[Critique] Crise et Châtiment – Bertrand Fitoussi

image crise et chatimentQuand Pandemonium est le milieu financier

2008. Il suffit de citer cette année dans un dîner en ville pour que de suite le sujet de la crise financière rapplique, comme un invité surprise un peu ivre dont on sait qu’il amusera la galerie mais aura aussi le potentiel pour nous gonfler plus que de raison. Pourtant, le sujet en lui-même est passionnant, pas spécialement littéraire mais il induit une quantité de sous-traitements non négligeable. Que ce soit dans un genre autobiographique (L’engrenage : Mémoires d’un trader), ou plus fictionnel (souvent au cinéma, comme Le loup de Wall Street), la finance rebute autant qu’elle attire. Comment se place Crise et Châtiment ?

Il faut tout d’abord préciser que l’auteur de Crise et Châtiment, Bertrand Fitoussi, a certainement vécu une partie de ce qu’il décrit. Pas à 100% autobiographique non plus, on sent tout du long l’envie de narrer une histoire, le roman débute en 2009 alors que Mathieu Blanc, un banquier londonien que l’on imagine hyperactif, fait un AVC dans un pub alors qu’il est en compagnie de son ami Ruben. C’est le point de départ pour un petit voyage dans le temps, qui nous expliquera le pourquoi du comment d’une telle alerte physique.

Crise et Châtiment adopte donc la forme d’un récit dit de « descente aux Enfers ». Bertrand Fitoussi tente de placer le lecteur en première ligne de ce véritable Pandémonium qu’est le monde économique, et il y arrive à moitié. Il faut écrire que l’auteur n’a pas choisi le plus facile des sujets, et de surcroît pour un premier ouvrage. Ainsi, l’écrivain tombe dans le piège du surplus de vocabulaire, ce qui peut être une force mais uniquement lorsqu’un tel exercice est fondamentalement maîtrisé. Crise et Châtiment enchaîne les passages qu’il voudrait choc (sexe, sexe et sexe), et les descriptions sans doute un peu trop précise pour qui n’est pas un professionnel du milieu de l’argent. Le tout avec un style parfois incertain, mais aussi de temps en temps touché par une certaine grâce, notamment dans les moments olé-olé. C’est macho tout plein, mais ça fonctionne plutôt bien, et tant pis pour les pisse-froid habituels qui auront du mal à faire la différence entre une description et un point de vue.

Crise et Châtiment n’est pas spécialement une lecture agréable. D’ailleurs, le roman n’a sûrement pas été écrit pour que le lecteur vive un dessin animé de Walt Disney. L’impression de chute libre est plutôt bien rendue (ce qui de facto prouve que Bertrand Fitoussi a un point de vue), et l’ambiance qui se dégage arrive à se faire palpable de-ci de-là. Il manque peut-être un peu d’espoir dans tout ce maelström foutraque, et ce même si la dernière partie du live, l’ultime tiers pour être plus précis, est clairement écrit pour qu’enfin le lecteur puisse un peu trouver en Mathieu une pointe d’espérance. Mais le véritable souci, plus gênant, est le manque de fluidité entre le genre, le sujet et la situation. Pas vraiment thriller ni polar car trop pointu sur la situation financière dans laquelle le livre prend place, pas vraiment témoignage fondamental car trop narré, Crise et Châtiment s’avère être un roman en demi-teinte, qui se lit vite mais qui ne vit pas spécialement une fois l’œuvre refermée, et ce même si la description de ces banquiers risquant le total burn-out reste intéressante.

Crise et Châtiment, un livre écrit par Bertrand Fitoussi. Aux éditions Scrineo, 373 page,  20 euros. Sortie le 22 septembre 2016.

/10

Réagir à l’article

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *