[Critique] Arkane tome 1 : la désolation – Pierre Bordage

image la désolation arkane tome 1Pierre Bordage confirme son immense talent loin de la science-fiction

Voici donc le fameux Arkane tome 1 : la désolation, que l’on attendait depuis son annonce voilà quelques temps maintenant. Pas spécialement sur la foi de son contexte, pourtant tout à fait alléchant, mais plutôt sur celle de son auteur, Pierre Bordage. Véritable pointure dans le monde de la littérature de science-fiction (on conseille tout particulièrement la découverte des séries La fraternité du Pancra, Les guerriers du silence ou encore Wang), l’écrivain fait une entrée fracassante chez Bragelonne (Sharakhaï, Visions de feu) avec de la pure fantasy. D’où une véritable curiosité et l’éditeur ne s’y trompe pas, en soignant particulièrement cet objet-livre on sent bel et bien l’importance de cette œuvre…

Arkane tome 1 : la désolation s’intéresse à Oziel, fille de la maison du Drac qui fuit les Hauts de la ville, laquelle donne son nom à la série. Dévastée et sans défense après le massacre de son clan, la voilà partie pour rejoindre les Fonds, afin de retrouver son frère Matteo, lequel est en bien mauvaise posture. Le lieu est un vrai baril de poudre, un bagne sordide, et Oziel va en profiter : elle doit motiver les prisonniers à se surpasser, devenir une armée digne de ce nom pour enfin qu’elle puisse prendre sa revanche.

Que les amateurs du style Pierre Bordage se rassure, en s’engageant à fond dans le genre de la fantasy l’auteur ne perd pas une seule plume dans cette opération. Arkane tome 1 : la désolation est clairement un roman marqué par la vision de l’écrivain vendéen, qui use du changement de point de vue pour mieux construire les personnages et le récit. Comme conscient des quelques critiques (très dures, selon nous) formulées à propos de ses personnages féminins, Pierre Bordage nous conte les aventures d’une jeune fille, prénommée Oziel, de bonne famille mais qui va se retrouver plongée dans une telle terreur qu’elle va devoir quitter le cocon d’un clan massacré afin de se réfugier dans les strates inférieures d’Arkane, ville sur laquelle nous reviendrons un peu plus loin. Bien évidemment, descendre vers les Fonds est une symbolique : Oziel va trouver refuge au sein du prolétariat, des parias, des bannis. C’est un peu gros, mais cela fonctionne grâce à une tonalité qui, contrairement à l’ambiance lourde (voire dark), se fait agréablement légère.

Pierre Bordage en grande forme

Arkane tome 1 : la désolation se lit vite et bien. Beaucoup des qualités que l’on attend de ce genre de littérature sont au rendez-vous : des passages mouvementés et haletants, des descriptions savoureuses, des dialogues bien rythmés et, c’est à souligner, pas encombrants pour un sou. Seul début de regret, que l’on qualifie de la sorte car tout reste encore possible dans les prochains tomes : le background de cet univers nous a semblé un peu juste. La ville d’Arkane est pourtant un modèle du genre, son organisation est assez exemplaire et ce labyrinthe laisse une très forte impression (même après la lecture, votre dévoué serviteur a encore des images bien précises). Seulement, on veut tellement en savoir plus sur l’historique, la généalogie, que l’on est parfois un peu en demande de plus de détails. Ce qui, d’un certain côté, est aussi un très bon signe : l’univers intéresse, c’est une certitude.

Arkane tome 1 : la désolation apporte sa (grosse) dose de rebondissements, de coups de théâtre si bien construits que peu d’entre eux sont pressentis. Récit d’une fuite en avant, donc rythmé avec grand soin, le roman comporte assez de forces, d’interrogations (notamment concernant les sept familles, mais n’en dévoilons pas trop) et de personnages charismatiques. Oziel certes, mais aussi Noy et Renn, dont les différents voyages se traduisent par autant de points de vue en forme d’écrans sur une histoire captivante. Alors certes, Pierre Bordage respecte à la lettre les passages obligés, et l’on pensera parfois à d’autres romans fantasy en lisant Arkane tome 1 : la désolation. Des classiques. Ce qui est, d’ailleurs, toujours très bon signe. La fin, quant à elle, est du genre surprenante (on est de ceux qui trouvent certains romans de l’auteur en-dessous à ces instants précis) et vient confirmer nos impressions : ce roman ne réinvente pas la roue, mais il lui applique de bien jolies jantes.

Arkane tome 1 : la désolation, un roman écrit par Pierre Bordage. Aux éditions Bragelonne, 432 pages, 25 euros. Sortie le 15 février 2017.

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
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