[Critique] L’homme invisible – Dobbs, Chris Regnault

Caractéristiques

  • Auteur : Dobbs, Chris Regnault, Arancia Studio
  • Editeur : Glénat
  • Collection : H. G. Wells Collection
  • Date de sortie en librairies : 14 juin 2017
  • Format numérique disponible : Oui
  • Nombre de pages : 56 pages
  • Prix : 14,50€
  • Acheter : Cliquez ici

Un assassin dorénavant aux yeux de tous

Deuxième et dernier tome pour ce diptyque consacré à l’un des romans les plus connus de H. G. Wells, et un grand classique de la littérature fantastique : L’homme invisible. Sans trop vous en dévoiler, nous avions quitté le personnage éponyme en mauvaise posture, et le récit atteignait son premier point culminant. Ce premier volume nous avait notamment plu pour sa manière d’introduire la problématique, avec assez de finesse pour que l’œuvre soit destinée à toutes et tous, sans pour autant perdre la substantifique moelle du bouquin. On avait un seul regret, que les origines de cet être étrange ne soient pas abordées. On aurait pu prendre notre mal en patience, car L’homme invisible Tome 2 revient justement sur ces fondements…

L’homme invisible Tome 2 reprend exactement là où le premier s’est terminé. Dès lors, sachez qu’il faut avoir lu le volume précédent pour pleinement apprécier cette suite. Alors que le paisible village d’Ipen imagine qu’il est hanté par un fantôme, Griffin, l’Homme invisible, est violemment chassé. Trouvant refuge chez le docteur Kemp, il décide de lui confier son histoire. Mais ce dernier, prenant peur, décide de dénoncer son ancien condisciple aux autorités locales. À la fois profondément trahi et subjugué par sa propre puissance, Griffin se laisse envahir par la mégalomanie. Kemp et son maudit village seront les premières victimes de sa folie. Le reste du monde suivra…

L’homme invisible Tome 2 est une conclusion qui prend la forme d’une explication. Si l’action n’y est absolument pas moins forte que dans le précédent volume, on a droit à un flashback dévoilant les origines de cette bien dramatique transformation. C’est aussi l’occasion de se rendre compte que Griffin, le fameux scientifique dorénavant indiscernable, était à la base un être humain instable, rongé par des névroses qui formaient là le terreau idéal à la formation d’un véritable psychopathe. Nous nous impatientions de cette révélation d’un passé troublé, mais nous ne pouvons que constater que son placement, à cet endroit précis du récit, pas longtemps avant son dénouement brutal, fonctionne bien. Ce qui a été lu par le lecteur, auparavant, prend une saveur particulière, et l’on comprend mieux le drame de la situation : il n’y a pas de retour en arrière possible pour Griffin. Et tout doit se terminer dans la fureur.

De l’action palpitante, et un final brutal

L’homme invisible Tome 2 distille une action attrayante, qui nous agrippe tout du long, et ce malgré des moments d’accalmie bien provisoires. La folie furieuse, meurtrière et carrément génocidaire du scientifique fou trouve une cible parfaite : un ancien collègue. C’est ici qu’on sent le génie de H. G. Wells, bien capté et digéré par Dobbs (Welcome To Paradise, L’île du Docteur Moreau) : la science n’est pas à remettre en cause. Ce sont les Hommes, dont le but est d’explorer les possibles, qui peuvent poser problème, se par leur condition humaine profonde. On retrouve le positivisme de l’écrivain anglais, mais le scénariste de la bande dessinée n’en fait pas de trop. Il n’hésite pas à décrire des exactions terribles qui, même si l’on aurait apprécié les voir encore plus percutantes, font de l’homme invisible un véritable antagoniste. Aussi, la toute fin manque un peu de clarté, mais on n’en tient pas spécialement rigueur.

Ajoutons à cette bonne impression que le dessin de Chris Regnault (Chasseur de scoops, Philippe le Bel) sied idéalement à L’homme invisible Tome 2. Dans un pur style victorien, l’artiste délivre des cases bien appétissantes, notamment si vous appréciez les ambiances parfois fantastiques. Le flashback fait la part belle à un sépia d’un bel effet, et le tout est joliment détaillé. Quant au découpage, il se veut raisonnable, sans grandes folies mais lisible en tous points, et c’est tout ce qui compte. Enfin, ces dernier mots sont l’occasion de souligner la très belle qualité d’édition de cette collection, parue chez Glénat (Les Traqueurs Tome 1, Mémoires de Marie-Antoinette Tome 1) . Entre le papier qualitatif, l’impression faite pour durer, la couverture granuleuse et agréablement illustrée, on a plaisir à tenir cet objet en mains.

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
Mickaël Barbato
7/10

Réagir à l’article

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *