[Critique] Quand le Manga réinvente les grands classiques de la Peinture – Collectif

Caractéristiques

  • Auteur : Collectif
  • Editeur : Mana Books
  • Date de sortie en librairies : 8 mars 2018
  • Format numérique disponible : Oui
  • Nombre de pages : 111
  • Prix : 17€
  • Acheter : Cliquez ici

Le Japon s’invite chez les maîtres du troisième art

Voilà un ouvrage bien curieux, qu’on a accueilli avec une grande curiosité. Tout, du concept au titre, en passant par le format, fait de Quand le Manga réinvente les grands classiques de la Peinture un ouvrage dont l’intérêt déborde, de prime abord. Il faut dire que la culture de la bande dessinée japonaise, si elle a connu une baisse de régime au début des années 2010, connaît désormais une phase de renforcement. Après l’explosion de l’offre, qui a créé une sorte de bulle — et pas toujours pour le meilleur — il est temps pour le manga d’influencer la culture. Nous allons voir qu’ici, nous sommes en présence d’une sorte de quintessence de ce phénomène.

Quand le Manga réinvente les grands classiques de la Peinture, aux éditions Mana Books (Mass Effect Andromeda : la création d’un universBloodborne : Artbook officiel), c’est très simple : tout est dans le titre. De Botticelli à Picasso, en passant par Van Gogh, c’est l’occasion de découvrir des toiles de maître comme on ne les a jamais vues. Une quarantaine de mangakas se passent le relais afin de revisiter des tableaux iconiques, le tout dans un format à l’italienne qui, habilement, peut à la fois renfermer, en pleine page, un paysage ou un portrait.

Associer le manga et les tableaux de maître, voilà une idée qui pourra créer différentes réactions, entre l’étonnement et, sans doute, le conservatisme. Pourquoi des mangakas s’accorderaient le droit de revisiter, voire même d’interpréter, ces chefs d’oeuvres de la peinture à jamais respectés ? La réponse se trouve, évidemment, au sein de cet ouvrage, mais pas seulement dans les œuvres. Là est la première qualité de Quand le Manga réinvente les grands classiques de la Peinture : le collectif, d’auteurs et d’illustrateurs, ne nous laisse pas dans le vague. Une préface, signée par le club Enpitsu, se donne comme objectif de faire place nette dans nos esprits. En rappelant à quel point l’illustration a connu, récemment, une croissance exceptionnelle grâce aux logiciels d’infographie, on capte mieux les raisons qui ont poussé certains artistes à se rapprocher des toiles tout à fait tangibles, elles. Il fallait se mesurer à un challenge, s’éloigner d’un certain confort dans la manœuvre.

Bon dans la forme et dans la remise en contexte

Un défi, donc, qui n’a de sens que couché sur papier, d’où l’intérêt de Quand le Manga réinvente les grands classiques de la Peinture. Il fallait aussi, et surtout, ne pas rater l’occasion d’accompagner cette tentative, plutôt habile, d’une pédagogie non seulement autour des chefs-d’œuvre abordés, mais aussi de l’Histoire de l’art qui aura permis à ces toiles d’exister, avant même de rencontrer le succès. Après la préface, on a droit à huit pages d’informations, l’occasion de replacer les mouvements dans leur contexte par le biais d’une frise chronologique, tout en les définissant avec simplicité. Car, entre l’art primitif et le contemporain à travers le monde, il y a tout un cheminement, qui passe autant par le Haut Moyen Âge que le baroque, le fauvisme ou l’impressionnisme. Si l’on ne pourra pas écrire qu’on en sort avec des connaissances pointues (pour ce faire, reportez-vous vers des livres spécialisés dans ces courants), on a tout de même une vision générale qui trouvera tout son intérêt au fil des pages. Aussi, ce beau volume n’oublie pas de rappeler à quel point l’art n’est pas avare en imitations, en nous présentant notamment une reproduction d’ukiyo-e par Van Gogh. On sent que tout est fait pour ne pas laisser le lecteur dans l’expectative.

Après ces pages importantes, Quand le Manga réinvente les grands classiques de la Peinture peut déployer ses forces. Et elles sont assez nombreuses pour justifier cet ouvrage. Si certaines illustrations passent à côté du sujet, comme la trop hystérique interprétation du Cri, par Minakami Atsuaki, d’autres nous ont paru tout à fait qualitatives. La Naissance de Vénus, par Usuda Hiro, en est un bon exemple. Sans aller vers ce qu’on pourrait voir dans les bandes dessinées et dessins animés les plus typiques, l’artiste offre une vision pertinente, dans laquelle la palette graphique sert le propos, tout en rendant l’ensemble plus “propre”. Qu’on soit clairs : il n’est nullement question de remplacer ces toiles absolument grandioses. Juste d’accompagner des artistes, de les encourager dans une transformation de l’approche du dessin.

La forme de Quand le Manga réinvente les grands classiques de la Peinture est, elle aussi, convaincante. On abordait, plus haut, le format à l’italienne, qui permet aux pleines pages de s’affirmer entièrement. On apprécie aussi le choix des œuvres, leur succession, et le découpage. Pas de chapitres multiples, juste deux : paysages, puis portraits. On aura tout de même un regret : la taille des toiles de base. elles sont accompagnées d’un texte explicatif qui rappelle autant le nom de l’artiste, que le lieu de résidence de l’œuvre, sa taille, sa date de production et, bien entendu, tout un tas d’éléments qui nous permettent de mieux replacer le contexte. La peinture, elle, aurait pu s’étaler sur plus de place. Malgré cette réserve, on est tout de même positivement interpellés, voire parfois un peu remués, mais toujours avec, à l’esprit, l’idée que ces illustrateurs ont là l’occasion unique de nous prouver qu’ils sont plus que de simples artisans.

7/10

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