[Critique] La Mer Éclatée : l’intégrale – Joe Abercrombie

Caractéristiques

  • Auteur : Joe Abercrombie
  • Editeur : Bragelonne
  • Date de sortie en librairies : 20 septembre 2017
  • Format numérique disponible : Non
  • Nombre de pages : 864
  • Prix : 25€
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Une seconde saga qui renouvelle l’imaginaire créé par Joe Abercrombie

Après avoir bouclé sa trilogie La Première Loi, le désormais reconnu Joe Abercrombie (Servir Froid, Les Héros, Pays Rouge) se devait, selon nous, d’enchaîner avec une œuvre différente, afin de ne pas s’enfermer dans un genre, qu’il maitrise certes, mais dont on sait qu’il peut créer une certaine redondance à la longue. Parue à partir de 2014, la saga La Mer Éclatée a su se démarquer que la fantasy extrêmement sombre et violente des premiers travaux de l’auteur, en préservant tout de même une grande partie de cette noirceur si caractéristique. Cette intégrale, aux éditions Bragelonne (Sharakhaï Tome 2), est l’occasion de (re)découvrir les trois tomes d’une aventure différente, mais tout aussi passionnante.

Né faible aux yeux de son père, le prince Yarvi a juré de récupérer un trône dont il n’a pourtant jamais voulu. Mais il doit d’abord affronter la cruauté de sa propre famille, les infinies humiliations de l’esclavage, ainsi que les eaux amères de la Mer Éclatée. Tout cela avec une seule main valide, pour ne rien arranger. C’est au côté d’une étrange assemblée d’exclus et de marginaux, et non parmi les nobles de son rang, que Yarvi apprendra à être un homme… s’il survit aux épreuves de toutes sortes qui l’attendent, tout du moins.

Le premier tome, La moitié d’un roi, a la lourde tâche d’introduire un tout nouvel univers. Si l’on comprend vite que celui des vikings n’est pas très loin, on est tout de même soufflé par la grande aisance avec laquelle Joe Abercrombie installe tout son monde, et surtout nous le livre avec une force de description ahurissante. Les aventures de Yarvi se font un peu moins fantastiques, s’ancre bien plus dans un mélange d’Histoire et de fantasmes liés à ces époques révolues, tout en construisant un background profond et puissant. Son cheminement n’est pas de tout repos, c’est le moins que l’on puisse écrire, et ce roman à destination d’un public pas obligatoirement très âgé (d’ailleurs, il a reçu le Prix Locus du meilleur roman pour jeunes adultes) pourra parfois surprendre par la grande souffrance de son personnage principal. Alors que la problématique ne manque pas d’ampleur, et ouvre parfaitement la route, il faut aussi signaler qu’on retrouve les punchlines si chères à l’auteur, et cette ambiance très western dans l’esprit.

Des variations de personnages pas toujours heureuses

Vient ensuite le second volume de cette intégrale, intitulé La moitié d’un monde. Ce petit filou de Joe Abercrombie décide de surprendre son public, qui s’attendait évidemment à revoir Yarvi à l’œuvre. Erreur, c’est un duo qui endosse les habits des personnages principaux : Epine et Brand. Si l’on comprend la démarche, qui vise à renouveler l’intérêt afin de gérer un tome intermédiaire, on est tout de même un peu moins séduit par la substantifique moelle qui nous est proposée. L’histoire d’amour sonne assez mal, un peu forcée, et surtout très young adult pour le coup. Aussi, le besoin (justifié) de développer les éléments politiques provoque plus de passages mollassons. Du moins, ils se remarquent plus, à cause de leur longueur parfois affirmée. Si l’on ne peut que louer l’effet de surprise, et la toujours belle manière de creuser le background, on ne peut s’empêcher d’être pris d’une pointe de regret quand on croise le désormais secondaire Yarvi. Preuve ultime que ce second volet ne réussit pas complètement son expérience. Dommage, mais pas éliminatoire pour autant, loin de là.

Le troisième et dernier tome est La moitié d’une guerre. Alors que la fourberie de la grand-mère Wexen accouche d’un conflit tant attendu, Joe Abercrombie change encore de personnage principal. L’effet de surprise étant passé, et la déception de ne plus être proche de Yarvi s’avérant moindre, on accepte un peu mieux cette variation. D’autant que, selon nous, elle s’effectue pour le meilleur : la princesse Skara se révélant une excellente héroïne, bien moins prévisibles que Brand et Epine. Princesse, puis reine à seulement dix-sept ans, ce personnage doit souvent agir dans l’urgence, ce qui accompagne idéalement un rythme qui se veut plus soutenu que lors du précédent tome. Cette conclusion se fait très guerrière, bourrée d’une action terriblement efficace. Le charme des batailles navales explose aux yeux du lecteur, tandis que les révélations s’enchaînent à grande vitesse. On continuera de pester sur ce que devient Yarvi, mais heureusement ce personnage est noyé dans un océan de sensations que l’on ne peut que chérir, alors que cette intégrale se clos définitivement.

8/10

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