[Critique] Minute, papillon – Aurélie Valognes

image couverture minute papillon aurélie valognes éditions mazarineAurélie Valognes, c’est cette auteure au parcours original : son premier roman, Mémé dans les orties, est sorti tout d’abord en auto-édition avant d’être publié chez Michel Lafon. Bonne rencontre puisque Nos adorables belles-filles sortira deux ans plus tard chez le même éditeur. Pour son troisième roman (en 3 ans !), Aurélie Valognes collabore cette fois avec les Éditions Mazarine, appartenant au groupe Fayard, en signant Minute, papillon !. Que donne donc cette nouvelle plongée au cœur de l’univers toujours aussi fantasque et tendre de cette jeune romancière ?

De la banalité humaine

Rose, 36 ans, élève seule son fils Baptiste depuis maintenant 18 ans. Nourrice, elle a toujours fait passer les autres avant elle, surtout son fils, mais aussi les enfants dont elle s’est occupée, même s’ils finissent éternellement par disparaître de sa vie. C’est le cas du petit Léon, qu’elle adore et dont les parents partent vivre au bout du monde. Désarçonnée, Rose doit en plus de cela faire face au décès récent de son père, au déménagement à l’autre bout de la France de sa sœur/meilleure amie/confidente et, après des années de tensions, elle voit son Baptiste quitter le nid pour s’installer avec sa copine. S’en est trop pour cette femme si effacée, pas habituée à gérer les conflits : elle se retrouve soudainement avec un vide de plus en plus grand autour d’elle. Ainsi, lorsqu’une femme aussi impressionnante que détestable lui propose un emploi de dame de compagnie (très bien rémunéré et logé), elle décide de faire le test. C’est ainsi qu’elle va rencontrer Colette, vieille dame qui subit la présence de sa détestable fille et de sa chienne. Si, au début, Rose et Colette ont du mal à s’apprivoiser, l’alchimie n’est peut-être pas aussi loin qu’elles ne le pensent…

Des personnages déplaisants

Aurélie Valognes a déjà sa marque de fabrique : le thème de la famille, les relations (le plus souvent distendues et difficiles) qu’il peut y avoir entre les générations et les personnages acariâtres, despotiques et, le plus souvent d’un certain âge, comme ici Colette, fruit d’un mélange entre Tatie Danielle et les Bisounours. D’abord revêches et en apparence impénétrables, ils finissent par s’ouvrir et révèlent quelles merveilleuses personnes ils peuvent être. Si cela était plaisant dans les premiers romans, il y a désormais une véritable impression de déjà-vu et surtout d’attendu. Le personnage principal, Rose, a beaucoup de mal à se rendre attachante : si elle se veut le portrait même de la mère célibataire donnant tout pour son enfant, on ne comprend pas comment elle a pu laisser la situation s’envenimer au point que son propre fils ne l’appelle plus « Maman » et, sous ses dehors de mère Teresa, c’est surtout elle qu’elle protège de souvenirs trop douloureux, au détriment de Baptiste. Le-dit Baptiste, quant à lui, est le plus souvent ridicule dans sa posture de rebelle en quête d’identité et l’on comprend mal les raisons de ses décisions, bien souvent immatures. Lili (la sœur avocate célibataire) et Véronique (la fille détestable mais très fortunée) sont deux caricatures de notre société : la femme qui a très bien réussi sa vie professionnelle, mais paumée au niveau personnel (sous-entendu, à l’inverse de Rose qui a eu un enfant au moins) et celle qui a toujours tout eu, vaniteuse, pédante, qui traite tout le monde comme son inférieur puisqu’elle est riche. Voici donc les personnages les plus présents dans le livre. Autant dire qu’on a un peu de mal à se plonger dans cette histoire…

Une écriture toujours aussi légère

Ce qui rattrape le roman est, indiscutablement, la plume d’Aurélie Valognes. Fidèle à son style rapide, léger, qui n’hésite pas à user du dialogue, on retrouve dans Minute, papillon cette bouffée de fraîcheur des deux premiers romans qui ont été qualifiés par l’auteure de feel good books. Ce nouveau roman est donc à conseiller, sans hésitation, pour emporter sur la plage cet été ou durant les ponts du mois de mai. Il permet de se vider la tête, et les inconditionnels d’Aurélie Valognes seront, à coup sûr, satisfaits de la retrouver.

Minute, Papillon ! d’Aurélie Valognes, Éditions Mazarine, sortie le 5 avril 2017, 272 pages. 17,90€

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