[Critique] Demain les chats – Bernard Werber

image demain les chatsBernard Werber et la chapocalypse

Si nous ne sommes pas toujours convaincus par les auteurs très populaires du moment, et ce pour diverses raisons (l’œuvre de Marc Levy, par exemple, ne plaît pas beaucoup au sein de la rédaction), il est un cas spécial qui vient faire quasiment figure d’exception : Bernard Werber. Écrivain assez inclassable, capable de donner dans la science fiction, l’aventure, la philosophie, les romans « one shot » et les trilogies, les ouvrages de l’auteur sont toujours agréables à suivre de près. Cette fois-ci, c’est avec plaisir qu’on le retrouve pour un roman dont le titre ne pouvait que nous émoustiller : Demain les chats.

Demain les chats prend lieu à Paris, Montmartre plus précisément, où nous faisons vite connaissance avec les deux personnages principaux du livres : deux félins. Le premier, c’est Pythagore, un chat de laboratoire qui a une particularité : au sommet de son crâne figure une prise USB, laquelle lui permet de se connecter sur Internet. Le deuxième, c’est Bastet, une chatte qui se trouve être aussi la narratrice de Demain les chats. Son idée fixe : communiquer avec les humains, afin de discuter avec eux des maux de la société qu’ils ont pu construire depuis tant d’années. Alors que les deux félins vont s’attacher, s’apprécier, s’aimer, le monde des humains ne va cesser de se perdre dans une brutalité terrible. Pythagore estime que son espèce doit se préparer à prendre la relève d’une humanité qu’il estime déjà perdue, et il sera aidé non seulement par Bastet, mais aussi d’autres compagnons, dont un lion nommé Hannibal…

Avec Demain les chats, on rentre tout droit dans l’esprit des animaux préférés des Internets : les chats. On revient sur l’historique de notre relation avec cet animal si spécial, au comportement à la fois troublant et mignon tout plein. Puis, bien évidemment, Bernard Werber se lance dans une étude anthropomorphique afin de questionner à la fois l’animal, mais surtout l’Homme. Bastet est un personnage merveilleux, le moyen idoine pour que l’auteur puisse arriver à ses fins : son envie de communication, qui rappellera la Trilogie des fourmis, induit à la fois une analyse de ses actes (ah, le passages des poignées de portes !), mais aussi une critique du comportement humain.

Les thèmes de l’auteur sont convoqués dans un récit d’anticipation

On l’aura compris, Demain les chats est un très bon moyen, pour Bernard Werber, d’approfondir quelques uns des thèmes qui lui sont chers. On sent, par ailleurs, que l’écrivain s’amuse réellement à coucher ces mots, comme s’il éructait des situations que la problématique de l’ouvrage lui permet de mettre en place. Parfois véritable manifeste contre la violence humaine, Demain les chats aborde aussi le sujet de l’écologie, mais sous un prisme qui évite toute sensation de leçon. Bernard Werber prend un malin plaisir à mener l’espèce humaine vers le gouffre, mais il ne le fait pas pour régler ses comptes : sa plume se contente humblement d’une certaine logique.

Alors certes, Demain les chats aurait pu être un peu plus long, car on peut lui reprocher de survoler certains passages, notamment sur la fin, tandis que d’autres s’étirent étrangement. Et certains dialogues sont sans doute un peu faciles, pas du tout pris à la légère par l’auteur mais parfois pas vraiment à la hauteur des justes ambitions philosophiques de Bernard Werber. Mais on est toujours embarqué par ce don pour le mélange des genres, qui fait de Demain les chats tout autant un récit d’anticipation qu’une véritable étude comportementale. Pas une œuvre mineure pour l’écrivain donc, et les amateurs des travaux de l’auteur peuvent fondre sur cet ouvrage.

Demain les chats, un livre écrit par Bernard Werber. Aux éditions Albin Michel, 320 pages, 20.90 euros. Sortie le 28 septembre 2016.

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
Mickaël Barbato
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