[Critique] Cthulhu : les créatures du Mythe – Collectif

Caractéristiques

  • Traducteur : Denis Huneau
  • Auteur : Collectif
  • Editeur : Bragelonne
  • Date de sortie en librairies : 20 septembre 2017
  • Format numérique disponible : Non
  • Nombre de pages : 156
  • Prix : 30€
  • Acheter : Cliquez ici

Dagon, Yog-Sothoth et les autres dans un beau livre qui nous a conquis

L’imaginaire provoqué par les écrits du génialement torturé H. P. Lovecraft a cela d’impressionnant qu’il a su dépasser la simple notion de bestiaire. Organisé, structuré, logique et pourtant indicible, cet univers est toujours étudié aujourd’hui, notamment par les amateurs de jeux de rôle, ou certains auteurs qui auront œuvré à une certaine continuité, plus ou moins intéressante par ailleurs. Pour mieux s’en rendre compte, les éditions Bragelonne (Faërie) , et Sans-Détour (spécialiste du jeu de rôle, justement) se sont associées afin de rassembler deux livres, consacrés aux monstres et divinités qui hantent les cauchemars des amateurs de l’auteur : Les monstres de Cthulhu et Créatures des Contrées du Rêve. Révisés par Mike Mason et Vincent Lelavechef, les textes et illustration connaissent un véritable dépoussiérage, pour le meilleur.

Si Cthulhu : les créatures du mythe ne présente aucune histoire telle qu’on l’entend, c’est une autre forme de narration qui nous happe, plus proche d’un documentaire que d’un roman. Ce beau livre, indispensable pour tout fan assidu de Lovecraft, rassemble bien de la matière à cauchemars. Nyarlathotep, Yog-Sothoth, Azathoth, Dagon, ces noms sont accompagnés d’images que l’on se construit, qui ont ça de prodigieuses qu’elles sont avant tout basées sur les rêves éveillés des lecteurs. La part d’imagination est sciemment laissée par l’auteur, qui ne cesse de créer des menaces que l’esprit humain ne peut définir, du moins pas sans perdre l’esprit. Dès lors, la démarche de donner une forme précise à ces êtres impies est une entreprise à double tranchant : elle peut tout autant assoir une vision cohérente, que briser l’effort de conception. Heureusement, c’est la première voie qui est ici empruntée.

Cthulhu : les créatures du mythe instaure une ambiance, une atmosphère lugubre indispensable au trip. On vous conseille, d’ailleurs, d’en faire un livre de chevet, à découvrir alors que les ténèbres dominent au dehors. L’avant-propos, écrit à l’Université Miskatonic bien entendu, est conçu pour appuyer ce fait : il nous plonge dans un espace-temps entre réalité et fiction, et bientôt l’on a l’impression de feuilleter une encyclopédie, et non un bestiaire de l’imaginaire. On rentre de suite dans le vif du sujet, avec le chaotique Azathoth, le Sultan des Démons, qui prend racine au centre de l’espace sidéral. Le modèle qui le caractérise sera répété avec les autres entités. On a droit à une citation de Lovecraft (ou d’un autre auteur qui a travaillé sur son univers), une description qui fait la part belle à l’étude. En effet, le trip encyclopédique fonctionne à plein régime, et l’on fait face à des écrits qui s’appuient sur des points de vue scientifiques (évidemment inventés, mais c’est un secret entre nous).

Un ouvrage à la saveur rôliste

Puis, viennent des précisions indispensables : habitat, répartition géographique, mode de vie et habitudes. Parfois, on aura aussi droit à une annotation, afin de creuser encore plus le sujet d’étude. Seul regret, on aurait apprécié avoir une bibliographie pour chacune des créatures. Seulement, le trip jusqu’au-boutiste de Cthulhu : les créatures du mythe se l’interdit, afin de ne pas sortir le lecteur de son immersion et le ramener vers le réel. Une démarche compréhensible, au fond, très rôliste dans l’intention. Aucune documentation ne serait complète sans une représentation du monstre évoqué. Soyez rassurés, les éditeurs en sont conscients et proposent une description imagée pour toutes les entités. Dans l’ensemble, elles sont d’excellente qualité, même si Cthulhu pourra créer le débat. Aussi, une comparaison, qu’elle soit menée avec un être humain, un objet comme une chaussure, ou un gratte-ciel, donne une idée de la taille de ces horreurs.

Cthulhu : les créatures du mythe est bel et bien coupé en deux, entre les monstruosités issus des bouquins (signés par Lovecraft ou d’autres), et celles qui sont nées à l’occasion du jeu de rôle. Cela dépendra des goûts de chacun, pour nous il ne fait aucun doute que les premières sont les plus intéressantes, car les plus justifiées. Yog-Sothoth, ou les Shoggoth auront toujours plus d’impact que le Blupe, par exemple. Mais, dans un esprit complétiste, la démarche de rassembler toutes ces ignominies se comprend, voir même se chérie. D’autant que l’édition donne une forme tout à fait savoureuse à la matière, grâce à une couverture cartonnée du plus bel effet, un papier glacé de qualité, et même un confortable signet. De quoi être follement conquis.

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
Mickaël Barbato
8/10

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