[Critique] 50 – Rémi Guérin et Alexis Sentenac

image couverture 50Un thriller inspiré par l’œuvre de David Fincher

Vous le savez si vous lisez régulièrement Culturellement Vôtre, nous sommes admiratifs de la collection Flesh & Bones de chez Glénat. Une collection de bandes dessinées, en noir et blanc, dédiée à la culture « de genre » et sciemment pulp, voilà une idée courageuse et même encourageante. Pas du tout motivée au cinéma (où l’on préfère produire Raid dingue), l’horreur l’est beaucoup plus sur papier, une liberté qui donne de sacrés fruits, prouvant au passage que notre hexagone regorge de talents qui ne demandent qu’à s’exprimer à travers le genre. Après Bikini Atoll, Sonar, Sunlight, Le signe et Blood Red Lake, nous abordons 50 qui, on va le voir, s’inscrit plus dans la veine du thriller efficace.

50 prend place aux États-Unis, On s’intéresse à Lizzy, agent spécial du FBI faisant partie d’une unité spéciale charger à la fois de référencer et de traquer les tueurs en série. La jeune femme se démarque par un tempérament de feu, mais une affaire des plus sordides va mettre tout son talent à l’épreuve. En effet, l’unité spéciale doit faire face à un cas très inquiétant : un psychopathe introuvable car échappant aux méthodes de classification. Un suspect zéro. son surnom ? Le Chat de Schrödinger. Ses victimes ? Les tueurs en série eux-même. Et si le FBI ne les trouve pas avant lui, le fou furieux tuera l’un des agents…

Ce qui saute aux yeux très vite, c’est la proximité de tonalité entre 50 et les thrillers de David Fincher, l’immense Seven en tête. Le scénariste Rémi Guérin maîtrise totalement cet aspect, on fait clairement face à une bande dessinée qui joue sur les références, et qui aime réellement les œuvres sur lesquelles elle s’appuie. Que ce soit au détour d’un dialogue cinéphile, ou dans un clin d’œil au sein même du décor, la trace de Fincher est présente, traverse l’album et participe pleinement à la coloration du récit : délicieusement sombre.

Un récit plutôt classique mais bien mis en place

Car 50 ne fait pas dans la dentelle, une excellente habitude au sein de la collection Flesh & Bones. La structure, qui opère la classique figure du « on montre un peu la fin puis flashback pour expliquer le cheminement » (si vous avez vu Le labyrinthe de Pan, c’est cela même), est un choix hyper pertinent, tant elle se marie bien avec le concept de la voix off. Rémi Guérin ne raconte pas une histoire hyper originale, et il le sait très bien, par contre il l’enrobe d’une véritable vision formelle, ce qui créé une tension efficace et qui ne faiblit jamais beaucoup. Un suspens qui vaut notamment grâce aux personnages qui peuplent le récit, pas hyper développé, mais tous assez charismatiques pour que l’on est peur pour eux.

Rythme haletant donc, narration réussie aussi, 50 nous procure également beaucoup de plaisir dans le pur récit. On l’a précisé un peu plus haut, l’histoire en elle-même ne cherche pas l’originalité à tout prix. Par contre, elle s’efforce à être efficace, rythmée, percutante, et force est de constater que Rémi Guérin remporte son pari. Le lecteur, même s’il a tendance à se penser en territoire connu, a même le droit à quelques passages qui, quand il y repensera à la fin, lui fera dire que l’auteur l’a bien mené en bateau. C’est d’ailleurs une autre des réussites de 50 : sa fin fait mouche, mais on n’en dira pas plus. Véritable œuvre de genre, série B qui s’étale dans des dessins somptueusement incisifs signés par le très doué Alexis Sentenac, 50 trouve tout naturellement une place de choix au sein de la collection Flesh & Bones.

50, une bande dessinée écrite par Rémi Guérin, illustrée par Alexis Sentenac. Aux éditions Glénat, collection Flesh & Bones, 128 pages, 14.95 euros. Sortie le 12 octobre 2016.

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
Mickaël Barbato
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