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[Critique] Butcher Billy’s Strange Fantasy — Frédéric Claquin

Caractéristiques

  • Auteur : Frédéric Claquin (sous la direction de)
  • Editeur : Herscher
  • Date de sortie en librairies : 17 octobre 2018
  • Format numérique disponible : Non
  • Nombre de pages : 192
  • Prix : 35€

Une oeuvre pop jouant sur les contrastes

Graphiste brésilien, Butcher Billy est une star depuis 2012, année où ses créations pop matinées de street art espiègles sont devenues virales sur la Toile. Sa signature ? Un mélange de références à la pop culture (pop rock, new wave, comics, cinéma, séries…) jouant sur les contrastes, voire les antagonismes, pour mieux faire ressortir les contradictions de notre époque post-moderne ultra-connectée. Un exemple ? Sous le stylo de sa tablette graphique, la Holly Golightly incarnée par Audrey Hepburn dans Diamants sur canapé devient tour à tour Marge Simpson, Furyosa de Mad Max Fury Road, ou encore le Aladdin Sane de Bowie. Une contradiction apparente, car en réalité, ce personnage de romantique « douce dingue » comme l’avaient décrits les producteurs à l’actrice britannique, annonçait déjà la révolution sexuelle, en 1961 — voir à ce sujet notre critique/analyse du film. Un personnage avant-gardiste donc, sous le vernis du cinéma hollywoodien classique.

Dans Billy Butcher’s Strange Fantasy, beau volume rétrospectif publié par les éditions Herscher (rattachées à Belin), Frédéric Claquin a choisi le meilleur de la production très prolifique de l’artiste ces dernières années, qu’il s’agisse de créations publiées sur son site Internet, ou bien pour le compte de ses nombreux clients tels que Netflix (Stranger Things, Black Mirror), NME, Stylist, Foot Locker, etc. Un travail où l’on sent son amour dévorant pour la pop culture, un peu à la manière des nombreux artistes pop réunis au sein des beaux livres Geek-Art d’Huginn & Muninn. Mais, à l’inverse de l’excellente collection dirigée par Thomas Olivri, cet ouvrage nous donne l’occasion d’avoir plus qu’un simple aperçu thématique de l’oeuvre d’un artiste, mais de véritablement apprendre à le connaître en plongeant tête la première dans son univers.

Un mélange inspiré de styles et de références à la pop culture

image comic book series tales from the smith butcher billy
Copyright : Butcher Billy

Les comics et les références aux artistes new wave sont très présents (The Smiths, Joy Division, The Cure…) et, en bon fan, Butcher Billy marie les deux avec brio, les chanteurs de ces groupes-phares se transformant littéralement en super-héros en couverture de comics rétro à souhait. Ce mélange de touche street art et de pop art à la Lichtenstein rend le style de Butcher Billy quasi-immédiatement reconnaissable. Quand bien même il joue beaucoup avec les signatures des autres (on a cité Lichtenstein, mais on pourrait également parler du maître des génériques Saul Bass, ou encore le style des couvertures de Stephen King et des Pocket Books des années 80…), et quand bien même ce côté rétro pour traiter de références actuelles est monnaie courante parmi les nombreux artistes graphiques geek, il y a une réelle cohérence ici, qui permet de considérer son travail comme une œuvre à part entière.

Parmi les créations du Brésilien nous ayant le plus marqués au sein de ce second volume rétrospectif, on citera la géniale série consacrée à David Bowie à sa mort en 2016 (en particulier la première image, rendant également hommage au jeu vidéo Space Invaders ), Morrissey en Hulk, la série Stranger Love Songs (couvertures de livres et jacquettes de VHS 80’s en hommage à Stephen King), la série Stranger Tales représentant chaque épisode de la saison 2 de la série Stranger Things sous forme de cartouches Atari 2600 ; ou encore les deux séries politiques I Love to Hate You (l’affrontement entre Hillary Clinton et Donald Trump) et Trump vs. Magritte. Parmi ces exemples, on retrouve d’un côté un amour sincère des œuvres citées, mais aussi une certaine ironie qui vient gratter les travers de notre époque — et pas uniquement en ce qui concerne l’actuel président des États-Unis Donald Trump.

Par exemple, dans la série Tales from the Smith, il y a cette image de Robert Smith prenant un selfie avec une armada de squelettes avec son iPhone. Les titres sur la couverture (citant les paroles de la chanson « Pictures of You » de 1989) nous disent : « I’ve been looking so long at these pictures of you/I almost believe they’re real ». Soit : « J’ai regardé tellement longtemps ces photos de toi que je crois presque qu’elles sont réelles ». Une manière évidente (mais très bien trouvée) de se moquer de notre obsession de la « perfection » et du bonheur des autres, titillée par les réseaux sociaux comme Facebook et Instagram, où l’on ne voit que la face positive (et filtrée) des choses, tout en rendant hommage à The Cure, dont les paroles apparaissent alors comme prophétiques. Dans cette image se trouve en fin de compte l’essence du style Butcher Billy : un mélange d’humour tongue-in-cheek, d’anachronisme et d’hommage sincère à l’art et la pop culture.

Billy Butcher’s Strange Fantasy est donc à la fois, vous l’aurez compris, un livre pour les fous de pop art et les fous de pop culture, des années 50 à nos jours. Si vous aimez le rock (Bowie, Queen, The Smiths, The Cure…), les jeux vidéo rétro, le cinéma, les séries telles que Stranger Things, le street art et des artistes précurseurs tels que Magritte et Dali, vous devriez apprécier le travail du « boucher de Curitiba », vilain garnement (par ailleurs interviewé par Frédéric Claquin en préambule) qui s’amuse à réunir les contraires et à mêler les époques pour notre plus grand bonheur, tout en soulevant, l’air de rien, les paradoxes de notre temps.

8/10

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