[Critique] Voyage au pays de la peur – Rodolphe, Jean-Jacques Dzialowski

image voyage au pays de la peurUn récit pulp et lovecraftien

Voyage au pays de la peur, voilà une sortie qui a suscité un véritable double intérêt au sein de notre rédaction. Tout d’abord, c’est un titre estampillé Flesh & Bones (50, Blood Red Lake, Le signe, Sunlight, Bikini Atoll, Sonar), une collection dirigée par Glénat pour laquelle nous avons un véritable coup de cœur : de la bande dessinée en noir et blanc, dans un format comics, qui donne toute liberté à un collège d’auteurs désirant s’exprimer via la culture de genre. Ensuite, le pitch de Voyage au pays de la peur rend clairement hommage à un auteur à qui nous vouons un culte chez Culturellement Vôtre : Lovecraft.

Voyage au pays de la peur prend place à Providence, en mars 1934. Là, au 66 College Street, vit H. P. Lovecraft. Et l’auteur est en peine, assailli par les mauvais rêves. Quelques mois auparavant, l’écrivain participait participait avec d’autres collaborateurs de la revue pulp Weird Tales (Clark Ashton Smith, Robert Howard et Seabury Queen pour être plus précis) à un groupe d’échange d’idées. Un jour, un certain Grogan Masson fut convié, afin qu’il raconte le récit fascinant de son périple vers le Pôle Sud, dans le but de découvrir le légendaire Sphinx des neiges. Un voyage loin d’être de tout repos, et plutôt mortel.

Voyage au pays de la peur rend hommage à Lovecraft, mais est-ce un récit lovecraftien ? La question réponse est clairement positive, car le scénario de Rodolphe (L’autre monde, La marque Jacobs) ne fait pas que placer des références, il prend la peine de construire une tonalité proche de celle de l’auteur de Providence. Les trois quarts de l’histoire se déroule à bord du Sphinx, le navire qui vogue en direction du Pôle Sud, continent encore bien mystérieux en 1934. Bien évidemment, cette optique de découvrir une terre enneigée rappellera Les montagnes hallucinées, mais on sent bien que l’auteur ne désire pas s’enfermer dans ce genre de clin d’œil. Jules Verne est aussi cité, et quelques éléments du final pourront même faire penser à The Thing (film très lovecraftien) et sa menace indicible.

Du suspens, du sexe et du mystère

On lit Voyage au pays de la peur comme un véritable pulp, ce qui est une bien agréable constante de cette collection Flesh & Bones. Pas mal de suspens sur le bateau, notamment grâce à une bonne utilisation de l’indicible via des monstres marins que l’on ne décrira pas plus afin de ne rien spoiler. On pourra aussi citer le passage des algues, une situation tout à fait captivante. Du suspens donc, mais aussi du sexe (soft), du doute, et à la fin une conclusion peut-être un peu trop rapide. On aurait aimé plus de détails sur certains éléments, mais le choix de laisser le lecteur se créer ses propres cauchemars fonctionne aussi plutôt bien.

Voyage au pays de la peur rejoint, donc, une collection qui ne cesse de nous satisfaire. Notons ici que les illustrations, signées Jean-Jacques Dzialowski (Les mondes de Lovecraft, Fall Of Cthulhu) nous ont enchanté tout du long, notamment de par ce trait privilégiant la sensation, et ce gros travail sur les corps en mouvement. Les amateurs de H. P. Lovecraft y trouveront de quoi se sustenter à coup sûr, tout comme celles et ceux qui aiment frissonner grâce à des histoires d’exploration qui tournent… d’une certaine façon. Quant aux amateurs d’oeuvres pulp, il seront aux anges comme d’habitude avec Flesh & Bones.

Voyage au pays de la peur, une bande dessinée scénarisée par Rodolphe, illustrée par Jean-Jacques Dzialowski. Aux éditions Glénat, collection Flesh & Bones, 128 pages, 14.95 euros. Sortie le 12 octobre 2016.

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
Mickaël Barbato
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