Walt Disney’s Comics and Stories, qui était tandis que les histoires longues paraissaient dans des revues spécifiques, dont le contenu et le rythme de publication étaient différents.

De fait, comme dans les précédents volumes, chaque petite histoire est entièrement indépendante et possède un début, un milieu et une fin. On peut donc les lire dans n’importe quel ordre, bien qu’une lecture chronologique permette d’apprécier l’évolution des thèmes abordés par Barks, ainsi que le traitement des personnages. Si ce tome 21 se situe en partie dans la continuité du précédent par la large prédominance du comique de situation, montrant Donald dans des postures improbables en raison de son mauvais caractère ou son obstination, on notera cependant que les thèmes sont légèrement plus terre à terre : aucune trace d’intrigues fantastiques dans la veine de la bande-dessinée « Le mystère des marais », par exemple. Les temps sont durs et Donald, secondé de ses neveux Riri, Fifi et Loulou, sera par exemple contraint de travailler en tant qu’huissier, tandis que les enfants joueront à la tombola afin de remporter une dinde pour le réveillon, et, dans une autre histoire, demanderont au « Père Noël » de bonnes choses à manger pour leur repas de fête plutôt que des jouets.

On sent également qu’Hiroshima est passé par là puisqu’une histoire (« La mine du turc ») fait référence à un missile, tandis que dans l’une des toutes premières (« Pêche d’expert »), le vendeur d’une boutique d’armes apprend à un Donald dépité qu’ils ne vendent pas de bombes atomiques. Sous la légèreté et le ton bon enfant des histoires de Carl Barks se trouve donc toujours un certain rapport au réel, que l’on sent en sous-texte. Si l’humour est toujours de mise, cela peut provoquer une certaine gêne lorsqu’une histoire totalement rocambolesque (plaisante et assez drôle au demeurant par sa dimension surréaliste), décrit un pays imaginaire défavorisé, la Volcanovie, et ses habitants comme des paresseux notoires, en leur attribuant physiquement tous les traits caractéristiques des Mexicains, tels que les Américains se les représentaient à l’époque, mais en faisant également référence à certains éléments culturels et politiques assez clairs, tels que la révolution. Cela donne une vision assez raciste sur les bords, même si ces préjugés à l’encontre des Mexicains, très répandus dans la première moitié du XXe siècle aux États-Unis (comme en attestent les déclarations choc de l’écrivain Jack London, qui était pourtant un fervent socialiste), sont quelque peu mis à distance ici par le côté assez absurde et parodique de l’ensemble, qui en joue de manière assez consciente.

Les animaux, Daisy, Riri, Fifi et Loulou : tous contre Donald !

image planche 2 la dynastie donald duck tome 21 1946-1947 carl barks disneyComme il est souvent de mise dans les bandes-dessinées de Carl Barks, Donald affrontera également divers animaux qui lui joueront des tours pendables (chien, chat, perroquet, phoque…), ou à des machines dont la défaillance entraînera tout un tas de rebondissements aux résultats de fortunes diverses. De manière assez frappante, on sent que le personnage de Daisy, apparu pour la première fois en 1943 dans les bandes-dessinées, prend progressivement de l’importance ; à partir de l’histoire « Un baraqué débusqué » pour être plus précis, qui marque sa deuxième apparition seulement au sein de l’univers de Barks, alors que la petite-amie de Donald était en réalité apparue dès 1940 dans les courts-métrages. Si elle n’apparaît au final que dans une poignée d’histoires courtes, chacune d’entre elles est marquante et instaure la dynamique de la relation des deux héros : Daisy semble souvent ignorer les qualités et les efforts du pauvre Donald, qui redouble d’attentions et de détermination, avec des résultats qui ne vont pas forcément dans son sens.

