[Critique] Sénéchal – Grégory Da Rosa

image livre sénéchalUn premier livre de fantasy plein de promesses

Écrire un bon roman de Fantasy, c’est une véritable épreuve, et ce ne sont pas les myriades d’oeuvres plus ou moins ratées qui nous assureront du contraire (ni les très mauvaises langues qui pensent ce genre mineur). Écrire un bon premier roman de Fantasy, c’est encore une autre paire de manche, et si le fait est rare, il n’est pas non plus inédit. On se rappelle de la bonne surprise que fut, par exemple, Les Pirates de l’Escroc-Griffe, premier livre d’une belle puissance. Dès lors, quand l’éditeur Mnémos (Le matin en avait décidé autrement, Kadath) appuie un nouvel auteur, Grégory Da Rosa, avec Sénéchal, et en des termes très élogieux, on ne peut qu’être interloqué.

Sénechal prend place à Lysimaque, la Ville aux Fleurs, fière capitale du royaume de Méronne. Le lieu est encerclé, et menacé par une armée aussi mystérieuse que cruelle. Et pour le sénéchal Philippe Gardeval, ce n’est que le début des ennuis. Suite à l’empoisonnement d’un dignitaire de la cité, il découvre que l’ennemi est déjà infiltré au sein de la cour, dans leurs propres rangs. Sous quels traits se cache le félon ? Parmi les puissants, les ambitieux et les adversaires politiques ne manquent pas ; le sénéchal devra alors faire preuve d’ingéniosité pour défendre la ville et sa vie dans ce contexte étouffant d’intrigues de palais.

L’histoire de Sénéchal se narre à la première personne, premier choix très courageux de la part du jeune Grégory Da Rosa. Voilà une pierre fondatrice pour un ouvrage qui multiplie les prises de risque, et ce sur un terreau pourtant prudemment préparé. En effet, et la quatrième de couverture nous en informe assez justement : on sent bel et bien certaines références, du genre très solides (G. R. R. Martin et Jean-Philippe Jaworski). On retrouve une problématique autour de clans, mais sans le recours aux « classes » (pour prendre un terme de jeu de rôle) classiques. Celles-ci, dont par exemple les séraphins et les anges, sont issus bien plus d’un rapprochement entre l’univers moyenâgeux et la religion, qui y était forte, que d’un monde accouché de la lecture assidus de Tolkien. S’en dégage une forme de cohérence appréciable.

Un style encore perfectible mais déjà affirmé

Grégory Da Rosa est décidément très en vue dans ce roman, car en lisant Sénéchal on ne peut passer à côté de l’un des critères qui font du roman une excellente surprise : le style. Sorte de journal intime très précis, le roman nous étonne de par sa maîtrise. Quelques passages sont, certes, marqués par une trop grande générosité dans les descriptions. Mais le vocabulaire, ce lexique à base de français ancien, fait un sacré effet, favorise la plongée dans cet univers d’une richesse assez surprenante. L’univers justement, abordons-le sans non plus trop le déflorer. Il est d’un bel équilibre, entre le médiéval et le merveilleux, dans le sens surnaturel du terme. Et dans ce monde qu’on prend plaisir à s’imaginer, et ce même si l’on n’aurait pas refusé le soutien d’une carte pour se repérer, le sénéchal Philippe Gardeval se détache forcément. Sans aller jusqu’à affirmer qu’il porte le récit sur ses épaules, encore qu’il le mène de par le point de vue qui épouse le sien, écrivons que sa caractérisation nous le rend fichtrement charismatique. Profond, ce personnage est confronté à des intrigues de palais qui s’avéreront tout aussi intéressantes que son background.

Beaucoup d’éléments forts donc, auxquels Sénéchal ajoute une gestion des instants de forte tension très réussies. L’enquête apporte une bonne dose de suspens, et la fantasy, que l’on qualifiera sans mal de dark, s’en trouve relevée d’une certaine saveur épicée. Et le dernier quart du récit est… On ne vous en dira pas plus, sachez simplement que la conclusion de cette histoire, qui s’avère finalement une première partie d’une série de plusieurs tomes, est du genre à carrément laisser le lecteur sur les rotules, en attente de ce qui devrait être une sorte de développement de tout ce que Grégory Da Rosa a patiemment installé. Au final, Sénéchal est effectivement un premier roman encourageant pour son auteur, bien soutenu par une édition de très belle qualité, avec notamment une très aguichante couverture signée Lin Hsiang. Vite, la confirmation !

Sénéchal, un livre écrit par Grégory Da Rosa. Aux éditions Mnémos, 320 pages, 19.50 euros. Sortie le 2 février 2017.

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