[Critique] Les héros — Joe Abercrombie

image livre les herosPour vivre une bataille intensément

C’est avec un plaisir non dissimulé que nous retrouvons l’immense talent de Joe Abercrombie, plume qui compte dans le monde de la littérature fantasy. Nous abordions, voilà quelques mois, son Servir Froid, qui s’inscrivait dans le même univers que sa trilogie à succès (mérité) La première Loi. Avec Les héros, dorénavant disponible en poche aux éditions Milady (Bioshock : Rapture, Renégat Tome 1 : le chevalier rouge) l’auteur reprend le même contexte, cette fois-ci avec une intrigue qui s’installe dans les terres du Nord. Et ces dernières sont quelques peu menacées…

Les héros s’intéresse au destin d’une région prise en étau entre deux souverains pour le moins va-t-en guerre : Dow le Sombre, dont la réputation de tueur de masse le précède, et le roi de l’Union qui, excédé par ces racontars (et carrément jaloux de cette renommé) envoie au combat les milliers d’hommes qui constituent son armée. Ce conflit d’un ridicule infini n’est pourtant pas à prendre à la légère, et trois êtres vont le comprendre bien assez tôt. Calder, Bremer dan Gorst et Curnden Crow vont voir leur destin rencontrer celui d’une bataille sanglante, longue de trois jours. Et c’est à instant précis que le sort du Nord sera joué…

Les héros dévoile son jeu dès les premières pages : on est là face à un roman de fantasy qui fait la part belle aux personnages, à leurs développements, aux dialogues qu’ils s’échangent. Et tous autant qu’ils sont servent un récit bien mouvementé. On s’en aperçoit dès que les bases de celui-ci sont posées : on n’assistera pas à une intrigue subtile, par contre celles et ceux qui recherchent une ambiance bien travaillée, un rendu des bataille hyper percutant, en auront pour leur argent. La promesse d’une bataille âpre aux résultats capitaux est tenu dans les grandes lignes, on pourra tout de même regretter un petit manque de suspens dans le déroulé. Peut-être parce que, sciemment, Joe Abercrombie évite de trop développer les tenants et les aboutissants du massacre auquel on assiste.

Une intrigue en retrait au profit d’une action merveilleusement mise en scène

En effet, Les héros semble plus être un exercice de style pour son auteur, qui met bien plus à l’épreuve son sens de l’action que celui du développement. Ainsi, le manque d’enjeux autres qu’à grande échelle peut parfois dédramatiser les situations. Heureusement, l’auteur est toujours un narrateur de génie, un véritable metteur en scène sur papier, et son talent rayonne de par la tonalité qu’il imprime à son roman. Long de 836 pages, un joli petit pavé, Les héros se dévore pourtant à une vitesse hallucinante. Comme on l’a vu plus haut, les dialogues sont une véritable force dans ce roman : ils ne sont jamais mal utilisés, interviennent toujours au bon moment, et surtout participent aux changements de tons observés ici ou là. Joe Abercrombie ne donne pas dans la comédie, mais ses personnages n’en ont pas moins un sacré sens de l’humour (volontaire ou, plus souvent, involontaire), lequel ne va jamais à l’encontre des situations vécues.

Les héros ne parvient pas vraiment à se hisser au (grand) niveau de Servir froid, mais il propose tout de même une matière qu’il nous paraît importante de découvrir. Le style de l’auteur est, en soit, déjà une raison de craquer au plus vite : c’est bien écrit, plutôt malin en évitant les stéréotypes du genre (qui ne nous dérangent pas à la base, précisons-le), et la fantasy de Joe Abercrombie séduit par son mélange de violence désespérée et d’humour qui, au fond, ne l’est pas moins. Précisons ici que l’on croise bel et bien certains personnages de l’univers dans lequel s’inscrit Les héros, par contre le lecteur qui n’a aucunement connaissance de la trilogie La première Loi pourra absolument se passer de ces clins d’œil, qui certes développent l’univers mais ne s’avèrent pas un frein à la compréhension de celui-ci. De la fantasy purement guerrière donc, un trip assumé et agréable au final.

Les héros, un roman écrit par Joe Abercrombie. Aux éditions Milady, 836 pages, 9.90 euros. Sortie le 17 février 2017.

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
Mickaël Barbato

Réactions (2)

  1. Je viens de le relire est c’est toujours aussi envoûtant, les descriptions sont d’une telle qualité que cela donne l’impression d’avoir le cul trempé, arme à la main, grelottant comme une petite feuille au sommet des héros, viande séchée en bouche et rêvant des jours meilleurs!! ^^

  2. Pingback: [Critique] Double tranchant - Joe Abercrombie

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