[Critique] Pays Rouge – Joe Abercrombie

Caractéristiques

  • Auteur : Joe Abercrombie
  • Editeur : Milady
  • Date de sortie en librairies : 22 septembre 2017
  • Format numérique disponible : Oui
  • Nombre de pages : 638
  • Prix : 9,20€
  • Acheter : Cliquez ici

Des éléments de western et de fantasy, dans un roman de très bonne facture

C’est toujours avec un certain plaisir que l’on retrouve la plume de Joe Abercrombie. Après Servir Froid et Les Héros, voilà que nous abordons un nouveau roman se situant dans l’univers de La Première Loi, trilogie qui aura construit la renommée de son auteur. Il faut bien écrire que le background de cette œuvre permettait bien des chemins de traverse, aptes à laisser l’écrivain (et ancien monteur) face à une liberté de ton qui le caractérise. Avec Pays Rouge, aux éditions Milady, on va voir qu’il approche, de très près, un genre cinématographique révolu, mais ô combien précieux encore aujourd’hui : le western italien.

Farouche Sud aurait aimé oublier son passé pour de bon, qu’il ne fasse plus jamais parler de lui. Mais lorsque sa sœur et son frère sont enlevés, et sa ferme réduite en cendres par une bande de hors-la-loi, il est temps pour elle de reprendre ses anciennes et violentes habitudes. En compagnie de Placide, un vieux Nordique qui l’a adoptée, un homme lui aussi marqué par ses démons, Farouche entame un long voyage à travers les plaines désertiques. Un voyage qui les emmène jusqu’aux bas-fonds d’une ville cauchemardesque, frappée par la ruée vers l’or, puis dans les montages inexplorées, qu’on dit hantées. Sur leur chemin, ils devront composer avec des règlements de compte. Alliances douteuses et trahisons amères se succèdent à la vitesse d’une flèche de barbare. Car même lorsqu’on croit avoir tout perdu, au Pays Lointain le passé ne reste jamais enterré bien longtemps.

Retour au Pays Lointain, cette terre de fantasy qui, irrémédiablement, nous rappelle le socle de l’Histoire des États-Unis, ou plus précisément de la conquête de ceux-ci. Si Farouche est bien présente dès les premières pages de la première partie, pertinemment intitulée Les ennuis commencent, c’est bien le monde dans lequel elle s’inscrit qui forme l’intérêt premier de cette bonne lecture. Car c’est ce territoire qui apporte à la galerie de personnages une raison d’être, de se dépasser, et ce même si les quêtes sont loin d’être de tout repos. L’auteur de Pays Rouge insuffle le souffle sombre qu’il maitrise si bien, peut-être avec moins de violence que dans ses précédentes œuvres. Les factions sont toujours l’occasion de remuer le concept de Bien et de Mal, grâce à l’intervention d’éléments qui sauront remuer nos idées reçues. Farouche Sud, dont le caractère très sensible constitue l’une des forces de ce roman, intervient dans ce fatras sans dénoter : elle est typique de ces protagonistes qui ont besoin de cette ambiance un poil cynique pour se révéler.

Un rythme parfois en dents de scie, mais un grand tout très maitrisé

Pays Rouge, c’est surtout une ambiance qui nous hante après la lecture. On a droit à tout ce qu’il faut pour bien comprendre que la période de la Conquête de l’Ouest sert de terreau au Pays Lointain. Territoires étendus, vierges. Colons qui s’en emparent autant pour construire une nouvelle civilisation que pour s’offrir un nouveau départ. Et des autochtones qui n’ont pas spécialement envie d’assister à tout ça sans se battre. La problématique aurait très bien pu se retrouver chez Sergio Leone, d’ailleurs on pensera évidemment au massacre d’Il Etait Une Fois dans l’Ouest, quand la ferme de Farouche se fait attaquer, son frère et sa soeur enlevés. Par la suite, c’est une véritable quête qui se met en place, au sein de laquelle on croisera une bonne dose d’action typiquement « westernienne ». On aura droit aux duels, aux attaques de diligence, les répliques cinglantes fusent de toutes parts, et l’on sent bien que les personnages ont de quoi porter en eux certaines révélations.

Le seul souci de ce Pays Rouge provient d’un rythme parfois en dents de scie. L’action est tellement bonne, la violence bien utilisée (et non-systématique, n’est-ce pas G. R. R. Martin ?), que l’on se rend assez vite compte des baisses de tension. Aussi, le message de Joe Abercrombie, concernant la construction de nos vies qui ne saurait être résumée à notre passif, aurait mérité plus de pages. Mais c’est là de biens menues retenues, tant l’équilibre général est excellent, et sans doute l’un des meilleurs que l’auteur a su trouver. Pas trop nihiliste, pas trop cynique, pas trop violent : voilà un grand tout bien agréable, mais qui sait tout de même nous remuer les tripes. Quant à l’appartenance de l’ouvrage au sein de l’univers de La Première Loi, il est trop évident pour qu’on vous conseille de découvrir ce roman sans en connaître le cheminement principal. Certains personnages, ou plus précisément leurs retours, ne seront savourés que s’ils ont été croisés auparavant. Vous savez ce qu’il vous reste à faire : foncez découvrir la trilogie sur laquelle s’appuie ce livre bien recommandable.

8/10

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