Les neveux du célèbre canard, Riri, Fifi et Loulou, qui ne sont pas encore devenus les Castors Juniors, sont toujours omniprésents et sont régulièrement représentés comme de véritables garnements toujours prêts à faire les 400 coups (bien plus que dans le volume 20), bien loin des enfants matures et raisonnés face à leur oncle impulsif et colérique. On notera cependant que ce comportement a tendance à osciller d’une histoire à l’autre et ne respecte pas vraiment, en ce sens, une logique linéaire, ce qui s’explique là encore par la prédominance du format court et le nombre important de bandes-dessinées publiées par Barks durant ces années, qui n’étaient pas toujours publiées dans les mêmes revues par ailleurs.

Le patrimoine Disney et sa richesse à l’honneur

image planche 1 la dynastie donald duck tome 21 1946-1947 carl barks glénatEnfin, comme dans chaque volume de la collection, on retrouvera dans ce tome 21 plusieurs petits dossiers consacrés à Carl Barks, Donald Duck et les personnages récurrents de son univers. Le dossier principal, présenté en introduction, s’intéresse donc à la véritable « ménagerie » entourant le plus célèbre canard de l’histoire de l’animation, dont nous soulignions plus haut le rapport particulier aux animaux. L’article s’intéresse notamment au travail du dessinateur réalisé sur ce thème pour d’autres licences, comme Looney Tunes, qui fut un échec. C’est ensuite sur « L’autre Amérique » vue par Donald et ses amis que Glénat se penche, en revenant notamment sur les références à l’Amérique du Sud dans l’univers Disney, introduites pour lutter contre les préjugés, même si ceux-ci seront repris de manière parfois un peu maladroite dans les faits. En annexes enfin, on aura droit à un focus sur le court-métrage Le pingouin de Donald, avec de nombreux croquis préparatoires, un autre sur Candide l’ours avec une BD complète, et enfin un article sur les sculptures Disney réalisées par Carl Barks, une fiche sur le voisin de Donald, Lagrogne, et une dernière sur le personnage Bombi le zombie qui suit la trace de l’oncle Picsou.

La dynastie Donald Duck, tome 21 est donc une nouvelle réussite pour cette intégrale-phare des éditions Glénat, dans la continuité des précédents volumes, tous d’excellente facture. Qu’il s’agisse du soin apporté à la restauration de ces planches vieilles de plus de 70 ans, des fiches techniques permettant de connaître les dates de publication originale ou encore le contexte de création, sans compter les nombreux articles thématiques explorant la richesse de l’oeuvre de Carl Barks et de l’univers Disney, ces beaux livres mettent en valeur le patrimoine de Walt Disney et son inestimable valeur artistique, que l’on oublie parfois au profit de considérations plus mercantiles.

Les histoires, tout en étant d’un abord assez simple, avec une dimension clairement universelle et intemporelle (elles pourront en ce sens parfaitement convenir aux enfants), reposent sur un comique de situation assez fin, ingénieux et formidablement mis en images, sans pour autant nier le réel, qu’on sent souvent en filigrane, par la dure réalité matérielle à laquelle sont confrontés Donald et ses neveux dans de nombreuses histoires. Lire les aventures de Donald par Barks, c’est donc à la fois retrouver son âme d’enfant, mais également contempler un morceau d’Histoire, donnant à voir une certaine image de l’Amérique et ses préoccupations dans l’immédiat après-guerre. Pour cela (et pour le plaisir simple et naïf d’une lecture au premier degré), nous ne pouvons que conseiller ce volume d’une belle richesse.

La dynastie Donald Duck, tome 21 : 1946-1947 de Carl Barks, sortie le 12 octobre 2016, 383 pages. 29,50€.

Cécile Desbrun

Cécile Desbrun est une journaliste culturelle spécialisée dans le cinéma, la musique et l'image de la femme dans la culture. Elle créée Culturellement Vôtre en 2009 et écrit parallèlement pour plusieurs publications en ligne. Elle achève actuellement l'écriture d'un livre sur la femme fatale dans l'oeuvre de David Lynch et est la créatrice du site Tori's Maze, dédié à l'artiste américaine Tori Amos, sur laquelle elle mène un travail de recherche approfondi.
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