[Critique] Les blondes de l’histoire — Agnès Grossmann

Caractéristiques

  • Auteur : Agnès Grossmann
  • Editeur : Acropole
  • Date de sortie en librairies : 16 mai 2018
  • Format numérique disponible : Oui
  • Nombre de pages : 350
  • Prix : 19€
  • Acheter : Cliquez ici

Le mythe de la blondeur en 7 portraits

Journaliste et auteure de documentaires pour la télévision, Agnès Grossmann a également souvent traité de l’image de la femme dans l’Histoire et la culture, avec des ouvrages tels que Les salopes de l’histoire ou encore le récent Le monde avant #MeToo. Dans Les blondes de l’histoire, paru aux éditions Acropole, elle se penche sur le mythe de la blondeur à travers 7 portraits de figures féminines célèbres, fussent-elles une déesse grecque (Aphrodite), une reine rebelle (Aliénor d’Aquitaine), une jeune fille touchée par la grâce et devenue guerrière (Jeanne d’Arc) ou encore une célèbre actrice hollywoodienne (Grace Kelly), sans oublier deux favorites qui ne s’en laissaient pas compter (La Montespan et La Pompadour) et une alliée du régime nazi (Magda Goebbels).

L’enchaînement de ces différentes histoires se fait par ordre chronologique, et permet de comprendre, en filigrane, comment le mythe de la blondeur — son pouvoir d’attraction, mais également l’inquiétude qu’il génère — s’est déployé au fil des siècles. Car la blondeur, source d’attirance, volontiers associée à l’érotisme et au désir sexuel, est trouble par nature, et souvent double : dans le cinéma hollywoodien jusqu’à Hitchcock, la blondeur était souvent associée à la douceur (la dangereuse vamp étant typiquement brune) et l’ingénuité mais, déjà, dans la mythologie grecque, elle est tout autant source d’attirance que de danger. Après tout, n’est-ce pas parce-qu’Aphrodite, blonde déesse de l’Amour, avait promis à Pâris la main de la plus belle femme du monde, Hélène, que la guerre de Troie eu lieu ?

La dualité de la blonde

Les blondes, sous leurs dehors inoffensifs — un à priori typiquement illustré par les blagues de blondes — sont également associées à une certaine malice, à l’instar des rôles de Grace Kelly chez le maître du suspense Alfred Hitchcock (Fenêtre sur cour, La main au collet) ou de la faussement frivole Madame de Montespan, favorite de Louis XIV. Ces deux figures féminines savaient souffler le chaud et le froid (la première principalement à l’écran) : « le feu sous la glace », en quelque sorte. Elles sont également volontiers aussi belles que guerrières, comme Aliénor d’Aquitaine ou Jeanne d’Arc. Enfin, il est un dernier aspect que le mythe de la blondeur ne saurait éviter : plus que la froideur, celui de la cruauté. Cette dernière dimension est ici incarnée par Magda Goebbels, “femme de” et figure historique aussi troublante que méconnue.

En effet, on est là face à une femme qui fut tout d’abord fiancée à un Juif désargenté, avant d’embrasser pleinement le nazisme, jusqu’à en devenir une militante zélée et la femme de Goebbels, le bras droit d’Hitler. Agnès Grossmann embrasse la complexité du personnage, qui reste, malgré tout, indéchiffrable. Comment cette femme, qui savait pertinemment quel sort était réservé aux Juifs dans les camps, a-t-elle pu dans le même temps tenter de protéger son ex-fiancé tout en cautionnant ce qu’il se passait ? Comment a-t-elle pu tout abandonner à une idéologie fasciste, jusqu’à empoisonner ses propres enfants avant de se suicider aux côtés de son mari dans le bunker où Hitler et Eva Braun mirent également fin à leurs jours ? Agnès Grossmann pose les questions, mais se garde bien d’y répondre, tissant un portrait assez passionnant de cette figure à partir des sources disponibles.

Un livre passionnant pour découvrir des figures célèbres sous un autre jour

De manière générale, c’est la capacité de l’auteure d’effectuer un travail de synthèse à partir de sources historiques volumineuses en apportant à ses portraits une véritable qualité narrative qui fait tout l’intérêt des Blondes de l’histoire. Cela permet ainsi d’apporter un autre éclairage sur les figures les plus connues (comme Jeanne d’Arc ou Grace Kelly), en leur rendant une figure humaine, par-delà la légende, qui fait bien entendu aussi partie de ces récits. C’est également l’occasion d’en apprendre plus sur certaines figures historiques aussi passionnantes qu’Aliénor d’Aquitaine, au sujet de laquelle on ne peut s’empêcher de regretter qu’aucun vrai biopic n’ait été réalisé à ce jour, tant sa vie et son règne furent épiques. En ce qui concerne les favorites de Louis XIV et Louis XV, La Montespan et La Pompadour, l’auteure leur rend leur individualité, elles qui, malgré leurs personnalités fortes, ont souvent été résumées à leur position de favorite sans que le grand public connaisse nécessairement leur parcours.

Les blondes de l’histoire est donc une belle occasion d’aborder l’Histoire et la culture populaire comme on le ferait avec un bon roman, à travers des portraits complexes de figures féminines devenues (pour la plupart) légendaires. Une manière de comprendre le mythe associé à la blondeur dans ses différentes facettes en partant de la déesse grecque Aphrodite, mais aussi de rendre un visage humain à celles qui furent mythifiées.

7/10

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