[Critique] Judge Dredd / Aliens : Infestation – John Wagner, Andy Diggle, Henry Flint

image judge dredd aliens infestationUn crossover qui tient ses nombreuses promesses

Quarante ans ça se fête, pas vrai ? Oui, et ça doit être le genre de festivité que l’on n’oublie pas de sitôt, du genre à vous mettre les tripes à l’envers pendant des jours et des jours. Wetta (Aliens la série originale : 30ème anniversaire, Alien : Absolution, La mastication du vampire dans son tombeau), éditeur indépendant que nous apprécions pour leur courage et leur abnégation (ben oui, pourquoi le cacher ?), l’a bien compris et a préparé un programme digne de ce nom pour un des personnages de comics les plus injustement méconnus en France. Judge Dredd pâtit de son adaptation cinéma très, très limite (alors que la version de 2012, Dredd, est bien meilleure mais n’est sortie qu’en vidéo, allez comprendre), et d’une incompréhension assez pénible de la substantifique moelle de cette licence. Un anniversaire donc, mais aussi l’occasion de présenter Joseph Dredd à une autre figure, culte mais cette fois-ci dans l’horreur : le xénomorphe. C’est ainsi que sort, chez nous, ce Judge Dredd / Aliens : Infestation, une rencontre pour le moins prometteuse.

Judge Dredd / Aliens : Infestation est l’occasion de revenir dans cette bonne vieille Mega-City One, cette mégalopole victime de tous les maux de nos sociétés, mais en pire. Alors que Dredd est occupé à faire respecter la loi, un événement plus troublant que les autres se déroule. Et ses effets se font ressentir bien vite. L’hôpital Eisenhower est le théâtre d’un déchaînement inédit : un xénomorphe sort de la poitrine d’un homme. Une équipe de juges, menée par Dredd, enquête sur place, et fait appel à des exterminateurs. Seulement, l’Alien grandit à vue d’œil, et ne se laisse pas malmener. La situation devient critique, les morts s’enchaînent tandis qu’une question se pose : qui a bien pu importer cette menace mortelle sur Terre ?

image comics judge dredd aliens infestationL’expression « badass » retrouve du sens

Il faut tout d’abord préciser que Judge Dredd / Aliens : Infestation est notamment écrit par un homme qui connaît plus que bien l’univers dans lequel ce comics s’inscrit. En effet, John Wagner a créé la série, avec Carlos Ezquerra. Ici, il coécrit le scénario de l’ouvrage, et cela se sent dès les premières cases. Les charmes de cet univers sont multiples. Ils découlent tout autant du contexte, une science-fiction débridée, intraitable pourrait-on écrire, bourrée de détails, que de son héros lui-même, traité dans une sorte de développement pince-sans-rire qui ne fait qu’appuyer l’ambiance très « dure sur l’homme » qui s’en dégage. Ici, pas de volonté philosophique qui viserait à faire chialer dans les chaumières. Non, ça juge en pleine rue, à tour de bras, et il fallait bien une bestiole mythique pour que Dredd trouve une autre occupation qui l’intéresse autant que faire régner l’ordre.

Une des grandes forces de Judge Dredd / Aliens : Infestation est de mettre les pieds dans le plat immédiatement, grâce à une introduction qui n’essaie pas d’atténuer la force du titre. Le monde de la bande dessinée connaît plus que bien le principe du crossover, une figure de style qui se déploie particulièrement dans les comics. Par exemple, Tarzan et Batman ont associé leurs forces pour aider Catwoman. Parfois, les résultats ne sont pas très encourageants, le but purement mercantile étant trop souvent en vue. Judge Dredd / Aliens : Infestation est différent : les deux licences réunies forment un récit cohérent, bien violent et porté avant tout sur l’action pétaradante. Le xénomorphe a cela de bonnard qu’il permet bien des approches possibles : « à la Alien de Ridley Scott », donc très portée sur le survival et l’horreur pure. Mais aussi « à la Aliens de James Cameron », donc plus brute de décoffrage. Cette dernière permet au duo formé par John Wagner et Andy Diggle (Hellblazer, The Loser, Daredevil) de redonner du sens à l’expression sur-usitée « badass », car le télescopage des deux légendes provoque bien des étincelles.

image wetta judge dredd aliens infestationDans le respect total des deux licences

L’idée directrice qui accompagne Judge Dredd / Aliens : Infestation est, donc, carrément pertinente. Encore fallait-il que le récit en lui-même soit digne d’intérêt. Heureusement, c’est le cas, même si la trame donne dans le classicisme pour Dredd et l’univers qu’il habite. Ce dernier enquête, trouve des indices, et se voit poussé à faire parler la poudre. Les xénomorphes se chargent de donner une dimension fun d’envergure encore plus importante, et leurs caractéristiques sont utilisées intelligemment. Surtout leur organisme qui, même quand il est durement atteint, reste une menace pour autrui : leur hémoglobine c’est de l’acide, et même les impressionnantes armures des juges ne sont pas de taille face à ce maudit sang qui ronge. Très vite, Dredd doit prendre en compte ces spécificités, ce qui apporte des problématiques intéressantes, et provoque des réponses heureusement à la hauteur.

Judge Dredd / Aliens : Infestation, c’est aussi un dessin d’une très grande qualité. Henry Flint (Shakara, Zombo) est un habitué de la série, et ça se sent à chaque page. Expérimenté, l’illustrateur donne autant d’importance aux deux stars de ce crossover, ce qui participe à l’équilibre qui se dégage de cet album. Pour finir, on ne peut pas vous toucher deux mots à propos de l’édition assurée par Wetta : couverture cartonnée du plus bel effet, grand format donnant aux planches l’impact qu’elles méritent. Un aspect luxueux qui donne à la BD un caractère très élégant. Voilà, donc, le genre de bande dessinée qu’on aime : du divertissement qui déborde des pages, et un concept qui donne de bons fruits.

Judge Dredd / Aliens : Infestation, écrit par John Wagner et Andy Diggle, illustré par Henry Flint. Aux éditions Wetta, 100 pages, 24.95 euros. Sortie le 9 mars 2017.

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
Mickaël Barbato
/10

Réagir à l’article

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *