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[Critique] Le Bureau des Légendes décrypté — Bruno Fuligni

Caractéristiques

  • Auteur : Bruno Fuligni
  • Editeur : L'Iconoclaste/The Oligarchs Editions
  • Date de sortie en librairies : 3 octobre 2018
  • Format numérique disponible : Non
  • Nombre de pages : 272
  • Prix : 22,90€
  • Acheter : Cliquez ici

Un manuel réalisé à partir des fonds d’archives de la DGSE

Alors que la saison 4 du Bureau des Légendes s’est achevée cette année et sortira en DVD et Blu-ray fin novembre, les éditions L’Iconoclaste proposent ce beau livre réalisé à partir des fonds d’archives des services de renseignement français. Le Bureau des Légendes décrypté se présente comme un manuel introduisant le lecteur au monde du renseignement en 18 leçons, allant de « Quels sont les services de renseignement français ? » à « Comment devenir un professionnel du renseignement ? », en passant par « Comment couper une filature ? » ou « Comment manipuler ses agents ? ».

Sans prétendre révéler les dernières techniques des SR, qui sont bien entendu classées secret défense, le livre de Bruno Fuligni — déjà auteur de Dans les archives des services secrets chez le même éditeur — s’appuie sur des scènes précises puisées dans les 4 premières saisons de la série d’Eric Rochant pour présenter en quelque sorte les « bases » du métier. Par ailleurs, une grande partie des chapitres comporte des dossiers d’archives, la plupart remontant aux deux premières guerres mondiale ou au début des années 60, dûment illustrés de photos d’époque. Ainsi, pour obsolète qu’il soit aujourd’hui, le dossier « Les principes du déguisement et du grimage » émis par le service Action de la SDECE en 1960 se révèle amusant à lire puisque l’on y apprend que des agents cherchant à changer d’apparence pouvaient être amenés à s’écraser de la cendre de cigarette sur le visage pour se donner un air malade ou fatigué, ou se teindre les cheveux en noir à la poudre de charbon !

La série de Canal + comme outil pour comprendre le monde de l’espionnage

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Photo : Canal +

Le lecteur trouvera également des informations plus récentes ou, du moins, toujours d’actualité : tout ce qui concerne les services actuels des SR bien entendu, mais aussi concernant le cloisonnement, certaines tactiques d’écoute, les adresses des SAS parisiens — des lieux permettant d’entrer par une rue et de ressortir par une autre, un peu comme les traboules lyonnais en somme, mais de configuration différente — et les principes de base. Les histoires d’anciens espions et d’affaires-clés dans l’histoire du renseignement (en lien avec la Guerre Froide notamment, et parfois plus récentes) sont également présentées et commentées de manière succincte mais claire et pertinente.

Et, bien évidemment, si vous rêvez devant les aventures de Guillaume « Malotru » Debailly (Mathieu Kassovitz) et ses collègues, le livre, tout en donnant quelques conseils de voies pouvant mener aux SR, est très clair sur le fait que le renseignement n’est un univers « ludique » qu’en apparence. Si les véritables agents secrets n’ont rien à voir avec James Bond ou Jason Bourne et sont des « gens ordinaires qui font des choses extraordinaires » comme l’écrit Fuligni, il s’agit là d’une lourde responsabilité, pesant sur la vie de nombreuses personnes, et sur la sécurité du pays. Comme le rappelle l’auteur, « On ne joue pas avec les SR ». Néanmoins, une page d’annexe en fin d’ouvrage permettra aux plus motivés de savoir où adresser leur candidature.

Une volonté de développer la “culture du renseignement”

Du reste, ce beau livre joliment illustré d’images d’archives comme de photos de la série a surtout vocation à développer une « culture du renseignement » en France — chose qui semble être la volonté de la DGSE depuis les attentats ayant eu lieu sur le sol français ces dernières années. Savoir comment les renseignements agissent et nous protègent dans les grandes lignes et pourquoi, prévenir les « tamponnages » — contacts d’agents des renseignements étrangers cherchant à recruter des citoyens d’un autre pays pour obtenir des informations — , etc, tout cela sert en fin de compte une politique de sécurité intérieure et permet aux citoyens que nous sommes de mieux comprendre le rôle de cette entité mystérieuse, sujette à de nombreux fantasmes. Une entreprise patriote, en somme.

Un parti pris qui passe aussi par la sponsorisation du concours Alkindi par la DGSE, une initiative qui promeut les maths auprès des jeunes en leur proposant de déchiffrer des codes secrets et les initie à la sécurisation des données informatiques, enjeu majeur à notre ère du tout numérique, où nos appareils sont inter-connectés. Enfin, à l’heure où nous écrivons ces lignes, le Centre Culturel Irlandais à Paris propose une exposition autour du renseignement jusqu’au 16 décembre. Les services de renseignement, français ou européens, n’auront ainsi jamais été aussi présents dans notre champ culturel…

8/10

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