article coup de coeur

[Critique] Aliens : Solitaire – Chris Roberson, Patric Reynolds

Caractéristiques

  • Auteur : Chris Roberson, Patric Reynolds
  • Editeur : Wetta
  • Collection : Replay
  • Date de sortie en librairies : 12 mai 2017
  • Format numérique disponible : Non
  • Nombre de pages : 120
  • Prix : 16,95
  • Acheter : Cliquez ici

On efface Alien Covenant, et on recommence

Si vous nous suivez, vous savez à quel point on a été déçu par Alien Covenant. La suite de Prometheus n’a pas réussit à nous convaincre, ni à relancer la machine à terreur qu’est le xénomorphe, à notre grand désarroi. Pourtant, nous faisions aussi partie des “pas si” catégoriques concernant Prometheus, bien moins catastrophique que ce que l’avis général a pu laisser penser. Si le film se vautrait à cause de l’écriture des personnages à la ramasse, une brochette d’abrutis, écrivons qu’il avait la qualité d’ouvrir des perspectives scénaristiques intéressantes (gâchées par Alien Covenant, donc). Dès lors, c’est avec curiosité que l’on a découvert l’existence d’Aliens : Solitaire, comics qui s’offre le prestige d’imaginer une suite aux évènements de Prometheus

Le scénario d’Aliens : Solitaire ne peut que faire utiliser la bonne vieille expression : simple et efficace. Alors que les aliens envahissent LV-426, une poignée de survivants réussit à prendre la fuite vers la lune voisine, LV-223, qu’ils découvrent habitable. Mais ils ne sont pas venus seuls. Si les noms de ces planètes ne vous sont pas étrangers, c’est tout à fait normal. En effet, en tant que potentielle suite à Prometheus, se déroulant dans un univers où tout se tient (prends en de la graine, Ridley),  il fallait rebondir sur de la valeur sûre. LV-223, aussi connue sous le nom d’Acheron, voyait l’action du film précédemment cité s’y développer, tandis que LV-426 n’est autre que le gros caillou où se situait l’action d’Aliens, le retour. Dès lors, on sait se situer, dans quel contexte on intervient.

Aliens : Solitaire se situe en ouverture d’une véritable saga, couchée en dessins sur papier : Le feu et la roche, sans doute beaucoup plus pertinente que ce que le cinéma est entrain de nous proposer. Cette série de comics débute par la découverte d’un vaisseau spatial humain, sur LV-223, dont l’équipage a visiblement été massacré. C’est l’histoire de cette navette qui nous est contée ici, et on peut vous dire qu’elle n’aura pas été de tout repos. L’auteur, Cris Roberson (iZombie, House Of Mystery), réussit à instiller une surprenante dose de tension, et ce dès les premières pages, avec la fuite d’une LV-426 au bord de la destruction. La suite, sur LV-223, est surprenante. Cela tourne au véritable survival, à cause d’une décision humaine qui déverse la menace xénomorphe sur la planète.

Quand l’univers Alien est respecté, le résultat est souvent excellent

Aliens : Solitaire trouve le bon équilibre entre l’écriture des personnages, et le charme naturel (tout épouvantable qu’il soit) des monstres. En effet, et c’est là encore une leçon pour certains réalisateurs un peu trop omnipotents, il faut avoir peur pour les personnages si l’on veut installer de la tension. On s’intéresse de plus près à Russel, qui a bossé sur la terraformation de LV-426, et dont l’esprit va dérailler sur la maudite LV-223. Alors que l’équipage tente de se souder autour d’une très peu probable survivance, le personnage précédemment cité se réfugie dans la solitude, et ce dès qu’il découvre l’étrange trace d’une étrange sphère artificielle, dont les origines humaines ne font aucun doute. Le mystère est, d’ailleurs, l’une des composantes essentielles d’Aliens : Solitaire. La matière noire, reléguée au cinquième plan dans Covenant (oui, on a une dent contre cet échec), sert ici de menace quasiment indicible, et ses effets sont aussi multiples que terrorisants. On vous laisse le plaisir de la découverte.

Aliens : Solitaire est une bien belle réussite scénaristique, et qu’en est-il du dessin ? Patric Reynolds (Let Me In, Abe Sapien) est l’artiste qu’il fallait pour cet album. Comme nous vous le dévoilions plus haut, le récit s’attache à développer les personnages, à nous plonger dans leur ressenti. Il fallait un talent qui puisse retranscrire les émotions, avec le plus de clarté possible. Bonne nouvelle, c’est bel et bien le cas. Le noir et blanc produit un effet que l’on peut comparer à ce qu’il se fait dans The Walking Dead, même si les cases nous paraissent plus précises que le superbe style de Charlie Adlard. Ainsi, Patric Reynolds se trouve sa propre patte, et ce n’est pas pour nous déplaire.

Enfin, il sera malvenu de terminer cet article sans aborder la qualité du travail assuré par Wetta (Judge Dredd/Aliens : Infestation, Affreusement Vôtre). Aliens : Solitaire se dévore dans une édition Hardcore grand format, et profite d’une couverture cartonnée qui fait saliver, dessinée par Fiona Staples (Saga, Mystery Society). Le lecteur se sent comme posé dans du coton, et peut se régaler d’une introduction soignée, ainsi que de quelques bonus : treize pages de suppléments. Croquis préparatoires commentés par Patric Reynolds, ainsi que le segment Le rapport Hicks, qui se place comme une scène coupée d’Aliens, le retour. De quoi sortir en douceur de cet Aliens : Solitaire, que l’on se plaira à ressortir quand on nous demandera ce que le xénomorphe a livré de bon depuis 25 ans…

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
Mickaël Barbato
9/10

Réagir à l’article

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *